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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 00:47

SUITE 3 

 

2-3-La conscription de 1798 (loi Jourdan), les campagnes de la République, de l'Empire et de la Restauration.

 

 

2.3.1-Le premier Empire fut avant tout celui des guerres continuelles, avec ses incessants appels d'hommes sous les drapeaux.

En plus des levées normales, il y eut, à partir de 1811 des levées exceptionnelles ordonnées par de simples décrets gouvernementaux. 

Comme on l'a vu au chapitre précédent, sous la Convention, puis le Directoire et le Consulat, la vie locale était marquée par la résistance à la conscription (*). Un peu partout, des bandes de soldats réfractaires se formaient, soutenues et ravitaillées par les mères, les sœurs, les fiancés des conscrits. En bien des localités, des combats eurent lieu avec la maréchaussée; les brigades de Saint-Gervais, d'Herment, de Vodable eurent des tués; des convois entiers de conscrits furent délivrés.

(*): À propos de la poursuite des réfractaires déserteurs, voir l'article extrait de "Beaumont, essai d'histoire urbaine" intitulé "Émeute meurtre et évasion à Beaumont", un épisode dramatique sous le Consulat", avec un reproduction photo du certificat de maladie délivré par la municipalité de Beaumont (Arch. Pageix).

 

2.3.2-Dans les archives communales, où l'état civil enregistrait aussi les décès des soldats morts loin de leur village, dans des hôpitaux militaires sordides, au cours des campagnes napoléoniennes meurtrières et grande consommatrices d'hommes, j'ai relevé, non sans émotion, une liste de soldats décédés; je m'y suis intéressé, car ce sont bien là plus ou moins des "cousins"...Qui saura retracer leurs campagnes militaires, et comment ils échouèrent dans ces hôpitaux militaires, souvent improvisés, et véritables mouroirs?

1-Michel Jozat, 20 ans, chasseur depuis le 29 brumaire an 14 (19 novembre 1805) au 22e régiment d'infanterie légère, 1er bataillon, 8e compagnie, fils d'André et de Marie Fargeix, né le 7 mars 1785, mort le 2 décembre 1806 des suites de fièvres à l'hôpital Saint-Laurent, La Padoula, Calabre, Italie;

2-Étienne Maradeix, 28 ans, voltigeur au 2e bataillon du 7e régiment d'infanterie de ligne, fils de Jean et de Marguerite Lucquet, né le 2 mai 1780, mort des suites de ses blessures à Saint-Martin, principauté de Catalogne, Espagne, le 26 novembre 1808 (il s'agit de cette catastrophique guerre d'Espagne, qui dura de 1808 à 1811);

3-Michel Maradeix, fusilier, 2e compagnie, 13e régiment d'infanterie de ligne, mort le 8 mai 1809 par suite de blessures à l'hôpital du Saint-Esprit à Vérone, Italie; 

4-Pierre Mallet, 21 ans, voltigeur au 8e régiment d'infanterie légère, 2e bataillon, 2e compagnie, fils de Jean, maréchal-ferrant, et de Françoise Tixier, né le 28 avril 1788, s'est noyé en se baignant le 2 août 1809, entré à l'hôpital de Clagenfurt, Autriche;

5-Jacques Chaput, 23 ans, à la 1ère compagnie, 3e bataillon du 13e régiment d'infanterie légère, fils de Annet et de Jeanne Cohendy, né le 12 septembre 1788, mort le 11 décembre 1809 des suites de fièvres à l'hôpital de vienne, Autriche;

6-Antoine Cussat-Pachon, 31 ans, 3e compagnie, 2e bataillon, 13e régiment d'infanterie légère, fils de François et de Anne Ligier, né le 7 avril 1778, mort le 11 décembre 1809 des suites de fièvres à l'hôpital de Saint-Polten, Ostende, Hollande;

7-François Arnaud, 20 ans, carabinier au 13e régiment d'infanterie légère, 3e bataillon, fils de Jean et de Claudine Quinssat, né le 24 septembre 1786, mort le 13 décembre 1809 des suite de fièvres à l'hôpital de Spitelberg à Vienne, Autriche;

8-Claude Daureyre, 22 ans, grenadier au 44e régiment de ligne, 1er bataillon, fils de Pierre et de Jacquette Bouscaret, né le 4 janvier 1789, mort le 28 mars 1811 des suites de la vérole à l'hôpital de la Miséricorde à Saragosse, Espagne;

9-Jean Jozat, conscrit de 1811, 22 ans, chasseur au 6e régiment  d'infanterie légère, 3e bataillon, 4e compagnie, armée d'Espagne, fils de feu Ligier et de Gabrielle Délice, né le 15 juillet 1791, mort le 20 décembre 1812 des suites de diarrhées à l'hôpital militaire de Vitoria, Espagne;

10-Léger Maradeix, 20 ans, chasseur au 22e régiment d'infanterie légère, 3e bataillon, 2e compagnie, fils de Jacques et d'Antoinette Pageix, né le 4 juin 1792, mort le 16 juillet 1812 des suites de la fièvre à l'hôpital civil de Spoleto, Italie;

11-Pierre Siome, 19 ans, fusiller au 32e régiment d'infanterie de ligne, mort le 30 avril 1813 des suites de fièvre à l'hôpital militaire de Paris (entré le 25 janvier 1813);

12-Michel Fargeix, mort le 23 mai 1813 des suites de fièvres à à l'hôpital de Strasbourg;

 

On remarquera que les lieux des décès reflètent les différentes campagnes (Italie, Autriche, Espagne, etc). On notera aussi la variété des corps d'appartenance et la jeunesse des soldats.    

 

2-Quelques aspects sur le service militaire et les guerres, d'après les archives familiales et publiques.

 

2-1-Enumération des archives documentaires et photographiques et des souvenirs et de leur provenance: familles Pageix (Ancien Régime, Révolution, Guerre de 14-18), Bardin (guerre de 1870/71), Juillard (guerres de 14-18 et de 39-40 Résistance, Poche de Royan), Calmès (chantiers de jeunesse; carnets, chants), Laumière (service en Corse, cahiers de chant, guerre de 14-18), etc.

Faire un schéma pour situer les parentés. 

 

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Infanterie légère - Voltigeur et Carabinier, 1809 (coll.pers.)

Infanterie légère - Voltigeur et Carabinier, 1809 (coll.pers.)

Voltigeur du 34e régiment de ligne en Espagne - Uniforme de campagne, Carte postale Émile Fort (coll. pers.)

Voltigeur du 34e régiment de ligne en Espagne - Uniforme de campagne, Carte postale Émile Fort (coll. pers.)

2.3.3-François Cromarias (1764-1851) du Vernadel (Puy-deDôme), enlevé à ses études de médecine et incorporé en 1798 au 25e Régiment de dragons. Poursuit ses études au sein de l'armée et devient chirurgien-major de son régiment. Campagnes de la République, de l'Empire (il était à Austerlitz), puis de la Restauration (expédition d'Espagne en 1823 avec le duc d'Angoulême pour rétablir le roi d'Espagne Ferdinand VII sur son trône: prise de Madrid, du fort du Trocadéro, et rédition de Cadix). Rendu à la vie civile, il exerce la médecine place Dauphine à Paris. Sa carrière (voir l'article "François Cromarias Chirurgien major-Médecin 1764-1851"). Ordre de la Réunion, Légion d'Honneur, Ordre de Charles III d'Espagne.

Un chirurgien en uniforme de campagne pendant la guerre d'Espagne (vers 1810). Carte postale d'Émile Fort, 1903. (Coll. Pers.).

Un chirurgien en uniforme de campagne pendant la guerre d'Espagne (vers 1810). Carte postale d'Émile Fort, 1903. (Coll. Pers.).

3-Le XXe siècle, les remplacements en 1830.

 

Il est un aspect que l'on ne peut éluder, lorsqu'on entreprend l'histoire "militaire" de nos ancêtres: c'est la possibilité pour les parents des jeunes gens qui avaient tiré un "mauvais numéro" de leur trouver un remplaçant.

J'en conserve le souvenir dans mes archives familiales: vers 1820-1830 existaient (à Clermont, Riom et ailleurs) des officines auprès desquelles les parents souscrivaient une assurance en cas de tirage de mauvais numéros par leurs fils, celles-ci s'engageant à leur trouver un remplaçant. C'est ce qu'on a appelé, peut-être un peu abusivement, "les marchands d'hommes".

Toutefois, comme on peut le lire dans le journal du Puy-de-Dôme, dont je possède plusieurs numéros de 1822 reliés, il y avait plusieurs cas de figure que je résumerais par ces quelques extraits:

 

-Journal du 14 février 1822: "Avis. Plusieurs pères de famille ont ouvert en l'étude de Me Bergier, notaire certificateur à Clermont-Fd, rue Desaix, une souscription tendante à faire le dépôt d'une somme de 300 fr chacun, pour le total réuni être gagné et réparti entre ceux de leurs enfans qui seroient frappés par le sort, lors du tirage qui doit avoir lieu pour le recrutement de l'armée, cette présente année. Les personnes qui désireroient concourir à cette souscripton, sont priées de s'adresser à Me Bergier, notaire certificateur prénommé. (cet avis sera à nouveau publié le 2 mars suivant). 

 

-Plus loin, à la page du 16 février, on lit:

"Avis: on désire trouver un remplaçant pour un militaire de 1819 qui a déjà fait un an de service. S'adresser au journal.

"Avis: deux assurances mutuelles de vingt personnes chaque, contre le sort du tirage prochain, sont ouvertes dans l'étude de Me Roddier, notaire à Clermont-Fd, place Desaix, l'une à 400 fr et l'autre à 500 fr. On pourra prendre connaissance du réglement adopté, chez ledit Me Roddier.

"Le même notaire est chargé de vendre un petit domaine, etc..."

 

-Le 5 mars:

"Mairie de Clermont. Le Maire de la ville de Clermont-Ferrand prévient ses concitoyens que plusieurs pères de famille, dont les enfans appartiennent à la classe qui doit concourir à la formation du contingent pour le recrutement de 1821, lui ayant manifesté le désir de former, sous les auspices de l'administration municipale, une association mutuelle contre la rigueur du sort, telle qu'elle avoit lieu, avec succès, en 1818 et 1819, il sera tenu au Bureau de l'état civil de l'Hôtel de Ville, un registre dans lequel les jeunes gens appelés, des quatre cantons de Clermont, ou, pour eux leurs parens, pourront se faire inscrire, à l'effet de composer cette assaciation mutuelle, et d'en fixer les bases. En l'Hôtel de Ville, le 3 mars 1822".

 

-Le 9 mars suivant:

"Avis: l'assurance mutuelle de 400 fr, ouverte en l'étude de Me Roddier contre le sort du tirage, sera close le 14 mars"

 

-Le 9 avril:

"Les opérations de levée de 1820 étant terminées, Me Côme Nicolas, notaire, trésorier de l'assurance de remplacement militaire des sieurs Alphonse et Lagorce, invite MM les souscripteurs faisant partie du contingent, qui n'ont point encore réglé leurs intérêts, à se rendre, pour cet objet, en son étude, le 22 avril présent mois, et jours suivants".

 

À Clermont, on pouvait donc tout aussi bien trouver un remplaçant par l'intermédiaire d'une petite annonce, qu'en souscrivant une assurance auprès de l'administration municipale, d'un notaire ou de toute autre officine... 

L'assurance souscrite par Gilbert Cromarias au profit de son fils François, le 29 juin 1837.(Arch.pers.)

L'assurance souscrite par Gilbert Cromarias au profit de son fils François, le 29 juin 1837.(Arch.pers.)

L'acte de remplacement dans les corps, du 13 août 1838.(Arch.pers.)

L'acte de remplacement dans les corps, du 13 août 1838.(Arch.pers.)

Quant au archives familiales, je possède le dossier du remplacement du sieur Jean-Baptiste, François, Cromarias, mon aïeul. Comme beaucoup d'autres pères de famille, afin d'éviter que son fils François ne se fut trouvé dans l'obligation d'accomplir son service. Gilbert Cromarias fit appel à une officine, répandue à l'époque, qui était chargée de trouver un remplaçant, et ceci selon des clauses bien précises. Il s'agissait, comme l'indiquait l'en-tête du document, de l'"Administration fondée par d'honorables anciens fonctionnaires: Monsieur Randoulet, ancien chef de bureau du Ministère de la Marine, chevalier de la Légion d'Honneur, et présidée par monsieur de Frasans, ancien chef de division du Mouvement au Ministère de la Guerre, rue des Colonnes, n°2, à Paris".

Le jeune homme devait de présenter à la Mairie de la commune, où le tirage au sort était organisé. Selon le numéro tiré, il pouvait être appelé à effectuer son service ou être exempté, à la suite du conseil de révision.

Le 29 juin 1837, Gilbert Cromarias, de Laveix (Arr. de Rom, Dép. du P.de D.), se présenta devant le Sous-Directeur, Monsieur Laussedat-Combaraire, afin de signer une convention au profit de son fils, Jean-Baptiste François (dit François), né le 14 septembre 1816 à Gouttières, "appelé au tirage du recrutement de l'armée pour la classe 1836".

Cette convention (un imprimé à remplir), stipulait qu'à réception du versement de 800 francs consenti par Gilbert, l'Administration s'engageait:

-1°À rembourser 300 francs au souscripteur (Gilbert) si son fils (François), après avoir tiré un "mauvais" numéro, était réformé (cause médicale ou autre) par le conseil de révision.

-2°À fournir à l'assuré, s'il fait partie du contingent (après tirage d'un "mauvais" numéro et accepté par le conseil de révision) un remplaçant soumissionnaire de l'Administration "ou tout autre individu pris au compte de l'Administration afin de faire remplacer le souscripteur" (cette dernière clause était ajoutée à la main).

-3° Enfin, dans le cas où l'assuré, après avoir été déclaré faire partie du contingent compris dans la réserve, ne serait point appelé pendant toute la durée du service de sa classe, l'Administration remboursera au souscripteur la somme de 500 francs.

Côté militaire cette tractation était entériné par un "acte de remplacement dans les corps"; Pour François Cromarias, il fut établi l'année suivante, le 13 août 1838, par le "Sous Intendant militaire (un certain Dolisse) ayant la surveillance administrative du 2ème Régiment d'Artillerie, comme suite à l'autorisation donnée par Monsieur le Maréchal de Camp Baron Duchaud".

L'acte certifie que le nommé Jean-Baptiste Gromarias (sic), matricule N° 4746, brun aux yeus bleus, a été admis à se faire remplacer par le nommé Dominique Perrin, manœuvre à Paris, qui "réunit les qualités requises pour le service, ainsi qu'il résulte d'une visite qu'il a subie".

Le remplacé était tenu de verser au trésor une somme correspondant à l'habillement du remplaçant.

L'acte fut signé à Paris pour le compte des Cromarias père et fils, absents, par les sieurs Bazin, rentier, 2 rue des Colonnes, et Père, propriétaire, 3 rue St-Nicaise (*), représentant l'Administration Randoulet, et par un témoin, le sieur Mulet, caporal.

(*): Dans cette rue, le 24 décembre 1800, explosa la "machine infernale" de Cadoudal, attentat contre Bonaparte, qui échoua comme on le sait.   

 

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4-La guerre franco-prussienne 1870-1871.

 

Etienne Bardin (1846-1929), cousin germain de mon arrière grand mère Bonnette Bardin, épouse Jean-Baptiste Pageix: ses campagnes dans la première armée de la Loire, puis dans l'armée de l'Est (Gal Bourbaki), son internement en Suisse d'après la lettre envoyée à sa famille depuis Wallenstadt, canton de Saint-Gall (voir biographiequi lui est consacrée) . Lettre sur l'état d'esprit en 1871 (archives Tressol à Beaumont). Voir la biographie qui lui est consacrée.

 

Claude Juillard (1844-1924), dit Mami, était le grand oncle de mon grand père Marcel Juillard (*), qui recueillit ainsi ses souvenirs quelques années avant sa mort:

"Claude Juillard, mort en 1924 à 80 ans, fils d'Antoine Juillard et frère aîné de Michel mon grand père paternel, surnommé Mami, avait fait son service actif pendant 5 ans dans l'Infanterie de Marine, où il fut incorporé en 1863 et avait séjourné en Indo-Chine.

"À peine libéré, il fut appelé sous les drapeaux en août 1970; il rejoignit le 2ème Régiment d'Infanterie de Marine à Brest. Il fut incorporé à la Compagnie J, Capitaine, Lieutenant Nicoulet.

"Il fit la campagne du Nord, avec l'armée du Général Faidherbe (qui commandait l'Armée du Nord); au combat de Villers-Bretonneux, il reçut une balle perdue au cou.

"Un soir, il s'égara avec un sergent et cinq ou six hommes et ils couchèrent dans les champs. Ayant appris que les Prussiens les enveloppaient, ils laissèrent leurs sacs et leurs fusils dans le champ, en troquant leurs effets militaires contre des vêtements civils offerts par des âmes compatissantes, et purent arriver, sans être fait prisonniers, à Ham; de là, ils rejoingnirent leur compagnie à Arras (**).

"De nouveau habillé et équipé, Claude Juillard prit part ensuite aux batailles de Bapaume, de Pont-Noyelles, et à la défaite de Saint-Quentin. La veille de cette dernière bataille, il accompagnait un convois. Des balles ayant sifflél, le détachement se mit en tirailleurs le long des terres. L'ennemi, caché dans un bois était invisible; quelques hommes ayant voulu passer sur la route furent blessés.

"Il fut démobilisé en 1871.

"Mon grand oncle Claude Juillard, dit Mami, était très sauvage. Original de tempérament taciturne, il le resta toute sa vie, et toujours je l'ai connu comme tel. Il aimait le vin et le tabac tout en en usant modérément. Très travailleur, mais aimant travailler seul. Pourtant, célibataire, il n'était pas dénué de sensibilité. Quand mon père mourut, le 21 novembre 1921, le désespoir de mon grand oncle alors âgé de 77 ans faisait peine à voir On disiat de lui: c'est un original: mais que se cachait-il derrière ce masque fermé et silencieux? 

"Quand ma grand mère, Myette, arriva à la maison de Morange, comme bru, et voulut embrasser l'enfant âgé alors de 10 à 12 ans, ce dernier lui donna de vigoureux coups de pied dans les jambes. Pour la noce, il s'était caché dans le lit (lequel était dans la grande salle à manger actuelle, à la place du placard, côté Est de la maison), d'où on ne put le faire sortir".

(*): Voir: "Essai de généalogie familiale LES JUILLARD", Commandant Marcel Juillard, Éditions Gerbert, Aurillac, 1953.

(**): Je pense que notre "Mami" et ses camarades coururent là un fameux danger: ils auraient pu ou bien tomber aux mains des Prussiens qui les auraient considérés comme des francs-tireurs et les auraient fusillés comme ils le faisaient alors systématiquement, ou bien passer aux yeux de l'armée française pour des déserteurs!...  

 

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5-Le service militaire à la fin du XIXe et au XXe siècle.

 

Mon grand père côté paternel Pierre Pageix (1877-1961): voir l'article sur les lettres de mon grand père Pierre Pageix et de ses frères à leurs parents. Ces lettres et mes commentaires évoquent longuement le service tel qu'il était accompli par les jeunes à la fin du XXème siècle.

 

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Le mouchoir d'instruction militaire N° 7, consacré à l'hygiène du soldat en campagne et au transport des blessés. Les mouchoirs d'instruction militaire font leur apparition après la loi sur le recrutement de 1872. Les premières séries apparaissent vers 1873-1875 et ils sont officiellement autorisés en 1880.

Ces mouchoirs, gravés par l'atelier rouennais de gravure d'Alfred Buquet, sont imprimés par les établissements Ernest Renault à Darnétal. Les textes sont du Commandant Perrinon de la Garnison de Rouen. Ils sont illustrés afin de rester compréhensibles pour les moins lettrés. L'idée de confectionner un brancard avec deux fusils, qui revient au médecin major Hennequin est particulièrement astucieuse et ses explications ne manquent pas de sel...(coll.J.Pageix).

Mon grand père Pierre Pageix au service militaire (1897). Photo sur plaque de verre.

Mon grand père Pierre Pageix au service militaire (1897). Photo sur plaque de verre.

 

Mon grand père côté maternel Michel Paul Marcel Juillard (prénom usuel Marcel) (1886-1961) fit son service dans l'artillerie, comme le précise sa fiche matricule (N° 1793): inscrit sous le N° 44 de la liste de recensement dans le canton de Champs, bon pour le service armé en 1907. Incorporé au 16e régiment d'artillerie à compter du 9 octobre 1907.

Arrivé au corps le même jour, comme 2e canonnier conducteur, brigadier le 9 février 1908, Maréchal des Logis le 25 septembre 1909. Envoyé dans la disponibilité le 25 septembre 1909. Certificat de bonne conduite accordé.

Comme en témoigne ce qu'il écrivit en 1908, il n'avait manifestement pas conservé un très bon souvenir de son service militaire et, lassé des injustices, il quittera l'armée déçu, lui qui manifesta plus tard, tout au long de sa carrière militaire, un sens du devoir aigü et un engagement à la limite du sacrifice! 

 

"Par une incessante fatalité, j'ai été continuellement puni malgré la bonne volonté que j'apportais dans mon service. Puis le départ est venu et avec lui le relâchement. Je quitterai le régiment l'âme profondément ulcérée et le cœur plein de haine contre certains de mes supérieurs. Et pourtant comme je l'aimais au début le métier militaire; mais les procédés de plusieurs de mes chefs m'ont rendu mauvais soldat...malgré tout je ferai mon devoir avec joie quand la patrie nous appellera..."

De cette vie de sous-officier il voyait maintenant " toute la mesquinerie, le vide, l'abrutissement dépaysant. Les sous-officiers, rengagés pour la plupart, sont incultes, débauchés, alcooliques, incroyants...les officiers ne valent pas mieux..."

"Les injustices subies, les punitions imméritées, le manque d'égard des supérieurs, l'hostilité des sous-officiers (ses égaux, rengagés qui trouvaient qu'il avait été nommé trop vite) avaient transformé mes bonnes intentions  en révolte".

Comment ne pas se remémorer les chapitres désopilants que Georges Courteline a consacré à la vie de caserne à la fin du XIXe siècle? ("Le train de 8 h 47", "les gaîtés de l'escadron" sont des classiques du genre...).

S'ils nous incitent à rire aujourd'hui, ils n'en révèlent pas moins l'extrême misère morale du soldat, la hargne des gradés subalternes, l' inaccessibilité des officiers supérieurs enveloppés dans leur morgue, le tout sur un fond d'ivrognerie ou d'intempérance (selon le niveau social)...   

Marcel Juillard (*) en haut en 1911 et en bas en 1914. (coll.pers.)

Marcel Juillard (*) en haut en 1911 et en bas en 1914. (coll.pers.)

5.1-La première guerre mondiale.

 

 

-Mon grand père Michel Marcel Juillard, officier d'artillerie (1880-1962): voir souvenirs de la guerre de 1914-1918; Nécrologie dans le journal "La Montagne" Blessé, LH et CG14/18. (Voir ses souvenirs de la Grande Guerre). 

Mon grand père Marcel Juillard. (coll.pers.)

Mon grand père Marcel Juillard. (coll.pers.)

Un parent éloigné, François Juillard, prisonnier dans un stalag (voir la carte postale ci-dessous qu'il envoya à ses parents)

"Souvenirs de captivité 1er avril 1918 François Juillard".(coll.pers)

"Souvenirs de captivité 1er avril 1918 François Juillard".(coll.pers)

-Mon grand père Pierre Pageix, (1877-1961): son carnet de campagne. Ses deux frères Antony (CG) et Joseph (1880-1942); le fonds photographique de Joseph Pageix et la collection de cartes postales qu'il adressait tous les jours à sa femme; lettre de son parent Joseph Crouzeix de Friesen, en Alsace occupée, 2 nov 1914. (Voir les articles correspondants) 

Mon grand père Pierre Pageix - Guerre de 1914-1918. (col.pers.)

Mon grand père Pierre Pageix - Guerre de 1914-1918. (col.pers.)

 

 

 

 

-L'Amérique entre en guerre en 1917; le 2 avril, le Président Wilson lit sa déclaration de guerre à l'Allemagne devant le Congrès qui vote massivement en faveur de la guerre. Le 13 juin, le général Pershing débarque à Boulogne-sur-mer avec son armée (Lafayette, nous voici!...). Le 303e régiment d'artillerie, à l'automne de 1917, puis le 55e régiment d'artillerie, au printemps de 1918, viennent s'entraîner en Auvergne avant de partir pour le front; ils s'installent dans plusieurs localités voisines de Clermont-Ferrand. Le 3e bataillon du 55e d'artillerie est logé à Beaumont. Mes arrières grands parents (leurs trois fils Pierre, Antony et Joseph sont alors au front) hébergent quatre américains (probablement les servants d'une pièce de l'une des batteries d'artillerie; voir ci-dessous la photo prise devant la serre de la maison familiale à la Place d'Armes). Mon grand oncle Joseph Pageix échangera par la suite une correspondance assidue avec deux d'entre-eux: William Goerg, de l'état de New York, et Leo Connary, du New Hampshire. Pour se repérer, ces soldats ont un plan de la ville. Toutes les rues sont rebaptisées: Park Avenue, Broadway, etc. La place Saint-Pierre devient Piccadilly square! Ils n'ont pas oublié de mentionner tous les cafés!...(voir la 4e partie de cet article consacré à cet épisode de la Grande Guerre ).

 

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Plan de Beaumont dressé pour les soldats américains; document aimablement communiqué par Mme Janine Lefauconnier (de Pont-du-Château) en 1985. (coll.pers;)

 

 

-Alexandre Bouchet (1876-1958), un cousin (*) de mon grand père Pierre Pageix devenu Général de Division Aérienne:  sa carrière exceptionnelle: dragon en 1896, écuyer au Cadre Noir de Saumur, début de la guerre comme capitaine de Hussards, puis versé aussitôt dans l'Aviation de Bombardement, breveté observateur et pilote; premiers bombardements de nuit sur l'Allemagne (à partir du terrain de Nancy Malzeville); commandant le groupe de bombardement 25; reste de sa carrière à Nancy et retraite en 1936 comme Général de Division Aérienne...Commandeur de la Légion d'Honneur et nombreuses décorations françaises et étrangères (cf nécrologie dans le journal l'Est Républicain). Voir sa biographie.

(*): Les liens sont nombreux, par les Josat, Maradeix, Tartarat, Cohendy, toutes vieilles familles beaumontoises, et les Arnaud d'Aubière!...

 

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Le Général de Division Aérienne Alexandre Bouchet en grande tenue: toutes les décorations ornent sa poitrine, y compris l'ordre du soleil levant nippon!...(coll.pers.)

 

-Un autre cousin de mon grand père Pierre Pageix: Georges Pageix, médecin (1880-1921) (thèse en 1906 soutenue à la Faculté de Médecine de Paris sur l'anesthésie du nerf dentaire), engagé comme médecin major du 46e puis du 6e bataillon de Chasseurs Alpins, en premières lignes en Alsace (Braunkopft), blessé (perte de son œil droit, évacué) mutilé de guerre. Exerce toujours la médecine à Paris jusqu'à son décès prématuré survenu chez un patient. Chevalier de la Légion d'Honneur et Croix de Guerre. Voir sa biographie.

 

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Georges Pageix médecin-major au 6e bataillon de chasseurs alpins. (coll.pers.)

 

-Charles Bureau (1891-1962), époux (1917) de Germaine Cromarias (1893-1953), fille de l'Ingénieur des mines Eugène Cromarias mon grand oncle (1857-1932): voir sa biographie). Né à Bruay, Pas -de-Calais, fils d'Achille, ingénieur des mines, et de Augustine Hardorff, famille de viticulteurs à Puligny-Montrachet.

Charles Bureau, ingénieur de l'école supérieure d'électricité de Grenoble Supélec), est mobilisé le 12 août 1914 comme simple caporal. Il ne tarde pas à être promu sous-lieutenant à l'issue d'un stage d'élève aspirant officier à Joinville. Il termina la guerre avec le grade de lieutenant, décoré de la Légion d'Honneur et de la Croix de Guerre pour ses actions d'éclat. On peut dire de lui qu'il avait la baraka: il fut blessé quatre fois à la même jambe, au cours  d'attaques brillamment menées, qui lui valurent de belles citations (Cf  biographie d'Eugène Cromarias).

Rendu à la vie civile, ses qualités lui permirent d'obtenir le poste d'Ingénieur adjoint au sein de la SALEC à Metz (Société Alsacienne et Lorraine d'Électricité), et ceci au moins jusqu'en 1928. Comme l'écrivait en 1927 le commandant Lhéritier, chargé à Metz d'établir un rapport sur la situation d'invalidité du Lieutenant Bureau, "Le lieutenant de réserve Bureau est diplômé ingénieur électricien de l'école de Grenoble: depuis la guerre, il a toujours été spécialisé dans cette branche et il est actuellement ingénieur dans une grande entreprise électrique de la région".

Le Commandant Lhéritier observait, afin probablement de souligner que le sujet examiné ne cherchait pas à tirer parti de son infirmité pour améliorer sa situation, que "les états de service du lieutenant de réserve Bureau (citations, décorations, blessures) montrent suffisamment que cet officier a fait largement son devoir pendant la guerre et a été animé du meilleurs esprit, etc...

" Charles dût finalement quitter cet emploi en 1937 pour être affecté au C.M.I. 66 de Metz (Centre Mobilisateur de l'Infanterie).

Lors de la deuxième guerre mondiale, Charles fut rappelé le 4 septembre 1939 pour être affecté au 132e Régiment de réserve. L'appréciation portée en 1939 sur cet officier était élogieuse: "Officier intelligent et instruit. S'est occupé avec zèle de ses fonctions de Chef de section. A assisté avec beaucoup de bonne volonté le commandant du point sensible des Ancizes". Il s'agissait de l'aciérie Aubert et Duval, qu'il était chargé de surveiller, étant noté que ce site, par ailleurs proche de Saint-Gervais d'Auvergne, traitait à la veille de la guerre les cylindres des avions de l'Armée de l'Air.

Il fut démobilisé et renvoyé dans ses foyers le 25 juillet 1940. C'est peut-être à ce moment-là qu'il se replia au Maroc, à Mazagan, près de Casablanca, avec son épouse Germaine, comme le fit mon père, à Rabat, avec son groupe de chasse. Je pense à une éventuelle rencontre avec mes parents qui résidèrent à Rabat de 1940 à 1944, et qu'on voit photographiés avec un couple non identifié, installés au milieu d'une palmeraie...

Ainsi, exerçant ses talents d'ingénieur dans la profession de maraîcher, Charles exploitait avec son épouse une ferme située aux environs de Mazagan: la ferme Santa Maria.

Malheureusement, Germaine mourut à 59 ans le 1er Mars 1953 à Mazagan. L'acte fut dressé le 3 Mars sur la déclaration de Charles Bureau "Chevalier de la Légion d'Honneur, décoré de la Croix de Guerre", âgé de soixante deux ans, maraîcher, domicilié Ferme Santa Maria, kilomètre quatre, route de Mazagan, époux de la défunte". Rentré en France au moment de l'indépendance du Maroc en 1956, Charles Bureau résida à Saint-Germain-en-Laye et mourut en 1962, un an seulement après son remariage!...(voir biographie d'Eugène Cromarias). 

 

-Antoine-Louis Laumière (1880-1946), le père de ma belle-mère: service en Corse, cahier de chansons, puis guerre de 14-18, spécialiste des crapouillots (artillerie de tranchée), toujours volontaire pour les premières lignes pour bénéficier de permissions; Croix de Guerre, blessé au Bois Leprêtre. Voir sa biographie.

 

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Antoine Louis Laumière -Guerre de 1914-1918.

Antoine Louis Laumière -Guerre de 1914-1918.

5.2-La deuxième guerre mondiale.

 

-Souvenirs de guerre 1939-1940 de mon grand père Marcel Juillard, officier d'artillerie d'abord au 187e RALT, puis au 185e RALT (commandant le 4e groupe); comparaison de l'organisation de la mobilisation à celle de 1914... Ses commentaires et conclusions sur les causes de la défaite... "Juin 1940: encerclé par les chars de Guderian, livré à lui-même sans couverture d'infanterie ni aérienne, il réussit à détruire un rassemblement important de chars ennemis, à stopper leur avance, à ouvrir une brèche dans le dispositif allemand et à assurer la retraite de son personnel et de son matériel, en ne cessant pas de faire feu (si bien qu'à la fin ses canons étaient devenus inutilisables!) alors que le reste de son régiment est fait prisonnier. Il organisa la retraite en bon ordre, après épuisement des munitions, jusqu'au sud de la Loire. OLH et CG 39/40. Voir ses souvenirs de guerre.

Marcel Juillard - 1939 -

Marcel Juillard - 1939 -

-Mon père, Paul Pageix (1912-1970), entré dans l'Armée de l'Air en 1931, fit la campagne de France contre l'Allemagne de 1939 à 1940, puis les opérations en mer du "Coastal Command" au Maroc et en Algérie toujours avec le groupe de chasse 1/5 "Champagne" dont il était devenu l'officier mécanicien. Après le débarquement de Provence en 1944 (1ère Armée de Lattre "Rhin et Danube"), progression jusqu'en Allemagne et séjour d'occupation à Trèves. Départ en juin 1946 pour l'Indochine, laissant sa femme et ses deux enfants (je venais de naître...) et retour en avion en 1947 (avec escale au Caire) au moment où ma mère devait le rejoindre dans un bateau qui coula...Son entrée à Air France en 1947. MédMil et MédAéro. Voir ouvrages Michel Mohr (venu le voir à Versailles), et Henri Menjaud. Voir sa biographie.

Paul Pageix - Groupe de Chasse 1/5, 2e escadrille.

Paul Pageix - Groupe de Chasse 1/5, 2e escadrille.

-Jean Calmès (1921-1993), mon beau-père, incorporé dans les chantiers de jeunesses (photos, carnets, chants). Voir sa biographie.

 

Jean Calmès aux Chantiers de Jeunesse (1941-1942)

Jean Calmès aux Chantiers de Jeunesse (1941-1942)

-Henri Juillard (1914-1990), mon oncle, dans le même régiment que son père Marcel Juillard. Prisonnier en juin 1940, il s'échappa plusieurs fois en fabriquant de faux tampons!... Son frère Edmond était alors à l'école navale. Il fut aussi prisonnier.  Montauriel, propriété de mon grand père Marcel, est passée à Henri, puis aux enfants de ce dernier, Jacqueline et Jean-Paul (ceux-ci étaient nés lorsque leur père, Henri, était à la guerre). 

Henri Juillard.

Henri Juillard.

-Michel Juillard (1925-2010), autre oncle, fils de Marcel Juillard, fit ses études au Prytanée militaire de La Flèche, comme Edmond et Pierre. Engagé volontaire après le Baccalauréat Philo-Sciences pour la durée de la guerre, d'abord dans la 33e demi-brigade F.F.I. du Cher, il combattit en août 1944 pour la libération du Cher, aboutissant à la capitulation de la division allemande du général Elster le 14 septembre 1944 (*), puis, envoyé sur le front de Royan, il participa à la libération de la poche de Royan en 1944. Il combattit en Alsace et en Allemagne durant le terrible hiver 44-45. En avril-mai 45, son unité du 43e R.I. éliminait les dernières poches de résistance allemandes sur les hauteurs du Danube. Occupation en Allemagne. Démobilisé en novembre 1945

Études de vétérinaire à Lyon, exerce un temps à Chablis, puis s'installe vétérinaire à Bort-les-Orgues.  Très érudit, comme l'était son père Marcel, il est l'auteur de nombreuses monographies comme "Uxellodunum la dernière grande bataille de la guerre des Gaules", "La charte dite de Clovis" et des nouvelles comme "Fantou et autres nouvelles" (ouvrage illustré par son fils André).  

Parmi ses 5 enfants, un célèbre dessinateur de bandes dessinées et illustrateur d'ouvrages, un Directeur Technique National  (JO d'Atlanta), un brillant Professeur-Neurologue à Clermont-Fd.

(*): Début décembre 1944, alors que Paris et la France presque toute entière (sauf le Nord et l'Est) étaient libérés et que la troisième armée US progressait vers le nord de la Loire, une dernière colonne allemande de 19000 hommes, commandée par le général Elster, refluait de l'Aquitaine et occupait le Cher. Harcelée par des groupes armés et des chasseurs-bombardiers de la RAF informés par les maquis et la section française des SOE (les Special Operation Executive créés par Churchill en juillet 1940), les troupes ennemies, après signature d'un accord à Arcay le 11 septembre par le général Elster, se rendirent avec leur matériel aux américains le 14 septembre à Beaugency. Notons que le réseau de résistance du Centre était dirigé par Max Hymans, le futur Président d'Air France que connut mon père Paul Pageix...(encore un clin d'œil de l'Histoire...)  

Michel Juillard - 1944.

Michel Juillard - 1944.

 

 

-Jean Juillard (1913-1979) et sa femme Jeanine, née Igonel (1913-1967), médecins (Jean était l'un des quatre fils de mon grand oncle Alphonse Juillard, frère de Marcel Juillard mon grand père. Marcel, Alphonse et Clémence étaient les trois enfants de Jean-Baptiste Juillard et de Hentiette Raoux). Ce couple de médecins, dont les cabinets étaient installés à Bort-les-Orgues, se mit au service des maquis d'Auvergne pendant la dernière guerre et contribuèrent à organiser le maquis de la Haute-Corrèze. Arrêtés le 22 novembre 1943 par des miliciens, ils réussirent à se sauver et installèrent un hôpital des maquis à Champs-sur-Tarentaine. Leur conduite leur valut, à l'un et à l'autre, la médaille de la Résistance et Jean recut plus tard, en 1969, la Légion d'Honneur (voir nécrologie dans La Montagne). Alphonse avaient 4 enfants: Jean (médecin), Charles (les Dames de France à Clermont-Fd), Robert (Industriel à Clermont) et Maurice (associé à Charles).

 

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6-D'autres conflits.

 

-Mon oncle Pierre Juillard (1929-2000), fils de Marcel Juillard, Général de Division Aérienne; fit ses études au Prytanée militaire de La Flèche, comme ses frères Edmond et Michel, puis entra à l'Ecole de l'Air; stage de pilotage aux États-Unis sur les fameux T6. Il combattit en Indochine (sur Grumman Bearcat; grave accident: lors d'un atterrissage, son avion est passé sur le dos dans une rizière et il faillit périr noyé...); puis opérations en Algérie (sur De Havilland Vampires). Il a participé au sein de divers escadrons de reconnaissance aérienne aux théâtres extérieurs de Chypre et de Suez (sur Républic Thundersteak, puis Thunderflash). Plusieurs années de suite (c'était pendant la guerre froide), il a remporté avec son équipe le concours inter-allié OTAN de reconnaissance aérienne, le "Royal Flush", (voir articles et photos dans la revue "Aviation Magazine"). Il commanda la 33e escadre de reconnaissance de Mirages III-R (les "cocottes rouges" de St-Exupéry) à Strasbourg où il eut à déplorer la perte de plusieurs camarades. Il eut un grave accident aux commandes d'un bi-réacteur Morane "Paris" lors d'une liaison transportant des officiers supérieurs (perte de la verrière qui lui décolla le cuir chevelu que l'on dû lui recoudre...) Promu (le plus jeune) Colonel à l'issue de son passage à École Supérieur de Guerre Aérienne (Reçu 1er), il fut chargé du service de prospective et évaluation au ministère de la Défense auprès de Michel Debré, avec Hugues de Lestoile (le descendant du célèbre chroniqueur auteur des mémoires-journaux. J'ai connu le neveu de Hugues, Olivier de L'estoile, Directeur chez Dassault et Président des usagers du Bourget...). Pierre Juillard fut ensuite nommé Attaché de l'Air à Londres auprès de l'Ambassadeur (Jean Sauvagnargue); il pilota le célèbre Harrier à décollage vertical (l'avion des Malouines...). En retraite, il n'en continua pas moins ses activités internationales pour le compte de GIAT-Industries, puis, à l'époque de l'assassinat du Général Audran, il cessa ses activités professionnelles. J'ai connu au début des années 2000 Jean-Marie Saget, son camarade de promotion de l'Ecole de l'Air, devenu après une carrière militaire chef pilote d'essai de Dassault, qui m'en parlait avec émotion. 

À l'issue d'une carrière de pilote de guerre aux nombreux "coups durs", son cœur avait finit par s'user et l'abandonna malheureusement trop tôt, en décembre 2000. Ce fut donc dans la chapelle du Val de Grâce que je le revis une dernière fois. Lorsque je commandais l'aéroport de Toussus-le-Noble, dans les années 82-96, et qu'il habitait à Jouy-en-Josas, j'avais plaisir à le voir ou à l'avoir de temps en temps au téléphone...Bref, c'était un personnage, que j'ai bien regretté...

Officier de la L.H.; Commandeur de l'O.M.; Croix de Guerre T.O.E.; Médaille de l'Aéronautique, etc (voir sa biographie).

 

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Le Général Pierre Juillard

 

 

 

 

Pierre Juillard aux commandes d'un RF-84 "Thunderflash".

Pierre Juillard aux commandes d'un RF-84 "Thunderflash".

Jean-Pierre Pageix:

 

Notre père Paul Pageix avait accompagné son groupe de chasse (le 1/5) au Maroc après la défaite de juin 1940. Il revint en permission en France pour épouser ma mère Alice Juillard,  le 14 août 1941 à Lanobre, Cantal, puis le couple s'installa aussitôt après à Rabat où mon frère aîné Jean-Pierre est né le le 13 février 1943.

Mon père franchit à nouveau la Méditerranée en août 1944 avec son groupe de chasse, cette fois pour participer à la reconquête du territoire au sein de la 1ère Armée (Général de Lattre); ma mère et mon frère ne rentrèrent que le 17 avril 1945 et le rejoignirent en Allemagne, à Trèves, où il restèrent jusqu'au départ de notre père pour l'Indochine, le 25 juin 1946. Faute de permissions, nous ne le revîmes pas avant son retour au Bourget le 12 février 1947 (la veille de l'anniversaire de mon frère...) Voir la biographie de Paul Pageix.

Jean-Pierre Pageix eut très tôt un caractère indépendant qui ne souffrait aucune tutelle familiale ou autre... Très tôt passionné par la géologie, l'entomologie et la botanique, il ne pensait qu'à parcourir champs, forêts et montagnes pour étudier le règne végétal, minéral et animal sur le terrain, rapportant à chaque retour au bercail une moisson de connaissances et...de trouvailles -vivantes ou non- qui encombrèrent vite le domicile parental ...

À peine sorti de l'adolescence, toujours féru de ces disciplines et doué d'une "bonne plume", il écrivait dans des revues académiques et recevait des courriers de vieux savants chenus qui le prenaient probablement pour un confrère de leur âge! J'ai trouvé récemment et par hasard des publications qui font encore référence à ses travaux sur le fameux "Osmoderma Eremita" ou "Pique-prune", un cétonide aujourd'hui protégé qu'il avait lui-même étudié et dont il avait réalisé un élevage à la maison avec couveuse pour les larves! L'article est d'ailleurs illustrée par ses propres dessins. 

En 1964, il s'engagea pour accomplir son service militaire et fut versé au 1er régiment de parachutistes d'infanterie de marine (1er RPIMA, devise "Qui ose gagne"), cantonné à Bayonne, dans la citadelle, "réplique des grandes écuries (de Versailles) avec le seul avantage de l'air", écrivait-il. Tandis que ses camarades pariaient lors des sauts à qui toucherait d'une tape de la main le plan fixe du "Noratlas", mon frère quant à lui sautait avec son appareil photo et prenait des clichés dans tous les sens, quand il ne capturait pas quelques coléoptères en plein vol pour compléter sa collection... 

Le béret rouge du 1er RPIMA. (source site internet)

Le béret rouge du 1er RPIMA. (source site internet)

 

Ses premières lettres, qui ne manquent pas d'humour, donnent ses impressions sur la vie militaire:

 

"2.11.64 Chers parents, Vous avez remarqué que je ne vous inonde pas de lettres; c'est qu'ils ont décidé de pousser les choses à bout , sans doute afin de voir ceux qui lâcheront prise: si l'expérience continue, beaucoup ont déjà leur compte, les plus heureux sont à l'hôpital, les autres forment une "section d'inaptes" vite couverte de sobriquets élogieux".

 

et plus loin:

 

"La Citadelle est peuplée de rats et de façon moins dense de parachutistes, ces rongeurs gros comme des matous viennent trotter sur vos souliers durant les nuits de garde (la 5e). Beau temps, le soleil chauffe d'une façon insolite.; il se montrera encore plus généreux encore pour ceux qui partent outre mer: les 3/4 de la compagnie. Brazzaville, Dakar, Tananarive.

Avant d'être déclaré apte à sauter on a du subir plusieurs épreuves d'éducation physique; la plus dure consistait à courir sur 10 kilomètres en godillot et casque avec sac à dos et fusil, l'ensemble pesant environ 30 kg. J'étais le 1er de ma section et le 2e sur 80 bonhommes avec 40 minutes, le 1er étant une espèce de basque qui sous prétexte de claudication avait la permission de chausser des espadrilles. Je ne l'ai d'ailleurs pas vu boiter. Les fossés étaient plein de merde; ça n'a pas été du gâteau.

Le soir, en fait de repas consistant et réparateur, 1 oignon et un croûton nous furent servis; tout le monde en pleura de rage. J'avais été sélectionné pour faire le concours de tir mais ai été éliminé pour avoir tiré sur la cible du voisin; mon fusil qui tirait très bien a été jugé bon pour la réforme; le nouveau se comporte comme un arrosoir (...)  La prochaine (lettre) sera sans doute pour les impressions de saut qui sont fortes, paraît-il".

 

Ce furent ensuite les compétitions de sauts à Pau, qu'il racontait dans ses lettres à nos parents, et qui n'étaient pas de nature à les rassurer: "Aujourd'hui, on a ramassé un bâton de guimauve", écrivait-il.

 

Vers la fin de son service, il fut affecté à l'aumônerie comme secrétaire de l'aumônier du régiment. Cela ne l'empêcha pas d'être volontaire pour continuer les sauts. Au mois de novembre de 1965, alors qu'une tempête générale était annoncée (je m'en souvient très bien,  car je me trouvait ce soir-la à la Faculté des Sciences de Censier et le vent nous cinglait le visage sur les quais de la Halle aux Vins...), un saut fut néanmoins programmé et le colonel le fit exécuter en dépit du vent (lui-même et les trois-quart du stick furent blessé). Ce fut sa dernière lettre de militaire (on ne s'étonnera pas qu'elle commence par une banalité avant d'enchaîner sur le récit de son accident:

 

"Chers parents. J'ai bien reçu 4 colis. N'oubliez pas de mettre des feuilles sur les plantes près du rosier. Accident au dernier saut... Par un vent fort avec rafales de 12 à 14 M/S le 1er avion a quand même largué. Je suis arrivé au sol avec une vitesse horizontale de 40 KM/H. Après avoir glissé sur un fourré, ce qui m'avait fait perdre la bonne position, le choc n'a porté que sur un seul pied; le genoux s'est déboîté comme ça lui arrive assez souvent, et j'ai traîné sur 150 mètres sans pouvoir rien faire (je n'avais pas fait le dégraffage rapide). Bilan de la casse: fracture du plateau tibiale avec enfoncement, ce qui explique que je ne pouvais pas marcher. 1 lieutenant a eu des côtes cassées, 1 adjudant une histoire aux vertèbres cervicales, des entorses en pagaille. Les 7% de pertes tolérées ayant été largement dépassées la séance a pris fin.

Le plus amusant est que je ne devais pas sauter, mais être de garde; j'avais pris la place d'un sautant.

J'ai été opéré le 30 à Bordeaux (nota de ma part: Hôpital militaire Robert Piqué, sans rire!...); 4 H 1/2 sur le billard, je pissais le sang comme un bœuf et il a fallu me faire une transfusion. Greffe osseuse prélevée sur le tibia. Ils m'ont à l'occasion enlevé le ménisque paraît-il mal foutu. Je me retrouve avec un plâtre gros comme un baobab mais la soudure avec greffe s'opère vite. Envoyez des boîtes de calcium. Dans ces conditions, je crois que De Gaulle aura une voix de moins".

 

Mes parents durent aller récupérer en voiture à Orly mon frère transporté en avion sanitaire. Je me souviens que mon père déjà souffrant se fâcha avec un pandore qui lui refusait l'accès de sa DS 21 "Pallas" (carrosserie noire et sièges de velours rouge) au plus près de l'aérogare. Ma mère m'a dit plus tard qu'elle ne l'avait jamais vu dans un tel état de colère contenue...

Je le vis peu après au Val de Grâce où il termina sa convalescence. 

Mon frère partit en 1966 pour l'Afrique, au Gabon, où il fit carrière dans l'exploitation forestière (*). Il pu ainsi laisser libre cours à sa passion pour la nature sauvage tout en exerçant des activités très variées: indépendamment de l'exploitation des okoumés, il fut chargé de la construction d'infrastructures pour faciliter les accès: routes, ponts, pistes sommaires d'avion et de négocier avec le gouvernement gabonais les permis d'exploiter... Les récits qu'il distillait parfois en famille nous plongeaient dans ses aventures hors du commun au milieu des éléphants et des gorilles de la forêt tropicale...     

(*): d'abord chez Brouillet père (le fils, Jean-Claude, venu avec un copain d'Angleterre aux commandes d'un vieux "Tigermoth"rouillé qui expira à l'arrivée, fonda la compagnie "Air Gabon". Il y a pas mal d'années, je l'ai vu dans un documentaire, transformé en éleveur d'huîtres perlières, perdu sur un atoll du Pacifique...), et ensuite chez son successeur Rougier dont le siège se trouve à Niort.

J'ai eu il y a quelques années l'occasion de voir traîner un papier de l'établissement Rougier que je recopiai sans remords :

"Médaille du travail, décoration, arrêté du 15 avril 1986, en récompense des services rendus à l'État Gabonais 14 février 1990, Marcel Doupamby Matoka" (Ministre gabonais des finances) et: "Rougier: avec mes vives félicitations pour ce prestigieux diplôme, et désolé pour les taches qui sont l'œuvre de ceux qui ont pillé nos bureaux le 25 mai 1990".  

Une section de parachutistes du 1er RPIMA. Mon frère est le 2e assis à partir de la droite.

Une section de parachutistes du 1er RPIMA. Mon frère est le 2e assis à partir de la droite.

Vue de la citadelle de Bayonne: l'entrée.

Vue de la citadelle de Bayonne: l'entrée.

Après un saut (réussi).

Après un saut (réussi).

7-Et Jacques Pageix, en guise d'épilogue...

 

Pourquoi ne pas évoquer, modestement, mon propre service militaire: l'incorporation à Rueil-Malmaison et un court séjour à Toulon pour tenter les EOR Marine et, finalement, l'engagement pour deux années de coopération scientifique en Afrique (1970-1972), à l'ASECNA (*)  l'enseignement des Maths et de la Physique à l'EAMAC (**) à Niamey (Niger); les recrutements en Côte d'Ivoire, au Sénégal et en Mauritanie; les randonnées dans la réserve du "W"; les "croisières" en pirogue sur le Niger avec mon marin-rameur, "Popeye" coiffé de son inséparable bachi; les vols aux commandes du valeureux Morane-Saulnier "Rallye" de l'école, en ne s'éloignant pas trop du fleuve et en évitant la brume sèche; les inspections dans les villages Peuls, Haoussa, Touaregs, avec le chef du Centre Culturel; mes péripéties avec mon fougueux cheval (ce sacré "Isalco" qui m'avait coûté moins cher que sa selle); l'expédition aventureuse de plus de 1000 kms en camions militaires (3 camions au début, 2 à la fin...), voyage très spartiate en plein Sahel, chez les Touaregs, jusqu'aux mines d'uranium d'Arlitt, cadeau traditionnel du Président Hamani Diori et de l'armée du Niger aux coopérants en fin de séjour, et le retour en Noratlas. À l'époque, ces régions étaient sûres et l'hospitalité en usage chez les Touaregs était une tradition sacrée. Sans omettre le rapatriement sanitaire et le "stage" de trois mois à l'hôpital militaire Bégin, à Saint-Mandé pour oublier l'hépatite (et non le paludisme bien installé pour longtemps...), ce qui m'obligea à renoncer à jouer les prolongations pour une troisième année africaine (pourtant souhaitée), etc. etc. 

(*): Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar.

(**): École Africaine de la météorologie et de l'Aviation Civile. 

E.A.M.A.C.-Niamey, année scolaire 1970-1971 (photo polaroïd). Devant le bâtiment de la Direction. Jacques Pageix en tenue d'été (comme toute l'année...)

E.A.M.A.C.-Niamey, année scolaire 1970-1971 (photo polaroïd). Devant le bâtiment de la Direction. Jacques Pageix en tenue d'été (comme toute l'année...)

Souvenir de Timia (massif de l'Aïr): un poignard offert par un Targui.

Souvenir de Timia (massif de l'Aïr): un poignard offert par un Targui.

Mon ami Popeye, coiffé de son inséparable "bachi"...et sa pirogue, pour quelques croisières sur le fleuve Niger.

Mon ami Popeye, coiffé de son inséparable "bachi"...et sa pirogue, pour quelques croisières sur le fleuve Niger.

La Croix d'Agades faite en or et sur mesure par un artisan de Niamey.

La Croix d'Agades faite en or et sur mesure par un artisan de Niamey.

Avec ma mère dans la réserve du "W" (NIGER, février 1971)

Avec ma mère dans la réserve du "W" (NIGER, février 1971)

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