Ce blog, créé à Noël 2012, est destiné à la publication de mes études historiques passées et à venir. Il contiendra des biographies, de la généalogie, des monographies à l'intention de ma famille et de quelques amis.
La Grande Guerre et ses morts pour la France (annexe 1):
5-La mémoire collective:
Le monument aux morts d'Olloix
Aujourd'hui...




...et le 21 octobre 1923 peu après son construction
(photo prise par Joseph Pageix : à gauche, son épouse Louisa Madeuf).
La mémoire du jeune Marcel est également présente dans le cimetière d'Olloix, où se trouve une plaque commémorative au nom de Marcel Madeuf, en marbre blanc, dont la photographie ci-dessous m'a été communiquée par la mairie d'Olloix; elle porte l'inscription suivante:
"ICI REPOSE.
MARCEL MADEUF
Brigadier au 1er d'Art(ille)rie
MORT POUR LA FRANCE
A CLÉZANTAINE (Vosges)
LE 2 SEPTEMBRE 1914
À L'ÂGE DE 20 ANS"
Cette plaque est posée sur une tombe qui porte l'inscription "Famille Maugue-Madeuf.
la photographie émaillée qui se trouvait incrustée sur cette plaque a malheureusement disparue. En revanche, deux décorations sont toujours présentes sur cette plaque: une Médaille militaire et une Croix de guerre avec palme (ce qui correspond à une citation à l'ordre de l'Armée).
Ces décorations lui furent-elles attribuées à titre posthume, en reconnaissance de son ultime sacrifice? Ou bien, vinrent-elles distinguer des actes de courage accomplis auparavant par le jeune Marcel, au cours de ces durs combats de Lorraine?
Dans un premier temps, je n'ai pu trancher à ce propos. Cependant, il est sûr que si la présence au front fut d'une courte durée (une quinzaine de jours), la lecture des journaux de marche nous montrent à l'évidence que les artilleurs furent mis à rude épreuve au cours de cette campagne intense et meurtrière, et multiplièrent les actes de courage, en affrontant les vagues d'assauts ennemies tout en subissant les bombardements de son artillerie lourde. Au cours de ces actions, beaucoup de nos soldats trouvèrent la mort.
La Médaille Militaire existait depuis Napoléon III, tandis que la Croix de Guerre fut créée au cours de la Grande Guerre, le 8 avril 1915. Grâce aux renseignements communiqués par les Archives Militaires de Pau, j'ai pu être fixé sur ce point: ces décorations lui ont bien été décernées à titre posthume, en 1919, avec cette belle citation:
"Arrêté du 18 octobre 1919
portant concession de la Médaille Militaire
Le Président du Conseil,
Ministre de la Guerre
ARRÊTE
"Article unique:
"Sont inscrits au tableau spécial
de la Médaille Militaire
les militaires dont les noms suivent:
Artillerie de campagne,
1er Régiment d'artillerie de campagne.
"MADEUF (Pierre*), matricule 4113, brigadier: brigadier plein de zèle et de dévouement. Tué dès le début de la campagne, à son poste de combat, le 2 septembre 1914.
"Cette concession comporte l'attribution de la Croix de Guerre avec étoile de bronze".
À Paris, le 18 octobre 1919
Signé: Georges CÉMENCEAU
(JO du 13 décembre 1919).
(*): Curieusement, c'est le 2e prénom de Marcel, Pierre, Marie Madeuf qui a été mentionné ici...
JO du 13 décembre 1919.
La stèle du cimetière d'Olloix (Le portrait de Marcel a malheureusement disparu..).
Cette enquête sur la fin tragique du jeune Marcel, appelé à défendre sa patrie et tombé dès les premiers jours de la guerre, n'a évidemment pas manqué de m'émouvoir; comme la plupart des mobilisés, Marcel n'avait aucune idée de l'enfer qu'il allait vivre pendant les jours qui précédèrent son décès.
À l'issue de mes recherches, je ne puis toutefois écarter un sentiment de frustration: bien sûr, les mouvements et les combats de son groupe peuvent être retracés de manière collective à partir des journaux de marche, des historiques de régiments et autres mémoires; en revanche, son parcours personnel demeurera, hélas, à jamais dans l'ombre...tout comme son visage que je n'ai pu encore retrouver (à part le photo où il pose, enfant, aux côtés de ses parents)...
Avec un fils (Marcel) mort pour la France en 1914, et une fille (ma grand-tante Louisa) ) morte sans enfants en 1968, cette "branche" Madeuf s'éteignit sans postérité. L'absence d'enfant, contrairement au désir du couple, se confirma malgré plusieurs voyages à Lourdes dont témoignent de nombreuses photos de « l'oncle Joseph », et fut à mon avis une conséquence douloureuse du traumatisme subit par Louisa. Encore un fait que l'on ne peut éluder, et qui doit être rangé parmi les dommages collatéraux de cette guerre (lire le récent ouvrage de Jean-Louis Beaucarnot cité in fine qui évoque dans de nombreux témoignages ces aspects peu connus).
6-Généalogie simplifiée de la famille Madeuf
1a- Louisa Madeuf (Olloix)
o 02.07.1888, x Joseph Pageix 13.02.1909, + 06.05.1968.
1b-Marcel Madeuf
o 27.01.1894, + 02.09.1914
I
2- Louis Madeuf (St-Nectaire)
o 23.09.1857, x Marie Maugue 21.09.1886.
I
3- Pierre Madeuf (d°)
o 17.06.1829, x Louise Rassion 04.02.1856.
I
4- Etienne Madeuf (d°)
o 16.03. 1788, x Anne Rassion 25.02.1821.
I
5- Nectaire Madeuf (d°)
o 12.06.1754, x Françoise Bellot du Vernet Ste-Marguerite
10.02.1767, + 01.03.1766.
I
6- Gabriel Madeuf (d°)
o 11.05.1712 , x Marie Guittard 25.11.1734 (+ 1763)
I
7- Antoine Madeuf (d°)
o vers 1675, x 08.11.1696 Anthoinette (ou Anthonia) Tyoleyre
(Troleyre ou Tiauliere) 08.11.1696
I
.
.
Il faudrait bien-sûr prendre un peu plus de temps pour la compléter.
Dans l'état-civil de Saint-Nectaire, qui remonte jusqu'à 1573, on trouve de nombreux Madeuf, ce qui atteste l'ancienneté de la présence de cette famille à Saint-Nectaire. Dans ces actes figurent des notabilités telles que des prêtres, et surtout des agriculteurs installés au village des Arnats.
Baptême le 20 janvier 1573 d'Anthonia Madeuf, fille de Maître Jehan Madeuf et de Magdaleyne Serre, parrain Michel Serre, marraine Anthonia Madeuf de Salhens.
J'ajoute qu'il y avait à "Saint-Nectaire les Bains" un "hôtel Madeuf" qui figure sur de vieilles cartes postales.
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Olloix et...

...Saint-Nectaire (villa Gabriel, propriété Madeuf...)
(Photos Joseph Pageix)
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7-Annexes
7-1-Acte de naissance de Louisa Madeuf :
Naissance à Olloix Louisa Madeuf, le 2 juillet 1888 – N°3. Mentions marginales: A contracté mariage à Olloix le 1er février 1909. Décédée le 6 mai 1968 à Lyon, 5ème.
L'an mil huit cent quatre vingt huit le deux juillet à dix heures du matin, par devant nous, Mage Vincent, Maire, officier de l'état-civil de la commune d'Olloix, canton de Saint Amant Tallende (Puy de Dôme), est comparu Madeuf Louis, âgé de trente un ans, cultivateur demeurant à Olloix, lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin, né aujourd'hui à six heures du matin, de lui déclarant, en son domicile susdit et de maugue Marie son épouse âgée de vingt un ans, demeurant au même lieu et auquel il a déclaré donner les prénoms deLouisa, Marie, Michelle, lesdites déclarations et présentation faites en présence de Maugue Michel âgé de quarante cinq ans, cultivateur, grand père à l'enfant et de Flagel Pierre Chaudèze, âgé de quarante quatre ans, menuisier non parent à l'enfant tous deux domiciliés à Olloix. Après lecture faite du présent acte le père et les témoins l'ont signé avec nous.
Flagel Madeuf Maugue Mage
Louisa vécut seule à la Place d'Armes après le décès de mon grand oncle survenu le 4 juillet 1942. Plus tard, en 1966, elle s'installa à Lyon chez ma cousine Madeleine Page, (fille d'Antony Pageix) et y décéda le 6 mai 1968.
7-2-Acte de naissance de Marcel Madeuf :
N°1- 27 janvier 1894. Madeuf Marcel. Pierre. Marie. Sexe masculin. Légitime.
L'an mil huit cent quatre-vingt-quatorze, le vingt-huit janvier à huit heures du matin, par-devant nous Mage Vincent, maire et officier de l'état-civil de la commune d'Olloix, canton de Saint-Amant-Tallende , département du Puy-de-Dôme, est comparu Louis Madeuf, âgé de trente-six ans, cultivateur, domicilié à Olloix, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né hier vingt-sept janvier à cinq heures et demi du soir, de lui déclarant, en sa maison sise à Olloix, et de Marie Maugue, son épouse, âgée de vingt-six ans, sans profession, demeurant au même lieu et auquel il a déclaré vouloir donner les prénoms deMarcel-Pierre-Marie ; les dites déclarations et présentation faites en présence de Julien Guittard, âgé de vingt-deux ans et de Michel Maugue, âgé de cinquante ans, tous deux cultivateurs, domiciliés à Olloix, le premier cousin, et le second grand-père de l'enfant ; et ont le père et les témoins, signés avec nous le présent acte de naissance, après qu'il leur en a été fait lecture.
Madeuf Maugue Guittard Mage
7-3-Acte de décès de Marcel Madeuf :
N°4 / Transcription / Décès du 2 septembre 1914 / Madeuf Marcel Pierre marie / 20ans1/2-célibataire / Mort pour la France.
Aujourd'hui cinq février mil neuf cent seize Nous Paul Pierre Girard, conseiller municipal remplissant par délégation les fonctions de miaire et d'Officier de l'État-civil de la commune d'Olloix, canton de StAmand-Tallende, département du puy-de-Dôme, avons reçu de mr le ministre de la Guerre, l'acte de décès dont la teneur suit :
« Aujourd'hui deux septembre mil neuf cent quatorze à Clézentaine (Vosges) devant nous Lefébure (*) chef d'escadron 1er Régiment d'Artillerie de Campagne sont comparus les sieurs Jean Georges Henry Masson-Bachasson de montalivet, commandant la 3e batterie, 1er Régiment d'artilleie de campagne, Émile Adrien Julien Forcinal, maréchal des Logis, 1er Régiment d'artillerie de campagne, lesquels m'ont déclaré que le sieur Madeuf Marcel Pierre Marie, Brigadier au 1er Régiment d'artillerie de campagne , N° Mle 4113, fils de Louis et de Maugue Marie, né le vingt sept Janvier mil huit cent quatre vingt quatorze à Olloix, département du Puy-de-Dôme, est décédé à Clézentaine (Vosges) le deux septembre mil neuf cent quatorze, tué à l'ennemi « Mort pour la France ». De tout quoi nous avons dressé acte qui a été signé par nous et les témoins, après lecture faite. Les témoins, signés : De Montalivet, Forcinal. Pour expédition conforme : L'officier de l'état-civil, signé : Illisible.
-Vu par nous Condaminas sous-Intendant militaire. Signé : Condaminas.
-Vu pour légalisation de la signature de Mr. Condaminas, Paris le quatorze décembre mil neuf cent quinze. Le Ministre de la Guerre, par délégation : Pr le Chef du Bureau des Archives administratives signé : Illisible.
-À la fin de l'original se trouve la mention rectificative (Loi du 30 septembre 1915) suivante : Le nom de la mère du défunt doit être erthographiée Maugue et non Mauge ainsi qu'il est mentionné dans le corps de l'acte d'ailleurs incomplet sur le point suivant :
-Le brigadier Madeuf était domicilié en dernier lieu à Olloix (Puy-de-Dôme). Le Ministre de la guerre par délégation , le chef du Bureau des Archives administratives signé : Illisible.
-Lequel acte ainsi transcrit, en exécution de l'article 94 nouveau du Code civil, sur le registre d'état-civil de ladite commune, restera annexé au présent registre.
P. Girard
(*) Lui-même mourra au champ d'honneur.
7-4-Carte des mouvements du 1er groupe d'artillerie de Marcel Madeuf (établie à partir du journal de marche de cette unité):

Avance: 1 et 2 août: Bourges, (rassemblement dans les halles) > 7: Gray-gare régulatrice > 8: Charmes > 8 et 9: Moriville (jonction avec la 1e armée) > 10: Domptail > 11: traversée de la Meurthe Réherrey > Gélacourt > 12 et 13: Hablainville > 14: Réclonville > Herbeviller > Verdenal > Chazelles > 15: attaque de nuit de Blamont > Verdenal > Repaix et Gognez > 16: Tanconvile > 17: appui attaque Lorquin > 18: les troupes entrent dans Sarrebourg > Bebing> 19: Ferme Winkelhof: le groupe bat le secteur nord de Sarrebourg.
Retraite: 20: reprise de Sarrebourg par les allemands> repli vers Xouaxange > 21: Barbas > 22: Blamont > Domèvre > Hablainville >Pettonville > 23: Fauconcourt > Sr-Genest.
Défense: 24: Clézentaine > 25: Mattexé > Fauconcourt > 26 et 27: Fauconcourt > 28: sud de Clézentaine, face à St-Pierremont et Xaffeviller > Fauconcourt 29: Clézentaine > 30: Clézentaine, près du cimetière > Fauconcourt.
1er et 2 septembre: près de clézentaine: tirs sur Domptail.
Le 2: La pièce de Marcel Madeuf reçoit un obus allemand de gros calibre.
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7-5-Deux photographie où l'on voit Marcel enfant, sa sœur et ses parents :
Ces deux photos (négatifs sur plaques en verre) ont été prises vers 1906, soit trois ans avant le mariage de Joseph Pageix et de Louisa Madeuf (en 1909): Louisa (2e à partir de la gauche), avait donc 18 ans, tandis que Marcel, à droite, paraît avoir une douzaine d'années (sur la deuxième photo, on distingue bien -sur l'original- sa petite fossette au menton, signalée dans sa fiche matricule). À côté de Marcel se trouvent ses parents, Louis Madeuf et Marie, née Maugue. La présence du drapeau tricolore accroché à la grille s'explique par le fait que Louis Madeuf était conseiller municipal. Je n'ai pas identifié la dame et son petit enfant. La dame plus âgée, manifestement en deuil, doit être la grand mère de Louisa.
7-6-Quelques chansons militaires:
"Le livre de musique", par Claude Augé, Paris, librairie Larousse (vers 1890), ne proposait pas moins d'une dizaine de chants militaires aux enfants: mon grand père Pierre Pageix, auquel appartenait ce livre, apprit ces chansons et, plus tard, les joua probablement, au cours de son service militaire accompli dans la musique:
-"Le tambour résonne";
-"En avant, c'est pour la france que nous marchons tous au combat";
-"As-tu vu la casquette du père Bugeaud";
-"Malbrough s'en va-t-en guerre";
-"La retraite de cavalerie";
-"En avant";-"Honneur et Patrie";
-"Hier et demain";
-"Le défilé du régiment";
-"En sentinelle".
Voici la dernière partie du chant intitulé « Hier et demain », étant souligné que ces paroles guerrières ne peuvent témoigner à elles-seules de l'état d'esprit des enfants comme le jeune Marcel; en revanche, elles sont emblématiques de l'enseignement prodigué à cette époque, empreint de l'esprit de revanche que j'évoque au début de ces lignes :
(...)
Cher écolier, quand au sortir de la classe
À ton fusil tu cours avec orgueil,
Revois toujours la Lorraine et l'Alsace,
Ce coin de France à la couleur de deuil!
Sérieux sous tes jeunes armes,
Qu'en ton cœur naisse un noble espoir;
Ta mère verra sans alarmes
Sous tes doigts blancs le fusil noir!
Un jour luira l'éclair de la bataille;
Alors, petit, en avant! Haut le cœur!
Des ennemis méprisant la mitraille,
Fais ton devoir et reviens-nous vainqueur.
Il changera, le sort des armes!
Il tombera, leur aigle noir!
Strasbourg et Metz, séchez vos larmes
Non pas adieux - mais au revoir!
ooo
Jacques Marcel Pageix, Janvier 2014.
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