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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 23:55

SUITE 2

-Quelques aspects sur le service militaire et les guerres,

d'après les archives familiales et publiques (suite; de la

Révolution à nos jours).

 

Brève énumération des archives documentaires et photographiques et des souvenirs et de leur provenance: familles Pageix (Ancien Régime, Révolution, Guerre de 14-18), Bardin (guerre de 1870/71), Juillard (guerres de 14-18 et de 39-40 Résistance, Poche de Royan), Calmès (chantiers de jeunesse; carnets, chants), Laumière (service en Corse, cahiers de chant, guerre de 14-18), etc.

Faire un schéma pour situer les parentés. 

 

2-1-La Révolution: du volontaire au conscrit.

 

Comme on pourra le constater, ce chapitre consacré au service militaire pendant la Révolution est certes un peu long; toutefois, je n'ai pu m'empêcher de m'intéresser à l'état d'esprit de nos ancêtres: appelés dans un premier temps de répondre à l'appel de leur Patrie en s'enrôlant comme volontaires, ils furent très vite happés par la conscription obligatoire, sujétion toute nouvelle pour eux et leurs foyers, qui les fit participer à l'effort de guerre exigé par la Patrie déclarée en danger, au sein des armées de la République, et qui les entraîna sur des théâtres d'opérations lointaines. Les délibérations municipales, consultées pour les trois premières années de la Révolution, restituent bien l'évolution des mentalités qui se manifesta, depuis l'enthousiasme évident, soulevé par la constitution des Gardes nationales jusqu'au mécontentement provoqué par la conscription, à laquelle on essaiera d'échapper par les remplacements, les certificats de maladie et les désertions pures et simples.

La dernière partie de ce chapitre,  s'appuyant sur les documents puisés dans les archives départementales du Puy-de-Dôme, évoque ce dernier aspect.        

 

2.1.1-La Garde nationale de Beaumont.

 

>>> La première Garde nationale fut celle de Paris, créée le 14 juillet 1798. Le roi Louis XVI nomma à sa tête le marquis de La Fayette.

Le mouvement de la Grande Peur qui, dans les jours suivants, qui affola les campagnes, entraîna la formation, à partir du 20 juillet, de milices sur le modèle parisien.

Créées spontanément, les unités de Garde nationale furent placées sous la tutelle des municipalités par l'Assemblée Constituante, le 10 août 1789.

Clermont organisa au mois d'août une garde bourgeoise, tandis que les communes voisines eurent dans un premier temps des milices hétéroclites, formées à la hâte.

Ces troupes improvisées, qui s'étaient constituées spontanément, participèrent à un rassemblement organisé à Clermont, place des Buges, le Dimanche 6 septembre 1789. On trouve la relation de cette manifestation dans la "Feuille Hebdomadaire pour la province d'Auvergne" du 12 septembre 1789 (Bibl. Municipale de Clermont, A 65007):

"La garde bourgeoise de Clermont, celle de Montferrand, le bataillon des chasseurs d'Auvergne sous les armes, les habitants de Beaumont, d'Aubièr, portant des fusils, des faux, des fourches, rassemblés aux Buges, formoient un spectacle noble, pompeux & terrible.

Les Dames spectatrices tempéroient l'éclat imposant des armes qui reluisaient de toutes parts.

"Vers les cinq heures du soir, MM. les Officiers municipaux, précédant les drapeaux de la garde bourgeoise, arrivèrent. "M. le Comte de Chazot, Colonel du bataillon des Chasseurs d'Auvergne, prêta le serment décrété par l'Assemblée Nationale, en présence de MM. les Officiers municipaux, M. Belaigue, Lieutenant du Maire, portant la parole, firent reconnaître M. le Comte de Chazot pour Commandant, & successivement tous les Officiers dans les différents grades de la garde bourgeoise, dont l'uniforme est bleu, collet, parement & doublure cramoisis, boutons blancs aux armes de la ville, avec cette légende: Nobilissima Arverna Civitas".

2-Quelques aspects sur le service militaire et les guerres, d'après les archives familiales et publiques.

 

2-1-Enumération des archives documentaires et photographiques et des souvenirs et de leur provenance: familles Pageix (Ancien Régime, Révolution, Guerre de 14-18), Bardin (guerre de 1870/71), Juillard (guerres de 14-18 et de 39-40 Résistance, Poche de Royan), Calmès (chantiers de jeunesse; carnets, chants), Laumière (service en Corse, cahiers de chant, guerre de 14-18), etc.

Faire un schéma pour situer les parentés. 

 

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2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire).
La Garde Nationale réunie à paris en 1790: Avignon, Pont-St-Esprit,  Maintenon, Chartres, Brest et Paris.  Lithographie de G. David, imp. Lemercier, Paris (coll. pers.)

La Garde Nationale réunie à paris en 1790: Avignon, Pont-St-Esprit, Maintenon, Chartres, Brest et Paris. Lithographie de G. David, imp. Lemercier, Paris (coll. pers.)

>>> À Beaumont, la Garde nationale fut organisée au cours d'une assemblée tenue le 2 mai 1790 sous la présidence du Maire, Antoine Costes (*)

(*): Antoine Costes, notaire, fut Maire en 1790. Ayant été nommé greffier du juge de paix du Canton de Beaumont, il démissionna le 19 décembre 1792, jugeant "que les fonctions de ces deux places sont incompatibles". Étienne Pageix lui succéda à partir du 26 décembre.

Le préambule de cette assemblée rappelait opportunément le rôle de la Garde nationale. Le Maire Antoine Costes exposa "qu'il étoit expédient et de la plus grande nécessité dans la circonstance actuelle de former à l'exemple de toute la France une Garde nationale dans ce lieu à l'effet de veiller à la conservation des récoltes et de maintenir la paix de bon ordre et tranquilité publique et la constitution du royaume".

On passa ensuite à son organisation: "Pour y parvenir, il seroit formé quatre compagnies composées d'un commandant, de 4 capitaines, 4 lieutenants, 4 sous-lieutenants, un porte-drapeau, un adjudant, 4 sergents, 8 caporaux et 48 fusiliers par compagnie".

"Il a été fait choix par acclamation et unanimité des suffrages savoir pour capitaines: Jean Lucquet, Claude Pageix, Michel Bouchet et Antoine Faye, puis pour Lieutenants: Claude Dhomme (Dopme), Pierre Pageix, Georges Tartarat et Amable Lucquet, pour sous-lieutenants Jean Doreyre, Étienne Faye, Georges Pageix et Jean Herbaud, et pour perte-drapeau le Sr Fournaux, pour adjudant le Sr Michel Cohendy et pour sergent major le Sr Austremoine Guibert (le Commandant était Maurice Maradeix). On procéda enfin "à la prestation de serment prescrite par le décret de l'Assemblée Nationale du 7 janvier 1790 sanctionné par le Roy par sa proclamation du 16 mars dernier". Toutefois, "d'après les observations de la présent assemblée", on différa "jusqu'au jour de la bénédiction du drapeau afin de rendre le tout plus solennel".

 

>>> Le 4 mai 1790, Messieurs de Saigne et Dulac, membres du comité militaire de la garde nationale de Clermont, vinrent à Beaumont où ils furent introduits dans la maison commune où se tenait une assemblée en présence du Commandant et du premier Capitaine de la Garde nationale de Beaumont. 

Ces deux messieurs venaient inviter la municipalité et la Garde nationale de Beaumont à "unir leurs sentiments, leurs volonté et leurs forces aux leurs et à cet effet de nommer des déoutés pour se rendre samedi 15 may prochain en la ville de Clermont à l'effet de régler les conditions d'une confédération irrévocable (...) il leur a été répondu qu'on acceptoit avec reconnaissance leur invitation et qu'on s'y conformeroit avec le zèle le plus patriotique, qu'en conséquence messieurs les officiers municipaux, Commandant et premier Capitaine de la Garde nationale de ce lieu auroint l'honneur de répondre et de témoigner leur empressement à messieurs du comité militaire de Clermont".

 

>>> Le 9 mai; le Conseil général de la commune et les officiers de la Garde nationale tinrent une assemblée pour la nomination des députés qui devaient se rendre le 15 mai prochain auprès de la Garde nationale de Clermont et participer à la réunion générale des Gardes nationales d'Auvergne, pour s'organiser en confédération.

Après concertation avec les municipalités et les Gardes nationales de Ceyrat, St-Genès-Champanelle, Theix, Fontfreyde et Nadaillat composant le canton de Beaumont, on délibéra et l'on proposa unanimement quatre députés pour la commune de Beaumont: le sieur Antoine Costes, maire, Pierre Goughon, procureur de la commune, Maurice Maradeix, Commandant et Jacques Pageix, Lieutenant de la Garde nationale.

 

>>> Le 11 mai suivant,  se réunirent à Beaumont des Commandants et officiers des Gardes nationales des quatre municipalités du canton: les sieurs Levet, Commandant de la Garde nationale de St-Genès-Champanelle, et les officiers des deux compagnies: Ginion, Verdier de Pagnat, Pary, les sieurs Brun-Murol, autres Ginion et brun-Murol, et Vidal, officiers de la Garde nationale établie à Ceyrat, et enfin les sieurs Tort, Reniat et Geneix, officiers de la Garde nationale établie à Theix, Fontfreyde et Nadaillat. À ceux-ci s'ajoutaient les sieurs Maurice Maradeix et Jacques Pageix, représentant la Garde nationale de beaumont.

Finalement, après délibération et vote, les deux députés commis à l'effet de représenter la Garde nationale du Canton furent les citoyens Jean Luquet, premier Capitaine de la Garde nationale de Beaumont et Levet, Commandant de celle de St-Genès-Champanelle.

Comme on le voit, la désignation de ces deux députés ne se fit pas instantanément et il fallut au contraire beaucoup de palabres pour y parvenir...

 

>>> Le 13 juin 1790 eut lieu la cérémonie de bénédiction du drapeau qui venait d'être acheté, ainsi que la prestation de serment. L'assemblée générale des citoyens fut convoquée au son du tambour et de la cloche. Les sieurs Jean Lucquet, Commandant, et Antoine Faye, Capitaine, allèrent prier le sieur Girard, prêtre communaliste de Beaumont, de se charger de la cérémonie. Ensuite,  "Messieurs les Commandants, Capitaines et officiers de cette milice nationale se sont résolus de rassembler tous les fusiliers composant les quatre compagnies et y étant parvenis, ils se sont tous rendus en ordre dans l'église de Saint-Pierre où la dite assemblée s'est aussi rendue et où le dit sieur Girard a célébré la messe et prononcé un discour analogue aux circonstances et à la cérémonie".

Après cela, tous les officiers et fusiliers rangés en ordre de bataille se sont rendus sur la place publique où ils ont formé un carré et tous ont reconnu le sieur Maurice Maradeix comme Commandant;

-Jean Lucquet, Claude Dopme et Jean Doreyre comme Capitaines, Lieutenant et Sous-lieutenant de la 1ère compagnie;

-Claude Pageix, Amable Lucquet et Jean Herbaud comme Capitaine, Lieutenant et Sous-lieutenant de la 2ème;

-Antoine Faye, Pierre Pageix et Georges Pageix comme Capitaine, Lieutenant et Sous-lieutenant de la 3ème;

-Michel Bouchet, Georges Tartarat et Étienne Faye comme Capitaine, Lieutenant et Sous-lieutenant de la 4ème compagnie;

-Fournaux, comme porte-drapeau;

-Michel Cohendy comme Adjudant et Austremoine Guibert comme Sergent-major.

Tous "on promis obéissance et soumission en tout ce qui concernera le service poue le maintien du bon ordre et tranquilité publique".

 

>>> L'année suivante, le 2 octobre 1791, "les officiers municipaux, en exécution de la loi du 15 septembre et de l'arrêté départemental du 23, faisant proclamer la Loi Constitutionnelle, la Garde nationale en armes à entour une heure du soir, se sont rendus dans l'église de Notre Dame de la Rivière où a été chanté à l'issue de vêpre le Te Deum en action de grâce de l'heureux événement de la Constitution"(...)"Et sur le champ les officiers, soldats nationaux, ont entre les mains du Maire et des officiers municipaux en présence de la commune assemblée La main levée à Dieu prêté serment d'être fidèle à la Nation et à la Loy et au Roy, de maintenir de tout leurs pouvoirs, sur les réquisitions des corps administratifs et municipaux, la Constitution du Royaume et de prêter pareillement, sur les mêmes réquisitions, main forte à l'exécution des ordonnances de justice et à celle des décrets de l'Assemblée Nationale acceptés et sanctionnés par le Roy".

"Cela fait,  toutte la trouppe a défillé à son de tambour et a passé sous le drapaux lequel a été aussitôt porté avec cérémonie chez le Commandant".

      

2.1.2-Les première conscriptions:

 

Quelques documents du fonds révolutionnaire des archives départementales du Puy-de-Dôme (Série L), ainsi que les délibérations municipales déjà évoquées permettent de se faire une idée assez lucide sur la conscription militaire et de préciser le contexte de son organisation et les modalités de son exécution.

La loi du 18 juillet 1791 stipulait qu'on ne devait faire appel qu'à des volontaires. Un petit nombre seulement se présentèrent . Des commissaires nommés par le Département pour chaque District (équivalent de l'Arrondissement) furent chargés de faire procéder par les communes aux opérations de recrutement, tout en les laissant libres de choisir entre élection, désignation d'office, ou tirage au sort. Dans la plupart d'entre-elles, on préféra la voie du sort, mais les malchanceux seront néanmoins appelés "volontaires". Les plus aisés avait la possibilité de s'achetter un remplaçant.

 

>>> Le 18 mars 1792, à dix heures du matin, Beaumont fut visité par le commissaire nommé par le Directoire du District, la Garde nationale "s'étant rassemblée aux ordres de la municipalité de Beaumont, chef-lieu de canton" (*). Le commissaire "Ayant rempli ses fonctions telles qu'il en étoit chargé, il n'a sceu que se louer de l'exactitude tant des municipalités que de la garde nationale et a laissé la feuille tenant lieu de registre ainsi que les modèles d'enrôlement à remplir".

(*): Le canton de Beaumont était composé des communes de Ceyrat-Boisséjour, Saint-Genès Champanelle, Theix, Fontfreyde et Nadaillat. Le commissaire nommé pour les enrôlements du canton de Beaumont était un nommé Meyrand, capitaine de grenadiers (L4030).

 

Après la déclaration de guerre à l'Autriche en juillet 1792, et face à la menace des armées coalisées massées à nos frontières, la patrie fut déclarée en danger le 24 août par la Convention Nationale; quelques volontaires se présentèrent spontanément, comme ce fut le cas à Beaumont les 7 et 8 octobre 1792:

 

>>> Le 7 octobre, "le nommé Martin Tixier, fils de Claude, originaire de Manson, paroisse de Saint-Genès Champanelle, demeurant actuellement en ce lieu de Beaumont, a déclaré vouloir s'enrôler volontaire pour la municipalité de Beaumont, attendu qu'il a la taille exigée, n'esy âgé que de vingt huit ans, bien fait d'ailleurs". L'intéressé ne sachant signer a fait une croix sur le registre municipal, à côté de la signature du Maire, Étienne Pageix.

 

>>> Le lendemain 8 octobre, "l'an premier de la République", écrit le Maire, "est comparu Joseph Rouger, citoyen du lieu de Gerzat, qui a déclaré vouloir s'enrôler pour volontaire pour la municipalité de beaumont". Il est au dessus de la taille requize et il a vingt quatre ans.

 

Il y eut toutefois par la suite de nombreuses rétractations, certificats de maladie à l'appui, et les désertions se multiplièrent, si bien que l'on dut recourir rapidement aux levées imposées, avec tirage au sort.

Les municipalités de canton furent chargées d'organiser ce tirage au sort pour fournir les hommes nécessaires à la formation de plusieurs bataillons requis pour le Puy-de-Dôme: 

-Le 1er bataillon, levé en juin 1791, fut envoyé dans l'Ain, puis à l'Armée du Rhin et en Vendée;

-Le 2ème, levé à l'été 1792, partit pour l'Alsace;

-Le 3ème, levé à l'automne de la même année, se destinait à l'Armée du Rhin;

-Les 4ème et 5ème furent envoyés en Vendée. 

À ces ponctions successives s'ajoutèrent en 1793 la contribution du Département à une levée de 300 000 hommes, suivie de la levée en masse assortie d'une nouvelle levée de 200 000 hommes, et sans oublier les levées exigées pour mater les insurrections de la Vendée, puis celles de Lyon, Montbrison et Saint-Étienne...

En effet, la formation de la première coalition après l'exécution du roi le 21 janvier 1793 mit la Convention face à un redoutable problème: il lui fallut d'urgence renforcer les effectifs de l'armée et les équiper. Le décret du 24 février 1793 et la loi du 23 août 1793 prévoyaient l'appel de 300 000 hommes de 18 à 25 ans, "non mariés ou veufs sans enfants"; le Puy-de-Dôme devait fournir 8532 hommes.

>>> À Beaumont, lors de l'assemblée de la municipalité du 9 mars 1793, présidée par le Maire, Étienne Pageix, il fut rappelé que "le contingent pour le département du Puy-de-Dôme était fixé à 8532 hommes et pour la municipalité de beaumont à vingt et un hommes", et qu'il "sera ouvert à compter de ce jour un registre sur lequel se feront inscrire volontairement ceux qui voudront se consacrer au service de la Patrie". Il ajouta que "l'assemblée ayant mûrement réfléchi a d'une voix unanime adopté le mode de tirage au sort présumant qu'il y aura très peu de citoyens qui se feront inscrire volontairement"!...

 

>>> Le 14 mars suivant, une assemblée municipale fixa les modalités de recrutement par tirage au sort:

Cette assemblée se tint sous la présidence du Maire Étienne Pageix, assisté des officiers municipaux et des notables et en présence du citoyen Charvillat, "administrateur du district de clermont, nommé pour surveiller le tirage au sort des volontaires du canton de Beaumont, mode adopté par les citoyens de cette municipalité dans leur assemblée générale qui fut à cet effet tenue le vendredy dernier neuf du présent sur la place publique" (...) "il a d'abord été fait par le citoyen Goughon procureur de la commune l'appel des citoyens dans le cas de tirer au sort" (...) "il a été procédé à la vérification des actes de naissance des citoyens qui n'ont pas l'âge requis ou qui ont plus de quarante années" (...) "après cette vérification, le nombre des citoyens dans le cas du sort a été réduit à 89 qui ont été tous mis en haye (haie). 

Il a été ensuite fait 89 billets contenant chacun un numéro de 1 à 89 à l'esffet de fixer la priorité du tirage. Les 89 citoyens sujets au sort ont été successivement appelés suivant l'ordre de la liste et ont pris chacun un numéro qui a fixé la place qu'il devait occuper dans le rang. Et de suite il a été fait autres billets d'un demi quart de feuille de papier chacun, sur 21 desquels étoit écrit le mot volontaire et les autres billets au nombre de 68 étoient blancs. Ces 89 billets ont été de suite ostensiblement mis dans un chapeau et après y avoir été remués pendant plus de deux minuttes, les citoyens sujets au sort ont été successivement apelés au tirage suivant l'ordre cy dessus établi" (...)

Les 9 premiers tirages furent des bulletins blancs;

Au cours des tirages suivants, François Cussat-Blanc (N°10) tira un billet sur lequel était écrit "volontaire". Il en fut également ainsi pour les citoyens Antoine Herbaud (N°15), Michel Jargaille (17), Michel Josat (20) et Jean Josat (21), Pierre Herbaud (23), Toussaint Cousserand (24), Annet Bernard (25), Amable Mommalier (33), Antoine Courtial (34), Pierre Grenier (37), Pierre Sauvat (42), Geneix Rochenard (45), Pierre Gidon (46), Claude Vidal (61), Antoine Quinssat (66), Pierre Diton (67), Georges Bellard l'aîné (71), Jean Gidon fils de François (77), Fiacre Émuy (78), Jean Bayeron (80). 

Au total, le nombre des appelés s'élevait à 21.

Ensuite, précaution indispensable, "les signalements des volontaires ont été pris et écrits sur le modèle envoyé à la municipalité par les citoyens administrateurs du district de Clermont".

 

>>> Le 28 avril, 1793, la municipalité au complet, avec le procureur de la commune, Pierre Goughon (le notaire) enregistra une demande de remplacement sollicitée par Amable Bernard, pour son fils Annet qui avait tiré le numéro 25 lors de la précédente assemblée. Le remplaçant, présent, était François Bonnet de Riom. "Le conseil général de la commune , après avoir pris connaissance de certificat de vie et mœurs du dit Bonnet et de son extrait baptistaire l'a unanimement accepté à la charge par les dits Bernard père et fils d'exécuter ponctuellement la loi relative aux remplçants", c'est à dire d'assurer les frais d'habillement et d'armement du remplaçant, frais auxquels s'ajoutaient bien sûr son indemnisation.

 

>>> L'insurrection de la Vendée entraîna elle-aussi une levée d'hommes à laquelle n'échappa point Beaumont: le 5 mai 1793, suite à l'arrêté du département qui fixait à quatre le nombre de volontaires à fournir par le canton de Beaumont, la municipalité procéda par tirage au sort à la à la désignation du volontaire qui lui revenait:

"Le conseil général considérant que la voye de l'indication porroit produire de mauvaises suittes a adopté celle du tirage au sort auquel il a été procédé en la manière qui suit: 

"il a d'abord été fait choix des jeunes gens de cette paroisse (sic!) en état de porter les armes; le nombre a été de 27 qui se sont volontairement rendus à l'assemblée sur l'invitation qui leur a été faite. Il a été fait 27 billets contenant chacun un numéro depuis le numéro premier jusqu'au numéro 27 et ce pour fixer la priorité du tirage. Chacun des jeunes citoyens choisis a pris un de ces billets. Il a été ensuitte fait 27 autres billets dans un desquels étoit écrit le mot Volontaire? Ces billets ont été roulés et mis dans un chapeau (*).

(*): Notons au passage la survivance de cette vieille coutume du tirage des billets placés dans un chapeau, anciennement  pratiquée lors des opérations de recrutement de la Milice.

"Les jeunes citoyens choisis se sont ensuite aprochés du chapeau avec gayeté et ont procédé au tirage au tour que leur prescrivait leur numéro. Ceux qui avaient les dix premiers numéros ont sorti du chapeau chacun un billet blanc. Annet Ganne qui avoit le numéro onze a sorti du chapeau chacun un billet dans lequel étoit écrit le mot Volontaire et a été proclamé tel par l'assemblée pour voler au secours du département de la vandée et autres départements voisins . Annet Ganne est âgé de trente neuf ans fils de déffunt michel et de déffunte Marie elias, taille de cinq pied quatre pouces cheveux et sourcils noirs, nez épaté, visage plat".

 

 >>> Le 11 juillet 1793, le conseil se réunit afin de tirer au sort un volontaire pour le "parachèvement des 21 hommes fixés pour le contingent de cette paroisse pour le recrutement des armées de la République"; on réunit "tous les jeunes gens de cette municipalité en état de porter les armes". Il fut fait 50 billets et un certain Étienne Simard eut la malchance de tirer du chapeau un billet portant la mention "Volontaire".  Ce Simard n'était même pas de Beaumont: originaire de Romagnat, il était venu à Beaumont se mettre au service d'Antoine Mathieux-Faye, officier municipal!

 

>>> Le 2 septembre 1793, Couthon, représentant du peuple en mission, appela tous les hommes valides à combattre Lyon révolté. Ils devaient partir immédiatement avec du pain pour quatre jours.Le même jour, le "Conseil général de la commune" se réunit "entour deux heures du soir, le procureurde la commune (Pierre Goughon) dit qu'il a appris à Clermont, d'où il arrive à  l'instant, qu'il se formoit à Lions et à Montbrison et aux environs une nouvelle Vendée, que les habitans de Clermont en état de porter les armes alloient se lever en masse pour aller foudroyer les habitans de ces deux villes contrerévolutionnaires et qu'à cet effet le tocsin sonnoit à Clermont (...) que, devant nous déterminer, il conviendroit de nous joindre à eux à leur exemple et partir sans délai contre ces brigans."Le Conseil Général ayant pris en considération l'exposé du Citoyen Goughon Procureur de la commune a arrêté à l'unanimité qu'à l'exemple de ses frères de Clermont, le tocsin seroit sur le champ sonné afin de rassembler tous les habitans de cette municipalité en état de porter les armes et comme il étoit alors fort tart et que le peu d'habitans s'étoient assemblés quoique le tocsin eu sonné pendant plus de deux heures les membres qui ont composé la présente assemblée se sont retirés après avoir arrêté qu'elle se rassembleroit de nouveau demain trois au point du jour (...)"

On voit ici que les beaumontois n'étaient pas très "chauds" pour envisager un départ vers Lyon. L'exposé suivant fait mieux comprendre pourquoi: on était à l'avant-veille des vendanges qui eurent lieu cette année là le 15 octobre, et les préparatifs qu'exigeaient leurs vignes et leurs caves les mobilisaient déjà...              

  

D'après une tradition familiale, ce fusil  de la Manufacture Royale de St-Étienne (modèle 1777 rectifié par la suite), aurait participé à l'expédition de Lyon...(coll.pers.)

D'après une tradition familiale, ce fusil de la Manufacture Royale de St-Étienne (modèle 1777 rectifié par la suite), aurait participé à l'expédition de Lyon...(coll.pers.)

>>> Le lendemain 3 septembre, "entour l'heure de cinq du matin, assemblée  générale des Citoyen de Beaumont a été tenue à la maison commune, au son de la cloche (...)

"Le Citoyen procureur de la commune a réitéré à l'assemblée le même exposé qu'il fit la veille.

"Certes, tous les Citoyens réunis " entendoient au péril de leur vie soutenir la République une et indivisible", mais ils arrêtèrent "à l'unanimité qu'attendu la proximité des vendanges et des semailles, il ne pouvoit partir que le quart des Citoyens de cette municipalité en état de porter les armes qui iroient combattre les rebelles de Lions et Montbrison". 

À cet effet, on dressa "quatre listes ou sections qui contiendroient chacune le quart des grands et petits hommes des vieux et des jeunes en age conformément à la loi" et "le sort décideroit de celle des quatre sectionsqui partira la première, une des autres trois à qui le sort echerra ira la relever et qinsi de suite de mois en mois, en recommençant même si besoin est jusqu'à l'entière destruction des brigans de Lions et Montbison et lieux circonvoisins (...)".

La liste des sections fut aussitôt dressée: la première comptait 83 hommes, la deuxième 81, la troisième 88, et la 4ème 92, ce qui faisait un total de 344 hommes.

Je me suis demandé, à la lecture des noms des habitants qui composaient ce futur "corps expéditionnaire", si certains d'entre-eux n'avaient pas pris d'ores et déjà des pseudonymes militaires. Certains ne manquent pas de piquant; qu'on en juge plutôt:

Michel Bouchet "le riche", Pierre Bertrandon "l'huile", Antoine Herbaud "gras de pain", Pierre Veray "prune", Amable Cohendy "baby", Michel Vaureix "potelage", Étienne Ganne, "la bourre", Jean Ganne "pétant", Pierre Daureyre "Pachard", Lgier Barreyre "la jaquette", Jean Védry "le bègue", Pierre Mausat "Margot", Étienne Ganne "troiliard", Gaspard Émuy "papin",  Michel Émuy "chiarot", Antoine Bernard "gacon", André Jozat "la claude", François Cohendy "carpe", Michel Bouchet "la grande", Antoine Faye "rouge", Antoine Faye "parjésu", Étienne Cousserand "reitre", Antoine Herbaud "le dié", Michel Maradeix "sandié", Pierre Émuy "blondin",   Étienne Chaput "franchèque", et Amable Cohendy "calau".

Il y avait là pêle-mêle un maçon, un menuisier, un tailleur, deux maréchaux (ferrands), le curé Gras, un autre prêtre, Girard, et même le citoyen Champflour n'échappa point et dut assister à cette assemblée!

Les quatre listes transcrites, la maison commune ne pouvant contenir l'assemblée, celle-ci se transporta sur la place publique où l'on pu procéder au tirage au sort. On fit quatre billets roulés et mis ostensiblement dans un chapeau et on appela un enfant pour les sortir l'un après l'autre. Le premier fut celui de la troisième liste, le deuxième celui de la quatrième, le troisième billet celui de la seconde et enfin le dernier celui de la première. On fit ensuite quatre autres billets, l'un d'eux portant le mot "volontaire", et l'enfant tira l'un après l'autre les quatre billets du chapeau. Les trois premiers tirages au nom des 3ème, 4ème, et seconde listes furent des billets blancs, tandis que le quatrième tirage au nom de la première liste fut un billet marqué du mot "volontaire". Du coup,  cela désignait la première section à partir avant les autres pour "combattre les brigans de lions et montbrisons".

 

>>> Entre temps, la levée en masse avait été décrétée: le 4 septembre, le Maire et les officiers municipaux, ayant reçu le décret de la Convention Nationale, le firent afficher dans la commune.

 

>>> Le 5 septembre, le Maire et les officiers municipaux firent rassembler "les citoyens à qui le sort est échu pour aller combattre les brigands de Lions et Montbrison. Après avoir fait battre  le rappel, les citoyens se sont rassemblés au nombre de 62 seulement (sur 83). "Les autres ont déclaré n'être pas dans le cas de partir par leur trop grand âge ou parce que ils n'avoient pas l'âge requis. Étienne Pageix, Maire, par son état et Pierre Bertrandon et Robert Chassain à cause d'indisposition et la plus grande partie ayant des exemptions émanées de Citoyens Couthon et Maignet, représentants"(*)

(*): Représentants du peuple en mission.

 

>>> Le 7 septembre, sur sa demande, Michel Bouchet, N° 14 de la première section appelée à partir au plus tôt, se fit remplacer par Jacques Jargaille, n° 69 de la deuxième section.

J'ai lu dans plusieurs ouvrages d'histoire qui évoquent cette expédition de Lyon que beaucoup d'hommes firent demi tour en chemin pour assurer, de retour au bercail, les battages et les vendanges qui n'attendaient pas. Au demeurant, lorsque le reste de la troupe arriva à Lyon, la ville avait capitulé depuis le 9 octobre.

 

>>> Le 13 septembre, le procureur de la commune Pierre Goughon déclara au "corps municipal de Beaumont réuni dans la maison commune "qu'en exécution d'un arrêté du conseil général du département du Puy-de-Dôme du 9 septembre et de celui du représentant du peuple en mission en date du 8, tous les tambours étaient réquisitionnés et devaient "se rendre à Clermont avec leurs caisses où ils recevront des ordres ultérieurs". On appela le citoyen Michel Vaureix (*), qui déclara "qu'il ne désiroit rien autre chose que d'obéir à la loi et qu'il allait se rendre dans le jour à Clermont".

(*): Michel Vaureix, tambour de la "garde bourgeoise de beaumont" était le fils de pierre Vaureix, l'instituteur "sans culotte" (ainsi se désignait-il lui-même. Ce personnage qui a fait l'objet de publications mérite à lui seul un long développement...)     

              

"Le chant du départ", par Édouard Detaille.

"Le chant du départ", par Édouard Detaille.

 

2.2- Comment échapper à la conscription: maladies et désertions

 

En dehors des désertions pures et simples de conscrits, activement recherchés par la gendarmerie, les jeunes appelés cherchaient à échapper à la conscription en présentant un remplaçant ou en déclarant une maladie. Dans ce dernier cas, un certificat était sollicité auprès de la municipalité.

Au vu des déclarations signées par trois officiers de santé, le "Commissaire du Pouvoir exécutif près l'Administration centrale du département du Puy-de-Dôme" délivrait un "certificat d'exemption pour cause d'infirmité ou maladie". Celui-ci devait être visé par la gendarmerie locale.

 

Voici un certificat d'exemption provisoire (3 mois) délivré le 25 brumaire an 7 (15 novembre 1798) au citoyen Gervais Chaffraix, signé par Boutarel, l'un des membres du Directoire exécutif, visé le 5 frimaire suivant (25 novembre) par Dargendeix, maréchal des logis commandant la Gendarmerie nationale de Saint-Gervais d'Auvergne (A.D.63, L 1613). Recto.

Voici un certificat d'exemption provisoire (3 mois) délivré le 25 brumaire an 7 (15 novembre 1798) au citoyen Gervais Chaffraix, signé par Boutarel, l'un des membres du Directoire exécutif, visé le 5 frimaire suivant (25 novembre) par Dargendeix, maréchal des logis commandant la Gendarmerie nationale de Saint-Gervais d'Auvergne (A.D.63, L 1613). Recto.

Verso.

Verso.

2.2.1-Un malade en prison...

 

En recherchant la trace d'ancêtres natifs de la Combraille (Cromarias, Thomas, etc...), je suis "tombé" sur de tels certificats dont la tournure ne manque jamais de sel (L1613).

Un nommé Marien Thomas, du lieu de Sainte-Christine, canton de Saint-Gervais d'Auvergne, détenu dans la maison d'arrêt de Clermont pour désertion, fit adresser le 26 pluviôse an 8 (17 février 1800) "aux citoyens composant le jury de révision des conscrits" une supplique visant à obtenir son élargissement pour être visité conformément à la loi, car, écrivait-il, il ne s'était jamais présenté devant les deux précédents jurys: "il vous prie que dans le cas où les infirmités dont il est atteint ne seroient pas asses suffisantes pour aller aux armées, vous le fassiez élargir de la maison d'arrêt pour se rendre aux casernes"...

Pourtant, avant l'envoi de cette lettre, le 29 nivôse (19 janvier 1800), l'officier de santé Mandet avait visité notre homme qui n'était visiblement pas en état de revêtir l'uniforme...Qu'on en juge:

"Je soussigné officier de santé habitant de la commune de Menat dept du pui-de-dôme, certifie que j'ai été appelé le vingt cinq nivôse pour voir le citoyen Marien Thomas du lieu de Ste Christine canton de St Gervais, lequel j'ai trouvé dans un état convulsif accompagné de serrements à la poitrine, avec battements redoublés du cœur. Cet accident m'a fait juger que le dit Marien Thomas éprouve et est sujet à une affection nerveuse pour laquelle je lui ai administré les calmans, et les antispasmodiques, j'estime qu'il a besoin de repos pendant quelques tems".

Curieusement, une attestation rédigé par l'officier de santé Colin, de Saint-Gervais, le 5 ventôse an 8 (5 février 1800), également antérieure à la demande de mise en liberté du jeune Marien, portait un diagnostic notablement différent:

"Je soussigné Guillaume Colin, officier de santé résidant à St Gervais (...) cetifie avoir traité depuis deux ans le citoyen marien thomas du village de garde commune de Ste Cristine (...) pour des douleurs rhumatismes qui se sont fixées aux extrémités superieure, et parfois il ce porte a la tête; ces douleurs on redoublé depuis qu'il a fait une chute".

J'ignore si Marien Thomas put obtenir rapidement sa libération et son exemption du service, grâce aux expertises médicales réalisées sur sa personne.     

 

2.2.2-À la poursuite de conscrits réfractaires...

 

Dans le même fonds d'archives, on trouve le récit de péripéties vécues par quelques réfractaires poursuivis par la gendarmerie.

On notera que la Combraille est une véritable mosaïque de bocages et de forêts, qui entravait les poursuites et offrait des cachettes sûres aux fugitifs; il ne faut donc pas s'étonner des échecs subis par la maréchaussée chargée de les rechercher et de les arrêter... On ne peut s'empêcher de comparer cette région de la Combraille à la Vendée et à la Bretagne, où les chouans donnèrent du fil à retordre à l'armée révolutionnaire. Les cinq extraits suivants, tirés des rapports des commissaires et de la gendarmerie de Saint-Gervais, sont édifiants: les autorités, frappées d'impuissance, apparaissent quelque peu démunies et désabusées, face à l'ampleur du problème et à l'insuffisance de leurs moyens. 

À l'évidence, les conscrits réfractaires bénéficiaient de la complicité d'indicateurs qui les prévenaient de l'arrivée des gendarmes. De plus, les officiers municipaux, qui auraient du faciliter la tâche des gendarmes, ne manifestaient pas un zèle excessif... Au demeurant, tout ce petit monde rural était peu ou prou lié par des liens de parenté...On peut même se demander si les gendarmes n'étaient pas parfois, eux aussi, entravés dans leur action du fait de tels liens avec les récalcitrants!  

 

 

*1-Ici, le brigadier Voisin revient d'une tournée infructueuse dans plusieurs villages du canton de Saint-Gervais:

 

"St-Gervais, le 7 ventose an quatre de la république (27 février 1796)

"Citoyen commissaire J'ay l'honneur de donner avis que je me suis rendu le quatre du présent dans les communes de Queuille et St-Georges (de Mons) pour metre votre requizition en execution consernant les volontaires manquand vous verrée par les proces verbeaux qui contienne verite comme ces gens nous onts resus par les cris qui nous vendoit dans tous les villages de ces communes et par la ils est imposible de pouvoir venire a bout d ens aréter auqun il fauderoit apsollument des punitions plus severs envers les rebellées je ne suis point encorre rendu en la (commune) de Comps (Les Ancizes-Comps) (...) soyée persuader que je m'y renderée au plus tot et que je repasseré dans ces communes où en leurs donnant si souvant la chase nous pouronts en areter quelles qun soyer assurer que c est a mon grand regrest que nous n en aretons point avec les peines que nous nous donnons nous avons le meme sort dans notre Canton il faut que nous soyons vendu auparavant que l'on n est donnée les listes mais tant qu il y aura dans les communes des prestres refractaires qui fanatiseront les habitants il ne sera point posible d y faire triofer la republique les agents (municipaux) sont eux même les plus fanatisée ne les trouvant point ches eux leurs femmes nous remplie de menchonge et les hommes se caches point d indicateur donne vous la peinnes de lire les proces verbeaux vous verrée comment l on se refuse a nous indiquer les maison les voisins meme si opose nous seront demain dans le commune de vitrac ou l on m a denoncée un belle homme manquand qui (s'appelle) Entoinne bertrand demeurant a verbaton je ne sais si vous les avée l on vous l a surement cachée je veres si cela est vrai marques moi votre facon de penser sur ce que je vous marque

"Salut et fraternite   Voisin brigadier"  

Un gendarme à cheval. Aquarelle XIXe. Coll. Pers.

Un gendarme à cheval. Aquarelle XIXe. Coll. Pers.

*2-Le 20 germinal de l'an 4 (9 avril 1796), le commissaire du pouvoir exécutif près l'administration municipale du canton de Saint-Gervais", un certain Grand, écrivait ceci au commissaire près l'administration du Puy-de-Dôme:

"Citoyen, la gendarmerie est continuellement sur pied dans le canton, lorsqu'elle n'est pas employée ailleurs, soit pour l'exécution des mesures de police, soit pour la recherche de tout ce qui peut attenter à la tranquilité publique, soit pour l'arrestation des jeunes gens de la première réquisition et des militaires déserteurs.

"Ce dernier objet ne présente pas un résultat avantageux; car, quoique le nombre des réquisitionnaires et des déserteurs soit assez conséquent, toutes las mesures que l'on a pu prendre jusqu'alors pour opérer leur départ, leur arrestation, ont été pour ainsy dire infructueuses, un grand relachement semble meme s'etre introduit dans leurs exécutions, et n'a pas peu contibué a entretenir l'attiédissement des esprits.

"Ma lettre du seize ventoze dernier vous trace quelques unes des causes de la désobéissance aux lois en cette partie, des intrigues mises en jeu pour en éluder les dispositions; aujourd'huy ceux qui prennent part à la chose publique se plaignent du peu d'activité de l'agent militaire, de la facilité à accorder des délais, court à la vérité, à ceux qu'il désignoit pour partir et qu'il auroit du, sous aucun prétexte ne pas rendre à leurs pénates où ils ne recoivent et ne répandent que de mauvaises impressions. Et vraissemblablement peu d'entre eux se rendent ensuite à leur destination.

"Sans doute quelques circulaires verbeuses sont insuffisantes lorsque les mesures d'exécution ne sont pas concertées et suivies exactement entre ceux qui en sont chargés.

"Je vous adresse, cy inclus, quatre procès verbaux dressés par la gendarmerie les six et dix neuf ventose, seize et vingt germinal constatansleur diligence. Si les dispositions finales des loix ne sont appliquées il faut désespérer bientôt de leur exécution.

"Les agents municipaux sont eux memes d'une négligence, d'une insouciance vraiment coupable. Ils paroissait ne seconder aucunement les efforts de la Gendarmerie: et si l on en croit celle ci, quelques uns se pretent meme a favoriser les évasions.

"Voyés a cet egard le proces verbal relatif a la commune de Ste Christine envoyé par ma lettre du vingt huit pluviose dernier; seul renseignement que je puisse fournir à cet egard.

"Comme il s agit maintenant d exécuter l'arrêté pris par le Directoire Exécutif le quatre ventose dernier, je vous prie de me donner la solution des questions suivantes:

"Par exemption, comprend-on les congés absolus ou de réformer?

"L'arreté s'applique-t-il a tous les militaires indistinctement ou aux réquisitionnaires seulement?

"Les exemptions accordées pour trois et quatre mois par l'agent militaire ayant pour motif des indispositions ou maladies sont ils annullés par l'article sept?

"Comment et par qui seront payés les salaires des officiers de santé commis pour la visite des militaires?    Salut et Fraternité    Grand"

 

*3-Le procès-verbal relatif à Sainte-Christine, commune évoquée dans la lettre ci-dessus, prend lui aussi des accents pittoresques:

"Brigade de Saint-Gervais, 28 germinal l'an 4e Ste Christine

"L'an quatre de la République francaise une et indivisible et le vingt huit germinal (28 avril 1796) sur la liste qui vous a été remize par le Commissaire du pouvoir exécutif du chef lieu de canton de la commune de St Gervais, nous francois Dargendeix marechal des logis francois Constant, Jean chardonnet et francois grand gendarmes nationaux a la Residence du chef lieu de Canton de St Gervais nous sommes transportes dans la Commune de Ste christine ou nous avons fait les perquizitions necessaires dans plusieurs villages et maisons de lad. Commune pour decouvrir les volontaires qui s y tiennent cachés, et en alant au lieu des abouranges village de la ditte Commune nous avons aperçus la nommée Izabeau Batisse qui couroit de loin à travers champs ce qui fait que nous somme divizés pour investire le dit village, mais la ditte Izabaud Batisse ayant aperçus un homme a nous inconnûs et lui a criée et fait signe de faire sauver le nommé pierre Batisse son frere qui étoit dans la maison de son père ce que led. Quidam a nous inconnûs a bien exécutés en courant a toutes jambes et a fait evadés le dit Batisse que nous avons apercûs dans les prés qui se sauvoit; lequel nous avons suivis inutilement pendant deux heures jusque nos chevaux ont éé arrassés et nous aussy attendus que les hayes nous empéchoit ainsy que les viviers de pouvoir les atteindre. 

"D'un autre cottés les hommes et femmes des villages des abouranges et des Sandes onts facilités led. Batisse en luy criant a tout instant de passer de ce cottés que les gendarmes etoit de l'autre;

"Nous observons aux citoyens qui voient nos procès verbaux qu il est impossible que la gendarmerie parviennent a arretter les volontaires sy l on ne fait executer promptement les loix contre les receleurs et logeurs enfin ceux qui emploient touttes sortes de ruze pour les faire sauvés;"Et du tout avons fait dressés et clos le present proces verbal sincere et veritable lesd. Jour et an que dessus.       Dargendeix      Grand       Chardonnet   Constant"

 

*4-Le 26 pluviôse an 5 (14 février 1797), le nommé Grand écrivait à nouveau au commissaire près l'administration centrale du département du Puy-de-Dôme en des termes quelques peu désabusés; sa prose -au demeurant très élaborée- est surprenante et laisse même paraître l'état de profonde déréliction dans lequel se trouvait notre commandant:

"Citoyen, chaque jour voit s'accroître le nombre des déserteurs, et cependant aucun d'eux ne songe à retourner à son poste. Les réquisitionnaires fuyards, dont le nombre est vraiment énorme dans certaines communes de ce canton, sont de même sourds à la voix de la Patrie.

"Par votre circulaire du 15 nivose, vous recommandez l'usage des moyens de persuasion; (...) on a été contraint d'en passer aux mesures coercitives qui encore ont été infructueuses (...) J'ai fait et je ferai tout ce qui dépendra de moi. Peut-être parviendrai-je à en rendre quelques uns à leurs devoirs, à les arracher à l'opprobe. 

"Mais, citoyen, j'en suis très fermement convaincu, il faut renoncer à agir comme à écrire sur cette matière, si quelques exemples d'une juste et sévère application de la loi n'en remettent les choses dans l'ordre. L'esprit public tend en cela comme en tout, progressivement vers sa perversité, et il existe trop d'éléments propres à favoriser cette prepension des choses et à détruire le peu qu'il pourroit y avoir de bonnes influences. Enfin, dans de telles conjonctures, l'authorité a besoin d'impressions palpables pour ne pas devenir le jouet du public.

" Je ne vous adresse pas la liste demandée, les agents des communes n'ayant fourni encore les renseignements particuliers exigxés d'eux.

"La gendarmerie, faute de salaire et de ressources, est devenue presque inactive. Qu'exiger des membres qui la composent, lorsqu'on a la conviction qu'ils sont hors d'état de subvenir aux dépenses occasionnées par les tournées quotidiennes.    Salut et fraernité       Grand"

J'aurais bien aimé connaître la réaction des citoyens administrateurs du département du Puy-de-Dôme à la lecture de telles missives, expression d'un profond découragement.

 

*5- Enfin, quelques mois plus tard, le 3 frimaire, an 6 (23 novembre 1797), le commandant de la gendarmerie de Saint-Gervais, qui était ce Dargendeix signataire du certificat présenté ci-dessus, rendait compte à sa hiérarchie, en l'occurence le chef du 23e escadron, d'une opération de recherche de déserteurs. Ce rapport prête également à sourire, lorsqu'il nous apprend que le chef de la gendarmerie, faute de pouvoir s'adjoindre des hommes de la garde nationale, doit réquisitionner un quatrième gendarme qui est certes malade, mais "ce n'est point sont jour de fièvre"!:

"Aujourd'huy 3 frimaire an six de la république française une et indivisible, nous françois Dargendeix maréchal des logis, François Constant, et Jean Forestier gendarmes nationaux en la résidence de St Gervais en vertu de la lettre du citoyen Allizée Lieutenant en la résidence de Riom en datte du vingt cinq Brumaire dernier adressée à nous Maréchal des logis qui m'ordonne de me transporter au domicille de Pierre Reyberolle réquisitionnaire de la commune de Gouttière, même de requérir la garde nationale et autres brigades pour me donner main forte, voyant que la garde nationale n'est pas fini d'organizés, j'ay cru etre autorizé de requerir le citoyen Léger Saby gendarme de la Brigade de Rochefort détenu malade à St-Gervais, comme n'étant pas son jour de fièvre, comme formant le quatrième, nous nous sommes transportés au domicille du dit Pierre Reyberolle réquisitionnaire de la commune de Gouttière et en parlant à sa sœur nous lui avons demandé où étoit Pierre Rbeyrolle son frère; elle nous a répondu qu'elle n'en savoit rien, ce qui fait que nous nous sommes transportés au lieu de la batisse même commune de gouttière chès le nommé Gilbert Lauvergne réquizitionnaire, moy Dargendeix maréchal des logis ayant placé le citoyen Constant au dessous du village près de la maison du dit Lauverrgne, et le citoyen Saby au dessûs de la maison comme ne sachant pas bien le local de ses batiments et ayant placé le citoyen Forestier à des portails de grange se tenant avec la maison de Lauvergne, et moy Dargendeix ma suis transporté dans la maison le sabre à la main. Ayant aperçûs le dit Lauvergne et mettant aproché de luy il s'est levé et a courûs à son métier qui fezoit la toille pour se munir d'un grand pistollet d'arsson à dix huit pouces de longueur ayant un grand crochet à côté pour le porter à la ceinture qui étoit pendûs au dit métier de toille. Et moy Dargendeix l'ayant saisi au collet et me suis mis à crier le citoyen Forestier pour me donner secours, le dit Lauvergne m'a donné un coup de poing sur le visage, mais je l'ay pas lâché dans le moment le citoyen Forestier étant arrivés nous l'aurions renversé par terre, mais luy Lauvergne par la force des secousses qu'il nous donnait nous a conduit jusque sur un fumier qui étoit au devant de la porte et moy Dargendeix ayant aperçûs que le dit Lauvegne étoit munis de son couteau ne luy donnant point le temps de pouvoir s'en servir nous l'avons arrachés de force, ou étant voyant qu'il ne pouvait plus opozés de résistance il a dit qu'il se rendoit de ne pas luy faire de mal, alors moy Dargendeix qui le tenoit par le col de la chemise me suis contantes de le prandre par le collet de son gilet dont il étoit vétûs j'ay alors invité le citoyen Forestier de l'atacher pour lors le citoyen Forestier l'ayent lachés pour cherchés sa corde a l'effet de le lier nous avons aperçûs une femme (qui) a dit s'appeler Françoise Lauvergne et être la sœur du dit Lauvergne qui venoit à nous avec des scizeau pendante à sa ceinture et dont elle a essayés de frappé en s'approchant de moy la main gauche dont moy Dargendeix tenoit son frère attendûs que je ne peut pas encore me servire de la main droite à raison des blessures que je y ay recu alors le dit Lauvergne voyant que sa sœur luy venoit apporter secour a donnés dans le temps que moy Dargendeix portoit un coup de coude à la dite Lauvergne à l'effet de parer le coup qu'elle me portait a donné une nouvelle secousse sy forte que le cotté du gillet par lequelle je le tenoit saisis m'a restés à la main et le dit Lauvergne est parvenûs à se jetter de l'autre cotés d'une haye qui joignet, le citoyen Forestier l'ayant voulu poursuivre s'étant embarrassés dans un tas de mortier qui étoit à son passage, les citoyens Saby, et Constant ayant entendûs le bruit sont a courûs et ont essayés de le pourssuivre jusque au bois de Magnialet n'ayant pûs l'atteindre, et leurs chevaux n'ayant pûs passer dans le bois nous avons pris parties de nous retirés pour dresser notre proces verbal, et en nous retitants en notre Résidence nous avons passé au lieu du Chazal commune du dit gouttière et au domicille du citoyen Vialette agent de la commune où étant et parlant à sa personne nous luy aurions communiqué le pistollet et quatre gros battons ayant de grosse boulade au bout que nous avonts saisies chés le dit Lauvergne et l'avon prié de vouloir bien déchargés le dit pistollet pour scavoir lequel pouvait etre chargés, effectivement le dit citoyen Vialette l'a déchargés en ntre présence dans lequel il y avoit une balle de calibre, amorssés tous frais de poudre fine, et a le dit Vialette signé notre feuille de service et du tout avonts fait et dressé notre present proces verbal pour valoir et servir ce qu il appartiendrat soussignés les dits jour et an.

"Dargendeix mal de logi   Sabi    Forestier     Constant".      

     

2.2.3-Autre mesures coercitive employée à l'encontre des réfractaires, le logement de garnisaires:

 

D'autres contraintes furent infligées par l'autorité, telles que les garnisaires logés chez les habitants convaincus d'avoir facilité la fuite des réquisitionnaires, ou chez les parents de présumés déserteurs, afin d'inciter leur progéniture à rejoindre leurs corps d'affectation. Cette mesure ne dura pas dans le Puy-de-Dôme; elle avait bien reçu l'aval du ministre de la Police, mais elle fut réprouvée par le ministre de la Guerre qui jugea qu'elle ne "pesait pas directement sur les coupables et était contaire à la liberté individuelle"!...Les renseignements de l'administration étaient parfois peu fiables (elles reposaient parfois sur des dénonciations comme dans le cas ci-après) et des parents de volontaires rééllement partis étaient injustement inquiétés et devaient même se faire rembourser (cf L 1648):

 

Ainsi,  le 23 fructidor, an VII (9 septembre 1799), les administrateurs du Département du Puy-de-Dôme, "vu la pétition du citoyen Antoine Luquet, cultivateur habitant la commune de Beaumont, tendante à obtenir le remboursement d'une somme de 45 francs par lui comptée à la force armée mise en subsistance chez lui, comme présumé receler Jean Luquet son fils appartenant à la 14e demi-brigade d'infanterie de bataille, vu aussi les pièces à l'appuis de la ditte pétition:

"1° une copie de la déclaration des citoyens Marien Maradeix et Jacques Faye, déclarant que Jean Luquet et Guillaume Barreyre habitants de la même commune en datte du 3 messidor an VII (21 juin 1799) de Beaumont et conçue en ces termes:

"Nous soussignés Marien Maradeix et Jacques Faye, déclarent que Jean Luquet et Guillaume Barreyre sont dans la commune de Beaumont ou aux environs, et que nous les avons vus il y a quinze jours dans le territoire de Romagnac près d'un lieu appelé "Les Palles'.

"2° Un certificat du Conseil d'administration du 3e bataillon de la 14e demi-brigade d'infanterie de bataille, du 14 thermidor de la même année (1er août 1799) qui dit que le dit Jean Luquet sert dans la 3e compagnie du dit bataillon, en qualité de caporal depuis le 9pluviôse précédent (28 janvier 1799).

"Vu l'arrêté pris par l'administration centrale le 13 du présent (30 août 1799), portant au second paragraphe: "si par suite de la mise en subsistance de la force armée chez les parents des conscrits, réquisitionnaires et autres militaires en retard de se rendre aux armées et par l'effet de quelques ddénonciations, cett force armée a été placée par l'administration municipale du Canton chez les parents d'un de ces militaires présent à son corps, les frais auxquels elle a donné lieu seront supportés par les dénonciateurs".

Les administrateurs du département, "oui le commissaire du directoire exécutif , considèrent que "Jean Luquet n'a point abandonné les drapeaux; il n'a donc pu se trouver dans les environs de Romagnac 15 jours avant le 3 messidor".

Ils arrêtent donc que les dénonciateurs seront condamnés pour fausse déclaration à rembourser le montant de 45 francs à Antoine Luquet qui pourra les traduire "devant les tribunaux compétents".

 

La pétition d'Antoine Luquet est très instructive, car elle nous apprend que son fils Jean "arriva à Ferrare (*) le 9 pluviôse (28 janvier) et y fut bloqué jusqu'à la capitulation de la garnison de cette place, qu'antérieurement au blocus, il en avoit reçu quatre lettres qu'il a communiqué, au vœu de la loi, à l'administration municipale de son canton, se croyant digne de foi et craignant recevoir la force armée".

Antoine Luquet observe qu'il avait bien prévenu le commissaire près l'administration de canton, mais l'agent municipal de Beaumont établit néanmoins la force armée chez lui "au nombre de quatre gendarmes qu'il fut contraint de payer quarante cinq francs". Il ajoute qu'il demande à être remboursé des 45 francs injustement payés, soit par les lâches dénonciateurs, soit par leurs parents et il a l'assurance intime que vous lui rendrez justice en l'autorisant à les poursuivre"...

 

Cette lettre , assurément de la main d'Antoine Luquet, cultivateur, est d'une écriture assurée et d'un style élégant: elle déneote une solide éducation qui le relie à mon avis à cette famille de Luquet, notaires au XVIIIe siècle, qui sont  les ancêtres dont je possède quelques liasses d'archives...

(*): il s'agissait donc de la deuxième campagne d'Italie entreprise par le général Bonaparte qui, après son retour d' Égypte et son coup d'état du 18 brumaire, franchit comme on le sait les Alpes au col du Grand Saint-Bernard. Cette campagne se solda par une victoire malheureusement endeuillée par la mort du Général Desaix lors de son action décisive qui permit la victoire de Marengo.

J'ignore si Jean Luquet participa par la suite aux guerres du Directoire et de l'Empire; Quoi qu'il en fut, il était toujours vivant en 1828, puisqu'il hérita de la maison de son père située Grande Rue Neuve des Fossés (Rue Nationale), maison (article 196 de la matrice cadastrale) presque voisine de celle du Maire de 1799, Pierre Pageix Aîné (article 201, même rue)...

 

Antoine Luquet faisait allusion dans sa lettre au certificat de présence au corps justtifiant que son fils Jean n'était pas un déserteur.

Voici un tel certificat, délivré au citoyen Pierre Boisset, fils de Jean Boisset et de marie Ardaillon de Theix, âgé de 20 ans, incorporé le 15 ventôse an VII (5 mars 1799) dans l'Armée du Danube, en qualité de fusilier dans la 4e compagnie du 1er bataillon de la 110e demi-brigade, visé au verso par les "administrateurs municipaux de Beaumont, Pierre Pageix (Pierre Pageix l'aîné, agent municipal de Beaumont en 1799, Faye, adjoint, Brunmurol, agent municipal de Ceyrat, Cirent (Chirent), agent de St-Genès-Champanelle, et Recolène, Président de l'administration cantonale.                                                                                              

2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire).

Certificat d'existence au Corps (recto), délivré le 1er fructidor an VII (18 août 1799) au citoyen Pierre Battet et visé par les administrateurs du canton de Beaumont: Pierre Pageix, agent municipal de Beaumont (notre ancêtre), Faye, adjoint, Brunmurol, agent de Ceyrat, Cirent (Chirent), agent de Saint-Genest-Champanelle, et Recolène, président de l'administration cantonale.

 

2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire).

 

Ces dénonciations tout à fait détestables reflètent bien l'état d'esprit délétère qui régnait dans nos communes en ces temps troublés où des passions exacerbées se manifestaient, conduisant au repli sur soi, à la jalousie et à la méfiance envers son voisin (qui pouvait bien être un parent comme je l'ai souvent constaté). 

 

2.2.4-Un volontaire malgré lui:

 

Un autre cas pourrait prêter à sourire dans un contexte moins dramatique que celui de la conscription révolutionnaire: il s'agit d'un jeune homme d'Aubière, Jacques Gioux, qui s'enrôla en août 1792 comme volontaire dans un contexte d'euphorie collective, alors qu'il était manifestement lui-même en état d'ivresse, et qui se rétracta lorsque les effets du vin se furent dissipées:

 

Le 15 août 1792, les habitants et le curé d'Aubière prirent la défense de Gioux et adressèrent cette supplique aux administrateurs du département du Puy-de-Dôme:

"Messieurs les administrateurs du département du Puy-de-Dôme, "Messieurs,

"Jacques Gioux a l'honneur de vous exposer qu'il a été très surpris d'apprendre qu'il étoit obligé de rejoindre le bataillon des volontaires qui est parti et dans lequel on dit qu'il est enrôlé.

"Malgré sa bonne volonté de secourir la Nation, dans toutes les occasions critiques, jamais son intention n'a été de s'enroller. Il est vrai qu'il se souvient d'avoir été entraîné par force à Clermont par ses compagnons lors de leur enrolement, et dans un excès de vin;

"Mais il n'a nulement et n'a pas même su y consentir.

"Depuis il n'a reçu aucune paye (c'est la moindre des choses...); il n'a fait aucun séjour à la caserne ny a Clermont tant il croyait peu s'être engagé. Tous les habitants de son voisinage atteste la vérité de ces faits et notament ceux de la violence et de l'ivresse, et c'est sur ces fondements qu'il fonde son innocence. Il réclame en conséquence votre justice afin qu'il puisse vivre paisible dans le sein de sa famille. Ce qu'il croit être fondé à demander.

"M. le curé accompagné de plusieurs habitants d'Aubière qui sont venus certifier la vérité des faits contenus en ce mémoire et assure que Jacques Gioux étoit dans un état d'ivresse et encore que l'on a usé envers lui de contrainte".

 

L'administration du District de Clermont ainsi sollicitée fut intraitable: elle fut d'avis que Gioux, après avoir eu grandement le temps de cuver son vin aurait très bien pu se présenter à jeun pour faire un "volontaire" recevable:

 

"Ouy le procureur sindic,

"Le conseil permanent considérant que Jacques Gioux a eu un intervalle assez considérable dans le trajet d'Aubière pour dissiper l'ivresse, que toute contrainte a cessé au Département et que Jacques Gioux ne peut exiper du défaut de liberté,

"Estime qu'il y auroit le plus grand inconvénient à accueillir cette demande".

Toutefois, le District ne statua pas à son niveau et préféra en référer au Département pour connaître la conduite à tenir:

"Le Conseil supplie MM du Département de luy faire connoitre les mesures qui ont été prises sur la lettre écrite à ces Mrs le 15 aoust.

"A Clermont le 15 aoust 1792,

"Bouyol, psdt   Tiolier    Simmonnet     Bernard" (AD 63, L 1472, affaires militaires, levée du 2ème bataillon).

On trouve l'acte de naissance de Jacques Gioux dans l'état civil d'Aubière:

   

"Jacques Gioux, fils naturel et légitime à Amable, et à Jeanne Degironde, est né et a été baptizé le trois avril 1769. Son parrain a été Jacques Pignol sousigné et sa marraine Gilberte Gioux femme à Paul Vergne qui a déclaré ne scavoir signer de ce enquis, tous de cette paroisse. "J Pignol	Mosnier Curé"

"Jacques Gioux, fils naturel et légitime à Amable, et à Jeanne Degironde, est né et a été baptizé le trois avril 1769. Son parrain a été Jacques Pignol sousigné et sa marraine Gilberte Gioux femme à Paul Vergne qui a déclaré ne scavoir signer de ce enquis, tous de cette paroisse. "J Pignol Mosnier Curé"

Baptême d'Anthoine Gyoux, fils à Annet et à Michelle Terrioux, le 21 mars 1639. Son parrain fut Anthoine Gyoux braguette.

Baptême d'Anthoine Gyoux, fils à Annet et à Michelle Terrioux, le 21 mars 1639. Son parrain fut Anthoine Gyoux braguette.

Ce Gioux appartenait à une ancienne famille d'Aubière. Dans les registres paroissiaux, j'ai trouvé un Gioux affublé d'un surnom pour le moins pittoresque: en effet, on y trouve l'acte de baptême d' "Anthoine Gyoux, fils a Annet et a Michelle Terioux", qui naquit le 21 mars 1639, et le parrain fut "Anthoine Gyoux, braguette"! et la marraine Agnez Terioux (*) .

 

(*): "Braguette" était le surnom des familles Gioux, qui correspondait au métier qu'ils pratiquaient de manière héréditaire, celui de tailleur d'habits (braille = braga = pantalon). Renseignement aimablement communiqué par Pierre Bourcheix d'Aubière.

 

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Nous voici arrivés au terme de l'évocation de divers aspects de ce recrutement militaire auquel nos ancêtres furent souvent confrontés au cours de la période révolutionnaire. Certes, les situations ainsi décrites, somme-toute assez sombres, nous révèlent qu'après l'enthousiasme manifesté lors de l'enrôlement des premiers volontaires, vint le temps d'une résistance que les autorités ne purent facilement maîtriser. 

À elle seule, l'annonce d'un recrutement militaire obligatoire (levée en masse, etc.) suffisait à déclencher les réticences; les jeunes s'angoissaient à l'idée de devoir quitter leur cadre familial pour partir à la guerre vers un destin et des lieux inconnus. J'ajoute qu'il faut bien voir que ce nouveau mode de conscription qui touchait chaque famille tranchait avec celui du XVIIIe siècle, bien moins contraignant pour l'homme des campagnes, qui ne devait fournir à la milice que de modestes contingents (voir chapitre précédent).

Il se dégage de tout cela l'impression que dans les pays de plaine, comme la Limagne, on ne pouvait facilement échapper à la conscription, tandis que dans la "Montagne" ( comme l'appelait mon grand père Pierre Pageix qui - comme tous les beaumontois - désignait ainsi tout ce qui était situé au-dessus d Ceyrat), les désertions étaient facilitées par la configuration du terrain (de nombreux déserteurs se cachaient dans les bois de Laschamps et de la Moreno, tout comme dans le pays de bocage et de forêts des Combrailles...

Comme on l'a vu, on pouvait échapper "légalement" à la conscription, soit du fait d'incapacité ou de charge élevée de famille, soit en désignant un remplaçant. On notera aussi que les élus et autres agents représentant l'État (agents municipaux, personnels administratifs tels que commissaires, juges de paix, etc.) échappaient aussi à la conscription: ce fut le cas de nos ancêtres maires de Beaumont (cf article "Les Pageix maires de Beaumont")

Toutefois, cette vision assez pessimiste ne saurait masquer le courageux engagement des volontaires qui, aux premières heures de la République, et lorsque la patrie fut déclarée en danger, quittèrent leurs foyers pour se porter aux frontières; assurément, ils contribuèrent pour certains d'entre eux aux victoires éclatantes de Valmy et de Jemmapes...

 

Bibliographie pour ce chapitre:

 

-"Le recrutement de l'Armée Révolutionnaire dans le Puy-de-Dôme (1791- An VIII)" par Bernard Mouillard, Clermont-Ferrand, 1926);

-"Du volontaire au conscrit, les levées d'hommes dans le Puy-de-Dôme pendant la Révolution française" par Bruno Ciotti, 2001.

VOIR SUITE 3 ET FIN >>>

 

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