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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 15:27

 Nos parents,

 

le service militaire

 

et les guerres.

 

 

1917: nos alliés américains débarquent en France.

 

 

En 1918, mes arrières grands parents accueillent chez eux à Beaumont quatre soldats américains.

 

                            --o--                                     

 

 

 

Le 2 avril 1917, l'Amérique entre en guerre:  le Président Wilson lit sa déclaration de guerre à l'Allemagne devant le Congrès qui vote massivement en faveur de la guerre. Le 13 juin, le général Pershing débarque à Boulogne-sur-Mer avec son armée ("Lafayette, nous voilà!"...).

 

 

Affiche d'Eugène Courboin, illustrateur français (1851-1922)

coll. Bibliothèque Municipale de Versailles.

 

 

De l'automne 1917 à l'été de 1918, Clermont-Ferrand et plusieurs localités voisines reçoivent deux régiments d'artillerie venus des États-Unis d'Amérique, qui y séjournent le temps de s'équiper et de s'entraîner avant de partir au front:

 

Le 55e régiment d'artillerie, au printemps de 1918, s'installe dans trois villages voisins de Clermont-Ferrand. Le 3e bataillon du 55e d'artillerie est logé à Beaumont, tandis que le 1er bataillon prend ses quartiers à Cébazat, et le 2e bataillon et le Quartier Général du régiment sont installés à Aubière.

 

Le 303e régiment d'artillerie arrive quant à lui dès l'automne 1917. Quatre soldats américains de cette unité, en garnison à Beaumont, sont logés chez mon arrière grand père Jean-Baptiste Pageix-Bardin, dans sa maison de la Place d'Armes. Il s'agit des servants d'une pièce d'artillerie de la batterie F de ce régiment.

 

  

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

Voici les quatre soldats américains du 303th régiment d'artillerie en garnison à Beaumont, hébergés par mon arrière-grand père Jean-Baptiste Pageix-Bardin, dans sa maison de la Place d'Armes (été 1918).

 

La photo a été prise par Joseph Pageix, devant la porte de la serre qui abritait le "charnier" (pour conserver les viandes sèches) et le "fruitier"; c'est aussi l'entrée du cuvage où se trouvait l'alambic (*) et l'accès à l'une des trois caves à vin (n'oublions pas que nous sommes chez des vignerons). William Goerg étant arrivé en France peu après son incorporation pour rejoindre son bataillon en juillet 1918, cette photo a donc été prise au cours de l'été de cette année-là (voir sa fiche ci-après qui confirme ce fait).

(*): Voir l'article "Les vendanges à Beaumont".

 

Les trois enfants de Jean-Baptiste, Pierre (mon grand père), Antony et Joseph étaient alors au front. Toutefois, ils rencontrèrent certainement ces américains au cours de leurs permissions passées à Beaumont, puisque Joseph échangea par la suite une correspondance (*) assidue avec William Goerg, 9124, 110 th Street, Richmond Hill, New-York (debout à droite sur la photo), et Leo Connary, 16 Hill Street, Lancaster, New Hampshire (voir l'extrait de son carnet d'adresse).

 

(*): Ces lettres ont été malheureusement perdue. Mon grand oncle Joseph Pageix était très érudit; il correspondait aussi avec d'anciens soldats russes (en cyrillique...) et pratiquait le latin et le grec (parlé et écrit...), ainsi que la langue auvergnate. Il composait des morceaux de musique pour les offices religieux et jouait de l'harmonium. Voir l'article qui lui est consacré et son ouvrage retranscrit par mes soins sur les mœurs et les coutumes anciennes de Beaumont, qui contient de nombreux passage en langue auvergnate.

 

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

Afin de se repérer plus facilement dans Beaumont, nos soldats américains du 303 th ont dessiné un plan sommaire de la ville (*), en rebaptisant les rues et les places au moyen de noms anglo-saxons: Park Avenue, Broadway, etc. La place Saint-Pierre devient Piccadilly Square! Ils n'ont pas oublié de mentionner tous les cafés: café Monet, café des "Tilleols" (Tilleuls) et Pacron sur l'avenue du Mont-Dore, café Cellerier. Aux emplacements de la maison Pageix, Place d'Armes et du "Château", résidence des Bertrandon sont désignées les "batteryes" d'artillerie cantonnées dans ces maisons. 

 

 

 

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

(*): Ce plan m'a été aimablement communiqué par Mme Janine Lefauconnier (de Pont-du-Château, Le Serpolet) le 9 mai 1985. Elle y avait inscrit la légende: "Plan de Beaumont. Noms donnés par le 303 FA. Août-Octobre 1918".

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

Le débarquement de soldats américains sur le sol français.

 

 

 

J'ai recherché à retrouver la trace des deux soldats américains dont Joseph Pageix avait noté l'adresse pour correspondre par la suite avec eux:

 

Tout d'abord, William Goerg, demeurant à Richmond Hill, état de New-York:

On peut trouver sa photo sur internet et une fiche le concernant:

 

 

"William-E Goerg, 1892-1975, wold war 1 veteran". On notera la ressemblance avec le soldat de la photo (debout à droite).

 

Sa fiche également publiée sur internet (voir ci-après) précise qu'il habitait 59 Bedford Avenue, Richmond Hill, New-York, que son numéro matricule américain était le 3.192.432, qu'il servit en France du 16 juillet 1918 au 26 avril 1919 au sein de la Battery F du 303 FA (Field Artillery), et qu'il fut démobilisé le 1er mai 1919. On notera qu'il habitait toujours à Richmond Hill (quartiers situés à l'est de New-York), mais à une autre adresse.

 
4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.
4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

Richmond Hill, à l'est de Brooklyn...

 

On peut retrouver aussi la trace de Leo Connary, qui habitait une maison typiquement américaine, 16 Hill Street, Lancaster, New Hampshire.

 

 

 

Les cantonnements des unités américaines étaient répartis autour de Clermont-Ferrand dans plusieurs localités: Aubière, Beaumont, etc (repérées en noir sur ce plan). On notera les "training aera" délimités par des pointillés:

 

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

Il existe un précieux témoignage de ce séjour de nos amis américains: les mémoires de l'aumônier du 55 th Artillery stationné à Aubière, Frederick Morse Cutler. La commune d'Aubière a d'ailleurs eu le mérite d'organiser (bien avant 2017) plusieurs manifestations autour de ce souvenir. En particulier, en octobre 2010, Aubière reçut la petite fille d'un soldat américain qui y avait séjourné trois mois en 1918, Ernest Tiller. Celui-ci, en souvenir de son séjour, avait prénommé sa fille "Aubière" et sa petite fille invitée à Aubière portait le même prénom!  

 

Constitué au Massachussett, le 55 th embarqua à Boston le 25 mars 1918 à bord du  paquebot "H.M.S. Mauretania" qui traversa l'Atlantique revêtu de peintures de camouflage et qui accosta en Angleterre, à Liverpool, le 2 avril suivant, puis le 55 th franchit la Manche, le 7 avril 1918 sur un autre bateau, le "H.S.M. Antrim", qui accosta au Havre. Il embarqua alors en chemin de fer et, le 10 avril, fit halte à Versailles pour le déjeuner et à Juvisy pour le dîner...Le 11 avril, il atteignit sa destination: Clermont-Ferrand, où il fut réparti en plusieurs cantonnement: Cébazat, Aubière et Beaumont.

 

 

Le "Mauretania" (ouvrage Cutler).

 

Les unités d'artillerie lourde américaines furent dotées du canon français, moderne à l'époque: le 155 GPF (GPF = Grande Portée Filloux, du nom de son inventeurs). Ces canons eurent d'ailleurs la vie longue, puisqu'ils étaient encore utilisés en 1939-40 (voir les mémoires de guerre de mon grand père Marcel Juillard qui commandait alors un groupe d'artillerie lourde doté de ce canon). Canon de 14 tonnes, attelé à un tracteur à chenilles, ayant une portée de 18 km.

 

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

Le baptême des huit canons de 155 GPF le 22 juillet à Aubière en présence du Maire, Mr Noellet. "The American band joue la Marseillaise. "Chacune des marraines qui montent sur les canons est équipée d'une bouteille de Champagne" (ouvrage Cutler). 

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.
4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

Aubière, les huit marraines des batteries devant le perron de la Mairie le 22 juillet 1918. De gauche à droite: Suzanne Bernard, Marie-Antoinette Aubény, Germaine Bourcheix, Marine Cassière, Sylviane Noëllet (fille du Maire, bras croisés au 2e rang), Hélène Planche, Cécile Bayle et Marion Gidon (ouvrage Cutler)..

 

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.
4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

Extrait de l'ouvrage cité ci-dessus: les troupes américaines à Beaumont, "Home of the Third Battalion", offrent un "band-concert" aux habitants devant l'entrée de l'église Saint-Pierre. Photo du milieu: place d'Armes, le "château" de Beaumont, demeure Bertrandon (ouvrage Cutler).

 

À la fin de son séjour en Auvergne, à l'occasion du 14 juillet, le 55 th alla saluer Lafayette, en musique, sur son lieu de naissance à Chavaniac (*).

 

(*): En avril 1916, deux mécènes américains, John Moffat, et Béatrice Chanler, épouse du gouverneur de l'État de New-York, une grande fortune, créèrent une œuvre caritative, le "French Heroes Lafayette Memorial Fund" (FHLMF), destiné à s'impliquer sur le territoire français pour les victimes de la guerre. Cette fondation acheta le château de Lafayette à Chavaniac. Elle y créa en 1917 une école pour les jeunes orphelins français puis, en octobre 1918, un préventorium qui fonctionna pendant plus de 30 ans et accueillit quelques 25.000 enfants et adolescents.

 

Le 55 th partit au front le 1er août et participa aux offensives de l'Oise et de l'Aisne, puis au front de la Meuse et de l'Argonne. Sa conduite valeureuse lui valut dès le 29 août 1918 les félicitations du Général Mangin, commandant la Xe Armée (cf ouvrage Cutler).  

 

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

 

"Epaule contre épaule avec vos camarades français, vous vous êtes jetés dans la bataille de contre-offensive qui a commencé le 18 juillet. 

"Vous y avez couru comme à une fête.

"Votre élan magnifique a bousculé l'ennemi surpris et votre ténacité indomptable a arrêté le retour offensif de ses Divisions fraîches.

"Vous vous êtes montrés les dignes Fils de votre Grand Pays et vous avez fait l'admiration de vos frères d'armes.

"91 canons, 7300 prisonniers, un butin immense, 10 kilomètres de terrain reconquis, voilà votre part dans les trophées de cette victoire.

"En outre, vous avez acquis pleinement le sentiment de votre supériorité sur le barbare, ennemi du genre humain tout entier, contre lequel luttent les Enfants de la Liberté.

"L'attaquer, c'est le vaincre.

"Camarades américains, je vous suis reconnaissant du sang généreusement versé sur le sol de ma Patrie.

"Je suis fier de vous avoir commandé en de telles journées et d'avoir combattu avec vous pour la délivrance du monde.

"Mangin" 

 

 

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

Les déplacements  du 55 th en France: arrivée au Havre le 7 avril 1918, cantonnement et entraînement près de Clermont-Fd du 11 avril au 31 juillet, combats au front entre le 1er août et le 11 novembre 1918 (Aisne, Marne, Oise, Meuse et Argonne) et embarquement au Havre le 10 janvier 1919 sur le HMS "Cretic" pour le retour aux États-Unis; arrivée à New-York le 21 janvier 1919 (ouvrage Cutler).

 

 

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

 

Le HMS "CRETIC" 

 

 

Sources:

 

Cet article contient de nombreux documents et clichés empruntés aux publications suivantes:

 

-Frederick Morse Cutler "The 55 th Artillery in the american Expedition Forces", Ed Worcester, Massachusetts Commonwealth Press, 1920, traduit en français par Melle Marthe Phelut et paru dans "Le Moniteur du Puy-de-Dôme à partir du 20 juin 1920, en plusieurs épisodes que mon grand oncle Joseph Pageix avait découpé et conservé.

Mes remerciements vont à Monsieur Batisse du CGHAV qui m'a communiqué des renseignements et le lien permettant de consulter l'ouvrage de Cutler.

 

-Articles du Cercle Généalogique et Historique d'Aubière consacré au séjour des soldats américains, 2014. Ce cercle et son Président Pierre Bourcheix, a notablement contribué à faire revivre la mémoire de ces soldats américains cantonnés à Aubière, Beaumont, etc. par des publications et des manifestations qui ont permis des jumelages et des retrouvailles; qu'il en soit également remercié.

 

                                                            

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

Soixante huit ans plus tard: Place d'Armes, à Beaumont: Pierre Pageix junior, mon fils, photographié comme les soldats américains devant la porte de la Serre, et...devant la maison (septembre 1985).

 

                                                                         

4-Nos parents et le service militaire. 1917: nos alliés américains débarquent en France.

                                                                                     Jacques Pageix 2017

 

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Published by histoiresetbiographies
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