Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 16:21

 

LE BLOG DE JACQUES

 

 

--o--  

     

Pilote des Corps Techniques de la Navigation Aérienne en mission.

Escale à Valenciennes-Denain, 2005.

 

 

Retraité de l'Aviation civile depuis l'automne 2010, je dispose désormais du temps nécessaire pour mettre en ordre et présenter les données historiques et généalogiques que j'ai recueillies ici ou là au cours de ma vie : c'est le meilleur moyen de les rendre accessibles et de les préserver de l'oubli...

 

J'ai donc créé ce blog, à la veille de Noël 2012, pour partager avec ma famille et quelques amis:

 

-les souvenirs, les documents et les photographies, qui me viennent des générations précédentes;

 

-mes recherches et publications, faites au fil du temps.

 

Ces recherches concernent à la fois l'Auvergne et notre famille ; je devrais dire plutôt "nos familles", qui constituent nos branches ascendantes, établies dans différentes régions de l'Auvergne, et qui se sont rencontrées au hasard de leurs destinées...

 

L'histoire de nos familles, et celle de l'Auvergne, leur terre natale, sont intimement liées ; inévitablement, ces pages contiendront donc aussi bien les généalogies et les biographies qui leurs sont consacrées, que des monographies sur leurs différentes régions d'origine:

 

Dans le Puy-de-Dôme:

 

-Beaumont-lès-Clermont, berceau de nos ancêtres Pageix depuis au moins le XVIe siècle (Pour Beaumont, voir l'histoire urbaine de ce bourg, et pour nos familles qui en sont issues, voir les biographies de mon père Paul Pageix (Groupe de Chasse 1/5 "Champagne" et Direction du matériel d'Air France), de Sœur Anne-Thérèse Pageix, mon arrière grand'tante visitandine, du Médecin Major Georges Pageix et du Général Alexandre Bouchet). Voir aussi l'évocation du service militaire de mon grand père Pierre Pageix et de ses frère, ainsi que les lettres à leurs parents, et aussi les turpitudes d'un notaire maître Goughon ;

 

-Gerzat en Limagne, Village d'origine de la famille de mon arrière grand mère Bonnette Bardin épouse Pageix (voir biographie d'Étienne Bardin, guerre de 1870-71); 

 

-Saint-Gervais d'Auvergne en Combrailles, pays d'origine de la famille de ma grand mère Jeanne-Eugénie Cromarias (Voir biographies du Chirurgien de l'Empire François Cromarias et de l'ingénieur des mines Eugène Cromarias).

 

Dans le Cantal:

 

-Lanobre en Artense, patrie de mon grand père côté maternel Michel Marcel Juillard (voir ses souvenirs de guerre de 1914-1918 et de 1939-1940 et la biographie de mon oncle le Général d'aviation Pierre Juillard; voir aussi la biographie de ma "tante Isa");

 

-Cheylade, au cœur du Cantal, dans la vallée du Puy Mary, lieu de naissance de ma mère Alice Juillard épouse Paul Pageix, localité d'origine de la famille Serre et de ma grand mère Mélanie, épouse de Marcel Juillard (voir biographie de son frère aîné Louis Serre, médecin de montagne, et leur ascendance parfois surprenante...) ;

 

En Aveyron:

 

-Rodez, ville d'origine de ma belle-famille Calmès. Biographies de mon beau père Jean Calmès (Chantiers de jeunesse, etc.);

 

-Bozouls, lieu d'origine des Laumière, nom de jeune fille de ma belle-mère Marguerite Calmès née Laumière. Vie de son père Louis Laumière (Le service de deux ans en Corse, la Grande Guerre, ses métiers exercés au cours de sa vie, etc).  

 

Voici pour terminer la liste des études et biographies réalisées ou en cours, ainsi que celle des retranscriptions d'ouvrages, restés manuscrits et non publiés, transmis par nos parents.

 

Articles publiés:

 

-  "Histoire d'un bourg viticole: Beaumont-les-Clermont (origine-XIXe siècle): évolution du bourg au fil des siècle et restitution de son plan parcellaire à diverses époques. Il s'agit d'un condensé publié sur ce blog de mon livre écrit en 1980 et toujours à paraître.  

 

Beaumont vers 1750 (reconstitution jacques Pageix).

 

-  "Les vendanges à Beaumont - (du Moyen Âge au XIXe siècle): Réglements, conflits, amendes et ... réjouissances". Voir l'article, publié sur ce blog et paru dans le N° 154 (novembre 2015) de la revue À moi Auvergne!..

 

 

photo1-stverny

 

 

 

 

Saint-Verny

 

 

-  "Le mariage à Beaumont - À propos d'une sentence abbatiale sur le droit de noce (9 mars 1604). Voir l'article publié sur ce blog et paru dans le N° 144 (juin 2013) de la revue À moi Auvergne!.

 

 

abbesse

 

 

Gilberte de Chabannes

 

 

- "La peste menace Beaumont - Une ordonnance abbatiale (18 septembre 1502). Voir l'article, publié sur ce blog et paru dans le N° 143 (fév 2013) de la revue À moi Auvergne!

 

 

docteurpour les pestiférés

 

 

 

 

Un "corbeau"

 

 

-"Trois épidémies à Beaumont au XVIIIe siècle".

Les épidémies de 1760, 1767 et 1772, publié sur ce blog et dans le N° 165 d'août 2018) de la revue "À moi Auvergne".

 

Discours de Monsieur Jaladon, 1767.

.

- "Une ténébreuse affaire à Beaumont: qui a volé les dindons du notaire, Maître Goughon? Qui a déplacé la borne? Qui a incendié les granges?

Voir l'article, publié sur ce blog et paru dans le N° 156 (mai 2016) de la revue À moi Auvergne!

 

 

- " Nos parents, le service militaire et la guerre" publié sur ce blog.

 

 

ppageix-copie-1

 

 

 

 

Pierre Pageix

 

 

- "Faire son service militaire vers 1900: mon grand père Pierre Pageix et son frère Antony écrivent à leurs parents" publié sur ce blog.

 

 3frerespageix  

 

 

Les trois frères Joseph, Pierre et Antony (guerre de 1914/18)

 

pierreetantonypageix1

 

   

 

Pierre en vélo, Antony à cheval (guerre de 1914/18 - EMDR 4e Rég. d'Artillerie)

 

 

 

 

- " Nos grands parents à l'école" L'enseignement à travers les âges (en cours sur ce blog).

 

La chaufferette de mon grand père Pierre Pageix.

 

-" La Grande Guerre et ses morts pour la France: Joseph Crouzeix écrit à des parents endeuillés": lettre du 2 novembre 1914 adressée aux parents de Marcel Madeuf, le jeune frère de ma grand'tante Louise Pageix. Voir l'article publié sur ce blog et dans le N°148 (mai 2014) de la revue "À moi Auvergne!"

 

La famille Madeuf à Olloix.

 

- " La terre a tremblé à Beaumont": récit des tremblements de terre de 1491 et de 1765. Voir l'article, publié sur ce blog et paru dans le N° 159 (février 2017) de la revue "À moi Auvergne!"

 

Les maisons touchées par le séisme.

 

- " Émeute, meurtre et évasion à Beaumont": épisodes de la conscription  sous le Directoire publié sur ce blog .

 

 

-  "Histoire des Pageix": hypothèses sur leur origine; généalogie de la branche de Beaumont: une dynastie de vignerons publié sur ce blog (en cours).  

 

La "maison d'hôte" de Pierre Pagheix (vers 1600).

 

- "Les Pageix prêtres des lumières et la Révolution: chanoines et  martyres" publié sur ce blog (en cours).

 

- "Les Pageix, maires de Beaumont, et les geôles de la Révolution" publié sur ce blog (en cours).

 

 

 

Biographies publiées sur ce blog:

 

 

 

- "Paul Pageix (1912-1970)" la vie de mon père, retracée au moyen:

-des nombreux documents consultés aux archives militaires de l'Air à Vincennes (dossier personnel, historique du groupe de chasse 1/5  , journal de marche, etc.);

-des témoignages recueillis dans les années 80 auprès d'anciens de son groupe de chasse aujourd'hui disparus (Colonel Hubert Boitelet, Couvelaere, Inguimberti);

-des faits historiques évoqués par des écrivains (Henri Menjaud: "un groupe de chasse au combat", 1941 , Michel Mohr qui était venu à Versailles l'interroger en 1950: "Marin la Meslée", 1952 );

-plus récemment, des renseignements aimablement communiqués par le Colonel Olivier Lapray, ancien Commandant de l'escadron de chasse "Champagne", auteur de "Le Groupe de Chasse 1/5 dans la campagne de France", 2010, et de "P 47 au combat, le groupe de chasse 1/5 "Champagne" dans les campagnes d'Alsace et d'Allemagne 1944-1945"2021;

-enfin, des archives d'Air France.

 

 

 

paul-pageix.jpg

 

 

 

 

Paul Pageix

 

 

 

-  "Ma mère Alice Pageix, née Juillard" 1916-1989. (à venir)

Alice Juillard.

 

- "Tante Isa et autres histoires": la vie d'Isabelle Moulier (1883-1973), épouse d'Edmond Bloch, avocat et homme politique (1884-1975).

 

Isabelle Moulier.

 

- "Ma tante Marguerite Pageix (Guitte)-1909-1935", sœur de Paul Pageix: sa (courte) vie consacrée à l'art pictural sous toutes ses formes (sauf la peinture à l'huile que pratiquait avec elle mon grand père Pierre Pageix, son père).

Marguerite Pageix ("Guitte").

 

-"Histoire d'une maison de famille: la Place d'Armes à Beaumont": ceci est une occasion de retracer aussi les maisons précédemment occupées et les activités qui rythmaient la vie de nos parents (en cours).

 

La Place d'Armes (aquarelle d'Alice Pageix).

 

- "Michel Marcel Juillard (1886-1961)" la vie de mon grand père à partir de ses souvenirs de guerre (1914-1918 et 1939-1940) et des documents, photos, et publications qu'il a laissés. Généalogie des Juillard (dont il est l'auteur). Généalogie de la mère de Marcel, mon arrière grand mère Henriette Raoux, de Mauriac, etc...Généalogie de son épouse Mélanie Serre, originaire de la vallée de Cheylade, près du Puy Mary, réalisée par André Metzger (à compléter).  

 

 

 

 

 

App0003.JPG  1914-1918

 

                                                           

 

 

                            enreconnaissancesurlesplateauglacésdesmarchesdelest 

  1939-1940

 

 

 

 

 

 

 

- Un frère aîné de Mélanie, Louis, médecin de Montagne installé à Cheylade qui faisait ses visites aux malades, l'hiver venu, en traîneau... 

 

Docteur Louis Serre.

 

- "Le Général d'Aviation Pierre Juillard (1929-2000)" sa vie à l'aide de mes souvenir et des archives de la défense (notice biographique). Pierre était mon oncle, frère de Henri, Alice (ma mère), Edmond, Michel, Pierre et Jean-Claude, les enfants de Marcel mon grand père. (en cours). 

 

pierreju.TIF.jpg                                                                     

Général Pierre Juillard.

 

- "Un Bourbaki: Etienne Bardin (1846-1929); dernier épisode de la guerre franco-prussienne de 1870-71: l'internement en Suisse de l'Armée du général Bourbaki puis Clinchant (1er février 1871), d'après une longue lettre d'Etienne à sa famille et à sa cousine mon arrière grand mère Bonnette Bardin, épouse Jean-Baptiste Pageix mon arrière grand père. Généalogie de la famille Bardin de Gerzat. (en cours).

 

 

gardemobile  

 

 

 

Un mobile.

 

 

 

- "Antoine-Louis Laumière (1880-1946), un soldat de la grande guerre". Il s'agit du grand père de mon épouse; le service militaire en Corse, le mariage et l'hôtellerie, la guerre, à nouveau l'hôtellerie, la briquetterie, l'entretien des routes avec les rouleaux...Histoire d'un homme entreprenant. Je m'inspire des récits fait par Étiennette, sa fille aînée, que j'ai enregistrés sur une cassette en 1997, et des souvenirs qu'il a laissés (en cours).  

 

Louis Laumière.

 

- "Jean Calmès (1921-1993) et les chantiers de jeunesse". Mon beau-père, Jean Calmès, fut incorporé de novembre 1941 à juin 1942 dans les chantiers de jeunesses. On a conservé le petit carnet où il écrivit son journal, en style très sobre, au fil de ces "242 jours de bagne", selon sa propre expression, inscrite en dernière page, au moment de la "quille"... Ces souvenirs (carnets, photos, etc.) apportent une éclairage original sur cet aspect peu évoqué de la guerre de 1939-45 et de l'occupation allemande (en cours).

 

Jean Calmès.

 

- "Jean-Baptiste Laurent Georges Pageix (1880-1921), un médecin engagé dans la Grande Guerre" comme médecin major, il participa avec le 46e puis le 6e bataillon de chasseurs alpins à de durs combats en premières lignes. Il fut blessé au cours d'un combat (perte d'un œil), et démobilisé comme mutilé de guerre. Cousin de mon grand père Pierre Pageix. Généalogie. Notre branche commune, les Dopme. (en cours).

 

                                                                                                     

 

                                                                         Georges Pageix

 

 

- "Alexandre Bouchet, Général de division aérienne (1876-1958)". Engagé comme dragon, il est parvenu au grade de Général de division aérienne! Versé sur sa demande dans l'aviation dès 1914; brevets d'observateur et de pilote (bombardement). Premiers raids de nuit sur l'Allemagne, descendu, commande un groupe de bombardement. Carrière à Nancy. C'était un autre cousin (et camarade d'enfance) de mon grand père Pierre Pageix. Biographie (à partir de son dossier consulté aux archives de la Défense à Vincennes); Généalogie. (en cours).

Grâce à cet article, je suis entré en relation avec son petit-fils Antoine Bouchet, Colonel d'artillerie en retraite...

 

 

          alexandre-copie-1.JPG                  Général Alexandre Bouchet.

 

- "Antoine Eugène Cromarias - Ingénieur des mines de Paris (1857-1932)". Il s'agit de mon arrière grand oncle du côté de ma grand mère Jeanne Eugénie Cromarias, épouse Pierre Pageix (mon grand père). Généalogie Cromarias (à compléter). Grâce à cet article, je suis entré en relation avec l'un de ses arrières petits fils...

 

 

 

3eugènecromarias18ans   

Eugène Cromarias.

 

- "François Cromarias - Chirurgien major et Médecin (1764-1851)". Notre lien de parenté (par ma grand mère , née Cromarias) n'est pas direct, mais ce personnage peu banal, qui participa aux guerres de la République et de l'Empire, à l'expédition d'Espagne sous la Restauration, et qui exerça la médecine place Dauphine à Paris méritait qu'on s'y consacre. Généalogie. (en cours).

 

 cromarias-031.jpg

 

Un chirurgien major

 

 

-  "Sœur Anne Thérèse Pageix, du couvent de la Visitation de Clermont (1842-1897)" : Mon arrière grande tante religieuse. Sa vie d'après la nécrologie publiée par son monastère, et quelques documents et souvenirs.

 

 

Copie-de-anntheresepageix.JPG

 

 

 

 

 

Sœur Anne-Thérèse Pageix.

 

 

- "Jean Bernard, prêtre martyr de la Révolution (1747-1798)". Vie de ce lointain parent né à Beaumont, curé de Thuret, condamné à mort et fusillé à Lyon. (à paraître).

 

Jugement de condamnation à mort de Jean Bernard, prêtre.

 

J'ai encore du pain sur la planche, si j'inclus mes propres souvenirs que je ne vais tout de même pas éluder... 

 

 

ooo

Monographies publiées:

 

- "Beaumont, essai d'histoire urbaine", bulletin historique et scientifique de l'Auvergne (publication de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand, 1985);

 

- "L'orgue de l'abbaye de Saint-Pierre de Beaumont (D°, 1993);

 

- "Histoire d'une famille de l'Aveyron - Les Laumière de la Roquette. (Esquisse d'une généalogie familiale). Rédigé pour ma belle-mère Marguerite Calmès, née Laumière), publication familiale restreinte, 2005. 

 

- " Un rôle du vingtième pour l'année 1769 - Gouttières, canton de Saint Gervais d'Auvergne, Puy de Dôme". Publié dans "À moi Auvergne", publication du Cercle Généalogique et Héraldique de l'Auvergne et du Velay, N° 141, août 2012.

 

- " À propos de la condamnation à mort de Louis XVI: opinion du député du Puy-de-Dôme à la Convention Nationale, Jacques Antoine Dulaure (1755- 1835) - 2 décembre 1792 " (pub. de l'Ac. des Sc. Belles-Lettres et Arts de Clermont, 2018.

 

- " François Cromarias (1778-1851) Chirurgien-major et médecin". Publié dans "À moi Auvergne", publication du Cercle Généalogique et Héraldique de l'Auvergne et du Velay, N° 178, novembre 2021.

   

 

 

Non encore publiées:

 

- "Beaumont, histoire urbaine - Evolution du bourg (habitat et population) du XVe siècle à nos jours - hypothèse sur sa formation" ; environ 200 p. 1979...En voie d'achèvement (restent à terminer les Chapitres sur Laschamps et sur le  XIVe siècle); je cherche un éditeur...

 

 

- "Une communauté urbaine au XVIe siècle: Beaumont-lès-Clermont - Droits seigneuriaux et libertés municipales (d'après les comptes des élus et les rôles d'imposition)"; environ  50 pages, 1992...En voie d'achèvement. 

 

-"Souvenirs alphabétiques". J'ai trouvé ce moyen commode de raconter quelques souvenirs marquants, en 26 chapitres bien sûr et une introduction... (en cours...)

 

-"Souvenirs aéronautiques": avant 1967: quelques expériences; après 1967 et jusqu'en 2010: l'ENAC Orly et Toulouse, les stages, la coopération à l'ASECNA, le STNA, l'Auvergne, Toussus-le-Noble, la DSACNord...(en cours...)

 

-"Souvenirs du Pensionnat Godefroy-de-Bouillon à Clermont-Ferrand (1959-1962).

 

-Enfin, membre de la Commission Mémoire de l'Aviation Civile, je suis appelé à rédiger quelques articles sur diverses activités de mon métier passé, tel que les enquêtes-accidents réalisées de 1973 à 2010. 

Voir le site aeriastory.fr, rubrique Thémas.

 

Ouvrages manuscrits de Marcel Juillard et de Joseph Pageix:

 

==>Mon grand père Marcel Michel Juillard:

 

- "Souvenirs de la guerre de 1914-1918 (1925)";

"Journal de guerre 1939-1940 (1953)";

- "Les merveilleuses aventures de Bras de Fer et du Chevalier à la Rose. Épisodes de la Guerre de Cent Ans" (1932);

- "Histoire du canton de Champs";

- "Histoire de Lanobre".

- Divers: discours, articles dans "La Montagne", Chronique à Radio Auvergne, Poèmes, pièce de théâtre, etc. Le reste de l'œuvre a été publié, soit dans l'Auvergne Littéraire, soit dans la revue de la Haute Auvergne, soit encore dans le Bulletin Historique et Scientifique de l'Auvergne, soit enfin dans des ouvrages publiés à compte d'auteur.

 

Pour mémoire, les publications de Marcel Juillard , reliées, représenterait 6 gros volumes  ("Le Château de Val", "Thinière et ses Seigneurs", "Violences et rébellions en Hte-Auvergne", "Chronique de la guerre de Cent Ans", "Contes et légendes de l'Artense", etc.)

Mon grand père ne cessa pas d'écrire tout au long de sa vie: ainsi, une visite récente dans ses archives dont le volume occupent une pièce m'a permis de prendre la mesure de son œuvre: notes, études, correspondances, dessins, photos, états de service, œuvres diverses constituent une masse impressionnante de documents, dont je méconnaissais -pour beaucoup d'entre-eux- l'existence, tel ce roman de jeunesse intitulé "Le Mirage", illustré par l'auteur.

Beaucoup de ses notes sont consacrées à l'évocation des souvenirs de ses parents et aïeux. Je les ai photographiées et je dois les éditer ici (ou ailleurs)... 

 

==>Mon grand oncle Joseph Pageix:

 

- "Beaumont" : recueil des anciennes coutumes locales, paru dans le bulletin paroissial de Beaumont à partir de 1925, et relié en un ouvrage par mon grand oncle (illustré par Marcelle Russias, de Beaumont); voir les extraits dans mon article "Les vendanges à Beaumont ". Sa retranscription (terminée) sera précédée de la biographie de Joseph Pageix. Mon grand oncle Joseph était comme ses deux frères Pierre (mon grand père) et Antony un érudit formé au latin et au grec ; il avait une très bonne plume, alerte et pleine d'humour, qu'il maniait avec bonheur et facilité. C'était aussi un mélomane averti : il jouait de l'orgue et composa de nombreux morceaux de chants sacrés dont j'ai conservé les livrets.  

 

ooo

Je ne doute pas que nos enfants présents et futurs éprouvent du plaisir et de la fierté à découvrir, grâce à ce site, les aventures vécues par leurs ancêtres.

Je me suis efforcé de faire revivre leur souvenir en restituant scrupuleusement leurs écrits et leurs vies, et en m'attachant surtout à ne pas trahir leurs pensées et leurs actions. Il faut éviter - pour paraphraser un auteur - "de recréer le passé avec le regard du présent". Mon grand père Marcel Juillard, lui-même, n'écrivait-il pas dans ses mémoires de guerre:  

"Ce n'est pas ce que l'on pense aujourd'hui, ou ce que l'on pensera plus tard, mais ce que ressentait un acteur de la guerre qu'il s'agit de dire avec le simple souci de la vérité..."

Pour ce qui concerne les récits recueillis verbalement auprès des miens et conservés dans ma mémoire (ils entrent aussi pour une part dans la composition de ces articles), j'aime à citer une phrase d'Alfred de Vigny, prélevée dans son livre "Servitude et grandeur militaires":

"Les récits de famille ont cela de bon qu'ils se gravent plus fortement dans la mémoire que les narrations écrites; ils sont vivants comme le conteur vénéré, et ils allongent notre vie en arrière, comme l'imagination qui devine peut l'allonger en avant dans l'avenir."

 

Sur ce point, j'exprime ici un regret: avec l'insouciance de la jeunesse, j'étais peu réceptif aux récits de mes aïeux et j'ai négligé d'en savoir un peu plus auprès d'eux. Je m'aperçois aujourd'hui, contraint de me livrer à de véritables enquêtes pour conter la vie d'un parent disparu, que beaucoup de zones d'ombre qui subsistent auraient pu être ainsi évitées...  

 

Je dédie tout ceci à mes enfants Marie et Pierre, à mes chers petit enfants: Matthieu, Clément, Paul, Guilhem, et à ceux qui viendront plus tard...

 

Post scriptum:

Je désire que chaque visiteur de ce blog puisse apporter sa propre contribution en proposant:

-des compléments d'informations aux articles publiés dans ce blog;

-des  illustrations pouvant s'ajouter à celles qui y sont présentées.

Bien sûr, les critiques seront également les bienvenues.

C'est ainsi que je conçois ce blog: un espace à partager!

 

Jacques Pageix  (2012 et années suivantes...).

ooo    

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 00:56

Histoire d'un bourg viticole:

 

Beaumont-lès-Clermont

 

(origines-XIXe siècle)

 

--o--

 

   Jacques Pageix 2014

(résumé de mon ouvrage écrit en 1980)

Sommaire:

 

1-Avant-propos

 

2-Méthode utilisée et première reconstitution:

     le parcellaire cadastral de 1791.

 

3-Beaumont en 1791

 

4-Beaumont au XVIIIe et au XVIIe siècles

 

5-Beaumont au XVIe siècle

 

6-Beaumont au XVe siècle

 

7-Hypothèses sur la formation du bourg

 

8-Quelques énigmes et frustrations en guise de conclusion provisoire

 

9-Pour Conclure

 

10-Quelques illustrations tirées de "Beaumont, histoire

urbaine"

 

 

 

1-Avant-propos

 

Beaumont, que je préfère appeler Beaumont-lès-Clermont, comme le faisaient ses habitants des XVe et XVIe siècles, fut le berceau de mes ancêtres; j'avais toujours rêvé de retracer son histoire en reconstituant en détail sa physionomie et son évolution au cours des âges, d'autant qu'aucun auteur n'avait cherché à le faire jusque-là.

 

Ce long travail, entrepris dans les années 1970, fit l'objet d'une communication à l'Académie de Clermont le 1er juin 1983 et de publications dans son bulletin. S'ajoutèrent à cela quelques « conférences » en Mairie de Beaumont en 1981 et, plus récemment, d'une présentation power-point à notre cercle généalogique de l'Auvergne et du Velay à Paris, où fut présenté à cette occasion le plan cadastral de 1426 établi en 1979 (parcellaire avec les noms des tenanciers...) 

 

Pour en arriver là, en partant du cadastre de 1831 (matrice et feuilles), il m'avait fallu d'abord reconstituer le parcellaire de 1791 à partir d'une matrice cadastrale (registre seul sans parcellaire), en comparant une à une les parcelles de 1831 à celles de 1791, ce travail étant facilité par le fait que beaucoup d'article de la matrice de 1791 indiquent les mutations intervenues entre-temps; puis, à l'aide des terriers de l'abbaye de 1756 et de 1698 pour les XVIIIe et XVIIe siècles, j'ai pu entreprendre les reconstitutions correspondantes. Ensuite, j'ai reconstitué de la même manière celui de 1543 pour le XVIe siècle et, enfin, le terrier en latin de 1426 m'a permis d'établir le parcellaire tel qu'il était à cette date pour le XVe siècle. Pour le XIVe siècle, le document de 1379 (liève de cens) ne décrit malheureusement pas les confins des propriétés et n'a donc pas permis de faire un plan précis...

 

Pour la reconstitution de 1426, j'ai consacré en 1979 une année de travail...  

 

J'ai vu récemment, non sans plaisir, que la municipalité de Beaumont avait repris les étapes que j'avais ainsi retracées dans des plaquettes historiques récemment éditées (*).

(*): Le tracé de l'enceinte près de Notre-Dame de la Rivière est toutefois erronné.

 

Au début des années 1980, j'ai rédigé un ouvrage "plus étoffé" (env. 250 pages) sur cette petite cité, ouvrage qui cherche actuellement un éditeur...

 

Enfin, Beaumont fait l'objet de deux communications à l'académie des sciences belles lettres et arts de Clermont-Ferrand (*) et d'une trentaine d'articles publiés sur mon site internet, dont quelques-uns ont été repris dans la revue "À moi Auvergne!" du Cercle Généalogique et Historique de l'Auvergne et du Velay.

(*): In Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne: "Beaumont, essai d'histoire urbaine" N° 684, Janvier-Mars 1985 et "L'orgue de l'abbaye Saint-Pierre de Beaumont" N°716, Janvier-Mars 1993.   

 

---o---

 

2-Méthode utilisée et première reconstitution: le parcellaire cadastral de 1791.

 

Faute de plans et de vues suffisamment anciens, j'ai tenté de reconstituer le bourg de Beaumont, uniquement à partir de documents fonciers, tels que les matrices cadastrale (1831 et 1791) et les terriers seigneuriaux pour les autres étapes (1756, 1698, 1543 et 1426).

En particulier, contrairement à beaucoup de bourgs auvergnats (Aubière, Chamalières, Clermont, etc) qui furent dessinés au milieux de XVe siècle par Guillaume Revel, constituant le célèbre armorial conservé à la BNF, Beaumont, est seulement mentionné en tête d'une page restée malheureusement vierge (page 151)...

 

 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Dans l'armorial de Revel, la page 151 consacrée à "L abaye de beaumont p(rè)s clermont", est (désespérément) vierge...

 

Ainsi, en utilisant comme trame de base le parcellaire du plan cadastral de 1831, et sa matrice (il s'agit-là du plus ancien plan disponible), j'ai commencé par reconstituer le parcellaire de 1791 à l'aide du registre des propriétés (*) bâties établi cette année-là. Les mutations de propriétés intervenues entre-temps, indiquées en marge de ce registre ont permis d'établir la correspondance entre les parcelles de 1831 et celles de 1791 et de présenter le parcellaire du plan cadastral de 1791! 

(*): Auquel ne correspond malheureusement aucun plan.

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Beaumont en 1831 (plan cadastral).

 

 

 

 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Zoom sur la carte de Gabriel Syméoni (1571). Copie Jacques Pageix, 1978.

Beaumont apparaît bien sur la carte de la Limagne de Gabriel Syméoni de 1571, mais sous une forme malheureusement très peu précise, voire même erronnée: avec un peu d'imagination, on peut toutefois reconnaître en (1) l'église Saint-Pierre avec un clocher conique; en (2) l'église Notre-Dame de la Rivière avec le beffroi et le fameux clocher à peigne, et en (3) la tour du Chauffour. On notera que l'auteur fait passer par Beaumont le ruisseau de Ronat qui n'est que le déversoir des routoirs à chanvre creusés dans le terroir de ce nom au sud du bourg, alors que l'Artière passe à l'écart...(En fait, Syméoni a appelé Ronat la rivière d'Artière qui passe près du Bourg et se jette dans l'Allier, tout comme ses nombreuses autres dérivations portant le même nom). 

 

---o---

3-Beaumont en 1791

 

La reconstitution de 1791 fait apparaître des différences notables par rapport à 1831 (je me suis limité à présenter une vue d'ensemble et le plan avec les numéros des parcelles qui renvoient aux noms des propriétaires).

 

À l'est de l'abbaye, on constate que l'espace n'était pas bâti: il y avait alors plusieurs enclos attenant à l'abbaye: l'enclos de Beauregard (2) qui fut alloti et vendu en 1792 comme bien national, sous l'égide de l'un des deux notaires du lieu, Me Pierre Goughon. Celui-ci créa un véritable lotissement avec de nouvelles rues.

 

Plus à l'est, un autre enclos abbatial, planté en vignes, fut également alloti: il s'agissait du clos de Las Veyrias (3).

 

Séparé par la rue de las Veyrias, se trouvait un autre enclos (4) acheté par l'abbaye à la famille riomoise Soubrany de Bénistant (on l'appela plus tard "clos de Belinstant"!). Pour y accéder, les moniales avaient fait édifier une passerelle (P) qui enjambait la rue!

 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Beaumont en 1791-Jacques Pageix-1979-reproduction non autorisée.

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Le plan parcellaire que j'ai pu réaliser à partir du cadastre de 1831 et de la matrice de 1791-Jacques Pageix-1979-reproduction non autorisée.

 

 

Chaque couleur correspond à un nom de quartier et les numéros des parcelles à leur propriétaire en 1791! Aux deux extrémités du bourg se trouvaient deux enclos importants: à l'ouest, la "cita" du Ventadour, résidence du Sieur Goughon précité (N° 167) et, à l'est, le "Château" du Petit Allagnat (N°1), demeure campagnarde du Sieur Champflour, avec son parc à la française et sa fontaine Renaissance. Cette bâtisse du XVIe siècle fut malencontreusement détruite en 1977 pour l'agrandissement du CFPA...

 

Édifices et quartiers remarquables:

L'abbaye (1), l'église de Saint-Pierre, son chœur abbatial, sa nef paroissiale et son cimetière; l'église anciennement paroissiale de Notre-Dame de la Rivière (ND); le four banal ( hachuré); la maison commune (en noir); les quartiers de la porte Réale (PR); de la Conche (CO); du Cimetière (CI); de la Halle (H); du Plot (PL); de la porte Basse (PB); de la Rue Expirat (E); du Terrail (T); d'Obaiss (O); Dos Ban (B); du Chauffour (Ch); de la Veyria (V); de la Grand Rue ou Grande Rue Neuve des Fossés (GR); de Las Pedas (LPE); de Notre-Dame de l'Agneau (NDA); de la Croix Saint-Verny (CSV); du Pêcher (PE) et du Canal (CA). On verra plus loin que la signification de certains noms de quartiers, peu explicable en l'état, s'éclairera par la suite: c'est notamment le cas des quartiers Dau Ban (souvenir des bancs de la boucherie du Moyen Âge) et  d'Obaiss (souvenir d'un jardin abbatial, probable basse-cour à l'origine)...

m1: Me Antoine Coste, notaire, 1er Maire en 1790 (N° matrice cadastral 189) ;

m2: Étienne Pageix, 2e Maire en 1790 (N° 183);

m3: Jacques Pageix, 3e Maire en 1795 et Maire de 1815 à 1819 (N°213);

m4: Pierre Pageix le Jeune, 4e Maire en 1797 (N° 518);

m5: Maurice Maradeix, 5e Maire en 1798 (N° 530 "modo" Élisabeth Pageix);

m6: Pierre Pageix l'Aîné, notre ancêtre, 6e Maire en 1799 (N° 201);

m7: Messire Jean Bernard, prêtre, martyre, fusillé à Lyon le 7 messidor an VII (25 juin 1798). (N° 548).

 

---o---

 

4-Beaumont au XVIIIe et au XVIIe siècles

 

Pour les deux derniers siècles de l'Ancien Régime (XVIIIe et XVIIe siècles),  les reconstitutions qui figurent dans mon ouvrage ont été faites à partir de deux lièves de cens, établies en 1756 et en 1698. On s'est toutefois limité ici à présenter l'aspect de Beaumont en 1750 sous la forme d'une vue perspective, en soulignant que la physionomie du bourg ne changea guère au cours de cette longue période. 

 

Les murailles de la vieille enceinte urbaine sont évoquées comme confins des maisons qui s'appuyaient contre elles; elles étaient probablement plus délabrées que ne le montre cette vue certes un peu optimiste, en raison du peu d'entretien dont elles étaient l'objet et des nombreuses usurpations commises par les habitants qui y pratiquaient des ouvertures et y aménageaient des "ballets" (balcons), déchaînant ainsi la vindicte des consuls en exercice...(voir les fréquentes délibérations du Corps Commun à ce sujet).

 

Légende de la vue perspective de 1750 ci-après:

Nota: Cette reconstitution reste assez approximative pour ce qui concerne:

-Le quartier de LAS VEYRIAS, au Nord de l'abbaye;

-Le quartier de LA PORTE DU CHAUFFOUR;

-Le fossé situé le long de l'enceinte nord, de la PORTE RÉALE à la PORTE BASSE. Peut-être était-il déjà comblé?

-L'état de l'enceinte urbaine, peut-être plus dégradé que ne le monte ce dessin, en raison de son défaut d'entretien par la Communauté, et des dégradations et usurpations commises.

ND: Église de NOTRE-DAME DE LA RIVIÈRE;

LV: LE VENTADOUR;

F: Fossés;

PO: Porte et Pace de L'OLME;

PT: Porte du TERRAIL;

PB: Porte BASSE;

PR: Porte RÉALE, et "place où il avait une forge et où il y a maintenant un regard de fontaine";

R: Porte ROUGE: l'emplacement exact de cette porte, qui permettait d'accéder à l'enclos du monastère, et qui est citée dans la liève de 1756, n'a pu être définitivement déterminé. Dans la liève, elle est désignée ainsi: "une maison, quartier de la porte realle, joignant la vacherie de l'abbaye et le passage de ladite maison de midi, une maison de nuit, et la voie commune tendante au jardin de l'abbaye par la porte rouge de jour et bise". (art. 175 bis);

TB: Tour de ROCHEBONNE;

TR: Tour de LA ROCHE;

TV: Tour de VILLENEUVE;

C1: Cimetière de l'abbaye (cf Arch. Dép. 63, C1980);

C2: Cimetière paroissial de SAINT-PIERRE (d°);

C3: Cimetière de NOTRE-DAME DE LA RIVIÈRE;

H: Halle (emplacement présumé et place SAINT-PIERRE. La halle existait eu XVIe siècle). En 1691, lors du "mini âge glacière" une femme fut trouvée morte au petit matin sous cette halle...

CG: Château-Gaillard;

GD: Grange des Dîmes (emplacement présumé);

S: Clos SOUBRANY;

A; Arche permettant de passer de l'enclos de l'abbaye à l'enclos Soubrany par dessus la rue (AD63, L 3906);

C1: Chemin utilisé jusqu'à la fin du XVIIe siècle par les habitants (AD63, C1979);

C2: Chemin utilisé au début du XVIIIe siècle par les habitants jusqu'à la transaction de 1723 (AD63, Fds de BMT 50H69);

C3: Chemin utilisé à partir de 1723, après son aménagement et son pavage aux frais de l'abbaye (d°);

CP: CHAMP POINTU;

CA: Croix d'ALLAGNAT : voir note ci-après (*);

Ch: Châtaigneraie. Au Moyen Âge, se trouvaient-là les fourches patibulaires, autrement dit le gibet (l'abbesse exerçait son droit seigneurial de Haute, Moyenne et Basse Justice). Appelées "Las forchas justicie dicte ville bellimontis" ou "justiciam sive forchas bellimontis", ces fourches étaient dressées près d'un petit cours d'eau, possible dérivation de l'Arteyre, aux fins d'irrigation, poétiquement appelé "razam (rase) de l'eylenassi". Les nombreuses ramifications à partir de cette rase principale étaient probablement commandées par un de ces nombreux "tornadors", terme intraduisible désignant ces vannes pouvant être commandées de manière sélective en fonction des besoins des propriétaires...   

Un terroir (les Fourches, près de celui du Matharet) en rappelait d'ailleurs le souvenir .

Plus précisément, le Gibet était érigé sur le terroir de Monsanzoneir qui fut désigné plus tard par le nom de Mont Sansonnet! Ici, les pendus de la fameuse ballade de Villon auraient pu dire que ce sont les étourneaux et non les pies et corbeaux qui "(...) nous ont les yeux cavez (...) et plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre"!...

Plus sérieusement, voir aussi l'acte de reconnaissance réciproque des limites de juridiction entre l'abbesse de Beaumont et le Dauphin d'Auvergne, Comte de Clermont pour Mont Runhon (Montrognon) en 1355. J'ai pu, grâce à ce document (entièrement transcrit en annexe de mon livre), reconstituer les limites de la justice de Beaumont et placer la plupart des bornes de justice.

Pour mémoire, le pilori ("plateam du pillorum"), destiné aux peines non capitales, était situé en 1426 à droite de l'entrée principale du bourg, la Porte Réale. Les registres de justice évoquent des condamnations au pilori, au fouet, et au banissement, sans exclure évidemment les amendes et il est donc probable que les fourches ne furent jamais utilisées, y compris dans le cas de crimes comme celui qui fut perpétré en 1336 sur la personne du jeune Étienne Serra dont la mère fut désignée comme l'auteur de ce meurtre!...(voir sur ce meurtre l'article de mon ami Johan Picot Docteur en histoire médiévale et membre de l'Académie de Clermont). 

M1: Maisons de Pierre PAGEIX (notre ancêtre direct);

M2: Maison et pigeonnier d'Étienne PAGEIX, Maire en 1791.   

  

 

 

Beaumont vers 1750 (pour imiter Guillaume Revel...)-Jacques Pageix-1979-reproduction non autorisée. Le pigeonnier à l'extrémité de la vigne close de La Veyria est à l'emplacement de la maison Pageix, 3 Place d'Armes construite vers 1805...

 

(*) : Note sur la croix d'Allagnat:

 

Cette croix, placée au carrefour des chemins d'Aubière et de Romagnat, fut démontée à un époque non déterminée; on retrouve aujourd'hui son support de base (pyramide tronquée posée sur un réemploi de pierre tombale d'un prêtre) sur la fontaine de la place de la Porte Réale. Jean Talhandier dont le nom est gravé sur la pierre était le châtelain de Beaumont (autorité exerçant la justice au nom de l'abbesse ) au XVIIe siècle, qui résidait dans le château du Petit Allagnat. Les Champflour d'Allagnat succédèrent au début du XVIIIe siècle aux Talhandier par une alliance entre les deux famille.

 

Extrait de mes notes archéologiques (ca 1980).

 

---o---

 

5-Beaumont au XVIe siècle

 

L'aspect de Beaumont au milieu du XVIe siècle a été restitué grâce à un terrier daté de 1543 (terrier levé par Maîtres Étienne Mège et Jacques Cros, Notaires à Beaumont sous l'autorité de Françoise du Vernet, abbesse). Un plan du parcellaire avec les noms des habitants a pu être établi, faisant apparaître le tracé des fortification: le bourg comportait la vieille enceinte urbaine de forme oblongue -visiblement plus ancienne-, qui protégeait la partie haute du bourg (paroisse de Saint-Pierre), et au Sud de celle-ci une enceinte de forme rectangulaire, plus récente, puisqu'elle n'existait pas encore, comme on le verra, au début du XVe siècle. Pour édifier cette muraille et creuser son large fossé, il fallut pratiquer une véritable coupe sombre (est-ouest) dans le bas du quartier en supprimant de nombreuses maisons.

 

L'enceinte primitive avait trois portes: La Porte Réale (principale porte à laquelle toute nouvelle abbesse devait se présenter aux élus qui lui remettaient symboliquement les clés de la ville), la Porte Basse, et la Porte du Terrail (la seule encore visible de nos jours. Cette dernière était probablement devenue inutile du fait de la construction de la deuxième enceinte).

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Beaumont en 1543-Jacques Pageix-1979-reproduction non autorisée.

 

L'enceinte des quartiers de la Rivière s'appuyait à l'ouest sur l'église Notre-Dame et sur son beffroi. À l'est, elle se terminait sur le mur de l'abbaye appelé le Cour Barand.

Cette enceinte avait deux portes; la Porte de l'Olme, près de l'église, et la porte du Chauffour, près du mur de l'abbaye.

Les deux élus en exercice, nommés à la fête de Saint-Jean-Baptiste pour une année, désignaient des "commissaires aux réparations" chargés de l'entretien, voire de la reconstruction des fortifications; ils étaient aussi responsables de l'achat de l'armement et de l'organisation du guet. 

 

Légende:

1: Église Saint-Pierre et abbaye de Beaumont;

2: enclos et maison abbatiale de Beliegart;

==== : fortifications (remparts et tours);

(((((   :fossés;

-->: portes:

PR: Porte Réale (porte et quartier);

PB: Porte Basse (id.);

PT: Porte du Terrail (porte et quartier du Terrailh ou Terralh);

PO: Porte de l'Olme;

PC: Porte du Chauffour;

PCL: Porte du Cloître;

ND: Église et cimetière de Notre-Dame de la Rivière;

OL: Place, cimetière et quartier de l'Olme;

H: Halle;

BB: "Chambre basse que solloit estre les banctz de la boucherie";

BC: Basse-cour de l'abbaye;

En noir: Maison du Saint-Esprit de Beaumont;

SR (Points blancs sur fond noir): Chaume "que solloit estre la maison du Saint-Esprict de la Rivière";

Hachuré: Four banal;

C:  Colombier de l'abbesse;

CV: "Cuvage sivé pressoir du chapitre de Notre-Dame de Chamalières";

CU: Cure de Saint-Pierre;

Blanc pointillé: Maisons;

Blanc entouré: Chezal;

Blanc: Espace libre, cultivé ou non;

Blanc pointillé avec un point noir: Tenanciers soumis à la condition suivante: "Toutes et quanteffoys qu'il adviendra (à) lad(ite) dame ou aulcune Relligieuse du d(it) monastère trépasser icelluy confessant sera tenu et debvra avec les autres tenanciers d'autres maisons de telle condicion faire les fosses des d(ites) Relligieuses et dame et les porter et ensepvelir et pour ledict service faict ledict confessant et les autres tenanciers de telles maisons doibvent avoir pour leur sallaire et poyne un chacun desd(its) tenanciers une livraison de pain et de vin comme une chacune desd(ites) Relligieuses et aussy touteffoys qu'il y entre aulcune escolliere doibvent avoir pareilhe Livrayson que dessus et aussy pareilhement quant elles sont sacrées";

CO: Quartier de la Conche;

PL: Quartier du Plot;

CT: Quartier Dos Courtiaulx sivé Doz Molins;

PE: Quartier du Peschier;

ND: Quartier de Notre-Dame de la Rivière;

G: Quartier Daux Gaury;

CB: Quartier de Las Chambras;

CH: Quartier du Chauffour;

LPE: Quartier de Las Pedas;

SE: Quartier du Setis.

 

---o---

 

6-Beaumont au XVe siècle

 

Le parcellaire a été reconstitué à partir d'un terrier de 1426 fait par le Notaire Jehan Blauf (*) à la demande d'Agnès de Montmorin, abbesse, et en accord avec "Messire Pierre Acgier, prêtre et receveur du dit lieu de Beaumont". Ce recueil des reconnaissances des tenanciers, en latin, est très lisible, car l'écriture est régulière et soignée. De plus, les confins avec les édifices remarquables comme les fortifications et leurs portes y sont scrupuleusement décrits (sans ces deux facteurs réunis, ma tâche n'aurait pu être couronnée de succès).

(*): Ce Jean Blauf était probablement apparenté à Julien Blauf, dont on a conservé le manuscrit de sa chronique des guerres de religion à Issoire ("chronique des temps d'épouvante"), éditée par la Française d'Édition et d'Imprimerie (Clermont-Fd) en 1977, texte présenté par Roger Sève (ancien directeur des archives départementales du Puy-de-Dôme que j'ai bien connu) et André Serre.

 

On remarque en premier lieu la présence d'une unique enceinte urbaine, qui protégeait "Belmont le Puy" et s'appuyait sur celle de l'abbaye, avec ses trois portes: la Porte Réale avec le pilori, la Porte Basse (l'origine de ce nom reste mystérieux) et la Porte du Terrail.

 

On remarque aussi la présence d'une basse-cour fortifiée sous l'enceinte méridionale du monastère. En effet, en l'absence de leur propre enceinte qui sera édifiée plus tard, les habitants de "La Ribeyre" disposaient de 74 loges  de 15 m2 qui leur étaient allouées par l'abbaye moyennant un cens (en geline la plupart du temps). On les appelait "les Bassacors".

 

Je pense qu'à cette époque, le "clocher" (les guillemets sont mis à dessein) de Notre-Dame de la Rivière, qui semble dater au plus tôt de la fin du XIVe siècle, était en fait un beffroi qui servait aux habitants de tour de guet: avant la construction de leur propre enceinte, probablement au cours de la deuxième moitié du XVe siècle (cette enceinte s'appuiera d'ailleurs sur le beffroi), les habitants de ces quartiers situés en contre-bas du bourg fortifié éprouvaient en effet la nécessité de disposer d'un beffroi pour surveiller suffisamment loin les abords de la ville et être en mesure de lancer l'alerte pour regrouper toutes les familles à l'abri de la basse-cour fortifiée de l'abbaye. En effet, j'ai remarqué qu'en l'absence d'escalier partant au niveau du rez de chaussée dans le beffroi, l'accès à cette tour ne pouvait se faire qu'à partir d'un escalier extérieur à l'église, bâti contre la façade nord de celle-ci. Il permettait ainsi d'atteindre le niveau du 1er étage au moyen d'une coursive encore visible sur le toit de la nef, comme on le voit sur mon relevé ci-après (je l'ai parcourue alors que j'étais enfant...).

Cet escalier est d'ailleurs évoqué dans une assemblée municipale du 10 février 1853, convoquée par le maire Antoine Faye: il s'agissait du noyer de la Place de l'Ombre (belle déformation de l'ancien nom "Place de l'Olme" où se trouvait planté comme dans tous les villages un orme, qui fut probablement remplacé par un tilleul, ces fameux "Sully", puis enfin par le fameux noyer, "qu'un orage récent avait dépouillé de ses plus fortes branches" et que l'on se proposait de vendre pour "en employer le prix à des travaux à l'église Basse dite Notre-Dame de la Rivière" et notamment "l'escalier extérieur".    

On remarquera que la façade sud de ce beffroi est percée d'une meurtrière permettant le passage d'une arquebuse (à l'époque, on appelait ces armes à feu des "acabiutes" et les meurtrières des "canardières". 

Voir ci-dessous la vieille gravure de Delorieux qui montre l'église en 1833, vue du cimetière situé au nord de celle-ci. On aperçoit cette coursive extérieure qui passe sur le toit de l'église et permet d'accéder directement au beffroi (col. Jacques Pageix). 

 

J'ajoute que l'église se prolongeait alors à l'ouest par une "jalineva" (ganivèle ou galilée) qui constituait un porche permettant de s'abriter à l'entrée du sanctuaire (explication qui m'avait été donnée -comme beaucoup d'autres- par Pierre-François Fournier) (*). Le long de la façade sud de la nef, on trouvait une chapelle de Sainte-Marie, puis une autre, vouée à Sainte-Catherine. Traversant une petite place ("plateam de retro capellam beate Catherine") on faisait face à la maison du Saint-Esprit de la Rivière, qu'on retrouvera totalement ruinée en 1543.

 

(*): Voir Larousse ancien français, par A.J. Greimas, 1980, et lexique de l'ancien français par Frédéric Godefroy, Ed. Welter, 1901; galilée: origine obscure, porche d'église. Voir également Pont-du-Château à travers les âges de Pierre Mondanel, 1967: "au Moyen Âge, on désignait le porche sous le nom de galiléa, galilée, qui s'est transformé par endroits en jenilyevo et jenevieve!" 

 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

La galilée de Notre-Dame de la Rivière devait ressembler à celle de l'église de Nohant (les Nohantais  et Georges Sand l'appellent la "caquetoire"...)

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Eglise Notre-Dame de la Rivière. 1833. Delorieux: vue du cimetière clos, au nord de l'église, et son entrée. On aperçoit la coursive d'accès au beffroi et les marches d'escalier sur le toit de la nef. Cet édifice présente à l'évidence trois ensembles chronologiquement distincts: la partie de la nef à droite de l'image, la plus ancienne (voûte romane en berceau), et la partie à gauche, plus récente (voûtes d'arêtes), ces deux parties de la nef étant coupées par ce qui est probablement le reste d'un ancien clocher à peigne. Plus récemment, le beffroi faisant office de clocher fut accolé à la nef ; on accède encore de nos jours au "clocher" et à la terrasse uniquement par un escalier à vis qui "démarre" au niveau de la petite porte (*) que l'on aperçoit au bout de la coursive. ( Col. Jacques Pageix).

 

 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Coupe de l'église de Notre-Dame de la Rivière (on l'appelait aussi l'Eglise Basse). L'une des trois vues de l'église, extraite de mon livre "Beaumont, histoire urbaine". À l'époque, ma main ne tremblait pas et je me souviens que ce genre de relevé fait avec Monsieur Michel (**) exigeait beaucoup d'agilité et un "zeste" de connaissances en... trigonométrie... (Jacques Pageix, 1979. Reproduction non autorisée):

 

(*): À partir de cette porte, un escalier à vis permettait d'accéder à la terrasse du beffroi. Il se peut aussi que le chemin d'accès ait été aménagé sur un ancien clocher à peigne qui se dressait autrefois au niveau de la séparation entre l'ancienne nef romane et son prolongement plus récent vers le chœur, formant deux ensembles gothiques contrastant avec la nef romane.

(**): MICHEL Baptiste, beaumontois, ancien pilote militaire, et auteur de nombreuses photographies aériennes de Beaumont prises vers 1930, membre de l'aéro-club d'Auvergne comme moi, propriétaire de la droguerie de la place Saint-Pierre. Dans les années 70, j'ai pour ma part pris beaucoup de photos aériennes, le manche coincé entre les genoux et l'appareil photo calé sur le bord de la verrière entrouverte! 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont
Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Voici les relevés de l'église abbatiale et paroissiale de Saint-Pierre de Beaumont faits à la même époque ("l'ancien clocher" rebâti sous Louis-Philippe n'avait pas encore été modifié).

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Voici le relevé du profil de l'église Saint-Pierre réalisé au lavis en 1978, alors que l'édifice avait encore son clocher Louis-Philippe. (fait sur papier millimétré pour assurer l'exactitude des proportions). (Jacques Pageix. reproduction réservée).

Ci-dessous:

-Vue en coupe de l'église;

-Plan de l'église. Les bâtiments et le cloître de l'abbaye ont également fait l'objet d'un plan précis que je ne reproduit pas ici; je me souviens que j'avais dû frapper à toutes les portes pour pénétrer dans les maisons qui bordent l'ancien cloître, afin de photographier et dessiner les pièces, les vestiges encore apparents et toutes les colonnes qui se trouvaient encore à l'intérieur de ces maisons qui, rappelons-le, sont le résultat d'un partage des bâtiments claustraux réalisé par les notaires Pierre Goughon et Antoine Costes qui s'en étaient rendus acquéreurs en 1792 . (Jacques Pageix. Reproduction réservée).   

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont
Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Enfin, voici en haut une coupe de l'église et en bas le plan de l'église (1978, Jacques Pageix, reproduction réservée).

 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

J'avais relevé (1978) les pierres tombales qui étaient alors rassemblées dans le chœur. (Voir légende ci-après). (Jacques Pageix. Reproduction réservée).

Ci-dessous:

-Relevé des inscriptions sur les pierres tombales.

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont
Histoire d'un bourg viticole: Beaumont
Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Beaumont en 1426-Jacques Pageix-1979-reproduction non autorisée. Les noms des rues du Moyen Âge, également retrouvés, ne sont pas indiquées ici... 

 

Légende:

1: Église et abbaye de Saint-Pierre et abbaye de Beaumont;

2: Enclos et maison abbatiale de Beliegard;

3: Jardin de l'Abbesse;

PEN: Cimetière Del Peny;

SP: Cimetière clos de Saint-Pierre;

PI: Pilori;

BR: Quartier de Borchani;

BC: Basse-Cour;

SE: Quartier Daux Setis;

CO: Quartier et cimetière de La Conche;

CT: Lo Cortial;

L: Loge de l'Abbaye;

BB: Bancs de la boucherie;

P: Postela;

E : Entrée de la Basse-Cour;

FSP: Quartier de la Font Saint-Pierre;

OL: Quartier et cimetière de l'Olme;

LF: Quartier de la Fontete;

Pour le reste, consulter la légende du plan de 1543.

 

On est impressionné par le nombre et la dimension des cimetières et par cette proximité entre les vivants et les morts que l'on ensevelissait à la porte des maisons... Pour mémoire, entre 1379 et 1426, on était passé de 122 feux pour Belmont le Puy, 119 pour la Ribeyre et 64 Bassacors à 88 feux pour le Puy, 62 pour la Ribeyre et 78 Bassacors, soit de 241 (env. 964 habitants en comptant 4 habitants par feu) à 150 (env. 600)!...(*)

(*): Le décompte à 4 âmes par feu est selon moi une hypothèse basse.

 

Le terrier de 1426 indique le nom des rues comme confins et j'ai donc pu les indiquer sur le parcellaire que j'ai reconstitué. Voir le plan correspondant en fin d'article.

 

On découvre sur le parcellaire ainsi établi un jardin de l'abbaye situé à l'ouest de celle-ci, jardin qui sera urbanisé par la suite. Ce jardin était bordé de petites maisons qui pourraient bien avoir été d'anciennes loges d'une basse-cour primitive. On notera qu'en ce début du XVe siècle, le monastère, ses dépendances immédiates avec les cuisines, le four, les bancs de la boucherie et le jardin de l'abbaye à l'ouest s'inscrivaient dans un rectangle presque parfait, ce qui m'a permis de subodorer qu'il s'agit-là de l'enceinte monastique primitive. La présence d'un colombier de l'abbaye à l' extrémité ouest de ce rectangle semble conforter cette hypothèse. 

On pénétrait dans l'abbaye par une porte fortifiée, après avoir franchi un fossé sur un pont!

Une "postela" permettait à l'abbaye d'accéder à sa basse-cour et au four banal lorsque la porte du Terrail était fermée.

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Extrait de mon plan de 1426. Jacques Pageix, 1979.

 

J'ai pu situer aussi l'emplacement de la maison du Saint-Esprit ou maison commune, où officiaient les deux élus renouvelés comme on l'a dit tous les ans à la fête de Saint-Jean Baptiste et où se tenaient les assemblées des habitants et une autre maison du Saint-Esprit dite de la Rivière, avec ses deux Bailes (Guillaume Bossa et Guillaume Atger cette année-là). Cette dernière abritait la "frérie" ou "charité" chargée de gérer les revenus (assis sur des biens fonciers) destinés à secourir les pauvres et les malades.

 

Parmi les sujétions auxquelles les beaumontois étaient astreints pour servir l'abbaye (*), j'évoquerais ici l'obligation pour certains d'entre-eux d'enterrer les religieuses. En effet, les tenanciers de certaines maisons groupées dans le même quartier de "Belmont le Puy", devaient creuser les fosses des moniales défuntes. En retour, l'abbaye les gratifiait de pain et de vin et faisait retentir le glas lors de leur propre trépas (lire le passage plus détaillé ci-après)...

(*): voir "Beaumont au XVIe siècle, droits seigneuriaux et libertés municipales"Jacques Pageix, 1992.

 

À noter enfin deux quartiers au parcellaire régulier: Las Chambras au sud et Las Pedas au nord. Il s'agit de "villes neuves" ou allotissements créés par l'abbaye et voués à la construction selon des règles particulières (cf PF Fournier). Si le quartier de las Chambras fut rapidement urbanisé, il n'en fut pas de même pour Las Pedas.

 

Voici une partie de ma reconstitution du parcellaire urbain de 1426 qui montre l'emplacement de la maison d'un certain Durand Paghes et de sa fille Catherine, qui habitaient le quartier de la Conche. Leurs voisins étaient Jean et Pierre de la Porte alias Luquet (*), Pierre Juzilh, Jean Fanzel de la Veria, Antoine de Orto (de l'Ort) et Guillaume Serra.

(*): au fil des siècles suivants, seul subsistera le surnom de Luquet, famille qui compte parmi nos ancêtres avec un notaire beaumontois allié aux Savaron ! (cf archives familiales).

La maison d'en face était le presbytère de Saint-Pierre, habité par "Dominus Bertrandus Bompar, presbiter, rector eccclesie sancti Petri Bellimontis".

Plus à l'est, quelques maisons du quartier du Pla sont marquées d'une croix verte: ce sont-là les maisons habitées par ces beaumontois tenus d'accomplir une besogne quelque peu macabre: porter en terre les religieuses décédées après avoir creusé leur tombe. Précisons que le cimetière de l'abbaye, destiné aux religieuses et au personnel attaché au monastère qui ne pouvaient prétendre à une sépulture dans le chœur ou dans le cloître, se trouvait au nord du chœur, tandis que le cimetière paroissial voisin s'étendait au nord de la nef (positions logiques correspondant à l'intérieur de l'église à la nef paroissiale et au chœur abbatial séparés par un jubé et une grille.

Leurs maisons sont toutes désignées dans le terrier par le vocable "Fenal". Elles étaient tenues en fief de l'abbaye ("de feodo", stipule le terrier).   

Ce sont:

Pierre Hugo alias Verninas, Jacques de la Queulha, Jehan Chatard senior, Jehan Guibert (encore un ancêtre), et Guillaume Agne, maçon et charpentier.

L'article du terrier qui énumère les redevances dues par ces tenanciers pour leurs maisons stipule:

"Guillermus Agne lathonia et carpentator sponte confitetur fuit tenere a dicta domina Bellimontis presente ad hec dicto Domino Petro Atgerii presbitero (*) et huismodi confessionem etc. Quem etc. videlicet quodam hospicium vocatum fenal situm in carterio des Pla iuxta duas vias comunes a meridie et ab occidente et hospicium Johanis Guitbert Bonafe a borea et hospicium Catherine Melhmoze quodam eydi intermedia ab oriente absque censu sub hac conditione quod totiens contengerit migrare ab hoc seculo Religiosam seu Religiosas dicti monasterii et donatos etiam dicti monsterii quod illo tunc dictus tenementarius unacum aliis tenementariis aliorem hospiciorem de tali conditione tenentur facere fossas earumdem Religiosarum et eas portare et cepellire in dictis fossis et pro dictis servitucibus faciendis ipse tenementarii debent habere los clars consuietis pro ipsis et eorum familia nec non debent habere pro eorum pena et labore uniusque ipsorum tenementariorum unam librationem panis et vini sicut quelibet Religiosa et etiam totidem quando quelibet scolaris intrat Religioni et etiam die sacrationis monialis seu monialium" (terrier de Blauf, Arch. dép. du P.de D., Fds de Beaumont liasse 4b).

(*): Pierre Atger était alors curé de Notre-Dame de la rivière. Il habitait avec son frère Guillaume une maison située dans le bas du quartier du pla, à l'abri derrière la muraille du bourg, avec d'autres notabilités comme Michel Mège, Pierre Felup et Pierre Perset. Lorsqu'on pénètre dans ces petits hôtels bâtis en pierre de Volvic, une fois franchies leurs portes aux linteaux armoriés ouvrant sur des escaliers à vis desservant les étages, on devine encore aujourd'hui, que ce quartier, au Moyen Âge, devait être le plus prisé du bourg... 

 

Cette obligation réciproque ne fut pas maintenue en vigueur au delà de la fin du XVIe siècle, où l'on en retrouve mention dans le terrier de mège et Cros de 1543-1546 que j'ai également dépouillé et utilisé pour établir le plan du parcellaire cadastral de Beaumont à cette date (même source, liasse 8b 5-10).

Il rappelle que les tenanciers doivent:

"faire les fosses desdites relligieuses et dames et les porter ensepvelir ausdites fosses (...) et doibvent avoir pour leur sallaire et poyne (...) une livraison de pain et de vin (...) et aussy touteffoys qu'il y entre aulcune escolliere doibvent avoir pareille livrayson que dessus et aussy pareilhement quant elles sont sacrées pareilhe et semblable livraison".

"ils doibvent aussy avoir les clatz pour eulx et leur famille"

  

Ainsi, ces beaumontois étaient astreints, comme l'indique le terrier, à creuser les tombes des religieuses lorsqu'elles "migraient de ce siècle", si l'on traduit littéralement le latin, moyennant  du pain et du vin pour leur salaire et peine (*); ils recevaient la même gratification lorsqu'une religieuse prononçait ses vœux. En retour, lors de leur propre décès ou de celui d'un membre de leur famille, le monastère devait sonner le glas...

(*): cette obligation s'étendait aussi aux donateurs de l'abbaye lors de leurs décès.

La maison de Guillaume Serra, qui s'appuyait au bout de l'impasse du Plat contre la muraille du bourg, nous rappelle un meurtre épouvantable, survenu en janvier 1336, où une mère tua son enfant et se jeta par la fenêtre! (*)

(*): Les Serra, tenanciers de la Ribeyre, possédaient une autre maison (peut-être leur résidence principale) à La Ribeyre. Ce meurtre fut probablement perpétré dans cette demeure, car les principaux témoins interrogés dans le cadre du procès demeuraient à proximité. Ce crime a fait l'objet d'une thèse de Mr. Johan Picot, visible sur le site criminocorpus. Monsieur Picot m'a également appris qu'une beaumontoise, Jacmecte Perset, atteinte de la lèpre, fut jugée par le tribunal de la Purge de Montferrand le 20 août 1449; enfermée dans la léproserie d'Herbet, elle devait "pourter les claquetes que les ladres pourtent comme est de coustume"...   

 

On voit sur l'extrait du plan parcellaire (partie nord du bourg) l'emplacement de l'hôtel du Saint-Esprit ("salam sive aulam") où les beaumontois tenaient leurs assemblées sous l'égide des deux élus désignés chaque année à la fête de Saint-Jean Baptiste. On aperçois également en haut et à gauche, le pilori, ainsi localisé à droite de la Porte Réale. Ce pilori fut utilisé (*). En revanche, les fourches patibulaires, autre signe ostensible du droit de haute, moyenne et basse justice exercé par l'abbesse, demeura comme on l'a dit probablement symbolique, car on ne trouve pas trace de peine capitale dans les registres de justice, qui évoquent néanmoins les prisons de l'abbaye.

(*): J'ai trouvé cette gravure représentant le pilori des halles de Paris en 1707: il était composé d'une roue où le condamné passait sa tête et ses mains. La roue pouvait "accueillir" 6 individus. Les Parisiens leur jetaient au visage des fruits pourris  et des ordures...À mon avis, tout en ressemblant à celui-ci, le pilori de Beaumont devait être de dimensions plus modestes.

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont
Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Extrait de mon plan de Beaumont en 1426. Reproduction non autorisée-Jacques Pageix-1979.

 

Je présente ici d'autres extraits de mon plan:

Tout d'abord, le monastère et la partie du bourg située devant son accès principal fortifiée, avec son pont sur un fossé ("fossatum pontis dicte monasterii" et sa "postela" permettant de descendre vers la Basse-Cour fortifiée.

On distingue autour d'une petite place qui contient "l'ala ubi tenetur curia" (la halle où se tenait la cour de justice), le pressoir de l'abbaye (trolium), les cuisines de l'abbaye ("coquinam monasterii"), le four banal, et les bancs de la boucherie, décrits dans le terrier:

 

"Guillermus Saisat sponte confessus fuit se debere predicte domine bellimontis presente ad hec dicto domino Petro Atgerii presbitero et huiusmodi confessionem etc. Quem etc. Videlicet census qui sequentur census et reditur cum domino et vendis predictis et primo unam quartam frumenti et unam gallicam pro quodam hospicio sito ante portam deu claustra iuxta hospicium Bernardi Precirat a borea et hospicium Petri et Guillelmi Juquetz ab occidente et viam comunem a meridie et l' ala ubi tenetur curia et plateam ubi stant banna seu stagna pro vendendis carnes rescentes ab oriente et est sciendum quod penus situm subtus dictam ala et banna est pertinet dicto tenementaris".

Cette boucherie, dont les statuts étaient peut-être similaires à ceux des boucheries du chapitre cathédral de Clermont, décrits par Melle L. Welter (revue d'Auvergne, 1947), n'existaient plus au XVIe siècle comme l'atteste le terrier de Mège et Cros cité ci-après. D'ailleurs, au XVIIe siècle, mon ancêtre Jacques Pageix, "hoste et bouchier", était fournisseur exclusif de l'abbaye (cf "factures" relevées dans les archives de l'abbayes):

 

En 1543, François Achard possèdait "une chambre basse que soulloit estre les bancz de la boucherie audict confessant bailhe a cens nouveaulx par feue Madame Jehanne de Lupchat Dame Abbaisse de Beaulmont et par le couvent scitue dans la ville de beaulmont et au cartier dos bancz sive de devant la porte de la claustre".

 

Ceci me permit de découvrir l'origine, obscure pour moi jusque-là, du quartier Dau Ban, dont le nom se perpétua jusqu'au XIXè siècle: les vieux beaumontois, interrogés sur ce point (comme sur beaucoup d'autres sujets...), furent tous incapables de m'en fournir la signification. 

   

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Zoom sur le quartier de Belmont-le-Puy situé devant l'entrée principale de l'abbaye. Jacques Pageix. Reproduction non autorisée.1979.

 

Voici également un extrait du plan relatif à la Basse-Cour de l'abbaye. Les numéros renvoient aux nom des tenanciers titulaires d'une loge. Ces 74 loges exiguës (env 15 m2) étaient tenues, à peu d'exeptions près, par des tenanciers de Belmont la Ribeyre dont les quartiers n'étaient pas encore protégés par leur propre enceinte. 

Au cours de la guerre de Cent-Ans,  elle ne furent donc en principe occupées qu'en période d'insécurité. Au XVIe siècle, sa fonction initiale n'eut évidemment plus de raison d'être et des habitations banalisées remplacèrent peu à peu ces loges.

Certains redevables, manifestement extérieurs à Beaumont, (on les appellera plus tard les "nobles forains": le substantif "forain" étant à rapprocher de l'anglais "foreign") possédaient toutefois une loge dans la basse-cour de Beaumont. Etait-ce pour la sous-louer ou pour l'occuper provisairement? C'était le cas de Noble Catherine de Ceyrat, qui ne possédait qu'une loge à Beaumont en 1426. En 1379, un certain Jehan de Mezeit (Mezel) possédait également une loge. En 1426, c'est Jacques de Mezeit qui possede une "locgia de novo investita in cimiterio del Peny", située entre le chœur de l'église Saint-Pierre et la maison abbatialle de Beliegart. 

Les redevances perçues par l'abbaye sur ces loges étaient en froment et en geline (poule) On peut faire le total des redevances que rapportait à l'abbaye l'attribution des loges:

En 1379, la basse cour rapportait à l'abbaye 43 quartes (1392 litres) de froment et 46 gelines pour un total de 65 loges;

En 1426, elle ne rapportait plus que  40 quarte (1252 litres), 23 gelines et 17 deniers pour un total de 78 Loges. Ce dernier résultat doit toutefois être légèrement majoré pour tenir compte de certaines loges qui, curieusement, ne sont signalées dans le terrier que comme confins.

Bien entendu, on voit mal le tenancier porter au monastère un quartier de poule (une aile, une cuisse?): probablement, la poule devait être "livrée" entière pour payer plusieurs années ou pouvait être "convertie" en numéraire (explication de Johan Picot).  

J'ai également remarqué que certaines habitations, situées à l'intérieur du bourg fortifié étaient elles-aussi désignées sous le nom de "loges", ce qui conforte mon hypothèse d'une enceinte monastique primitive de forme rectangulaire et comportant une basse-cour à l'Ouest du monastère (Ce "jardin de l'abbesse" entouré de petite maison (anciennes loges?) fut urbanisé peu après, et ce quartier s'appela d'ailleurs jusqu'au XIXe siècle le quartier d'Obaiss...). Cette ancienne basse-cour a très probablement précédé la construction de la première enceinte urbaine qui s'est appuyée sur ce quadrilatère. (cf paragraphe qui suit sur les phases de développement du bourg). 

 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Zoom sur la Basse-Cour de l'abbaye-Jacques Pageix-1979-Reproduction non autorisée. Les numéros renvoient à la liste des noms des tenanciers.

 

---o---

 

 

7-Hypothèses sur la formation du bourg

 

L'abbaye Saint Pierre de Beaumont, fondée en 665 selon la règle monastique qui exigeait un lieu désert, à l'écart des grands axes de circulation, attira une population probablement attachée à l'origine au service du monastère; placée sous sa protection, elle s'organisa peu à peu en agglomération relativement autonome.

 

À l'évidence, ce site ne fut pas choisi au hasard, si l'on considère ses nombreux attraits: les hauteurs bien exposées pour la vigne et le bassin de l'Artière propice aux vergers; il n'est donc pas surprenant qu'un important habitat gallo-romain, qui survivra jusqu'au Haut Moyen Âge, ait été récemment découvert lors des campagnes de fouilles de sauvetage du site du Champ de Madame, entreprises entre 1992 et 2000, préalablement à l'aménagement de la rocade routière.

Il est à souligner que ce site avait été abandonné depuis peu de temps au moment où l'abbaye fut fondée, en 665, cristallisant auprès d'elle un nouvel habitat... 

 

Cela ne m'a pas surpris, car j'avais entendu dire par mon grand père Pierre Pageix que le souvenir d'une vaste villa gallo-romaine persistait dans le nom du terroir de La Ville; des vestiges apparents ou mis au jour à l'occasion de travaux agricoles en apportaient presque quotidiennement la preuve (canalisations et poteries diverses). On peut d'ailleurs noter que la carte de Cassini de 1775 (voir l'extrait ci-après), où Beaumont est indiqué avec un contour ovale, indique un seul lieu-dit voisin, au sud du bourg, entre celui-ci et l'Artière: "La Ville". Ainsi, peut-être l'ensemble Gallo-Romain découvert au sud de l'Artière s'étendait-il aussi au nord de ce cours d'eau?

 

Deux ensembles urbains se sont peu à peu formés l'un près de l'autre sur le site de Beaumont, sans que l'on puisse évaluer leurs anciennetés relatives: l'un d'eux, Belmont le Puy, s'appuyant sur l'abbaye fortifiée, et l'autre, La Ribeyre, autour de l'église Notre-Dame de la Rivière.

 

Une première enceinte a été édifiée pour la protection du bourg de Belmont le Puy (peut-être vers le début du XIIIe siècle).

 

À une époque indéterminée, mais assurément avant le XIVe siècle, des terrains ont été allotis en parcelles régulières vouées à la construction: Las Pedas, ou Les Pèdes, au Nord du bourg, Las Chambras, au Sud. Contrairement au premier, dont l'urbanisation ne s'acheva qu'à a fin du XVIIIe siècle, le second se développa rapidement, constituant l'extension vers l'Est  de la Ribeyre. Il est très probable qu'il s'agisse là de deux "villes neuves", au sens que l'on accorde habituellement à ce terme (d'après Pierre-François Fournier, dont je salue ici la mémoire en reconnaissance de l'aide précieuse et bienveillante qu'il m'apporta pour des transcriptions ou des interprétations et, tout simplement, par ses encouragements).

 

Au cours du XIVe siècle, l'abbaye s'étendit vers l'est, avec l'aménagement de l'enclos de Béliégart (appelé plus tard Beauregard) bordé au sud par la muraille du Cour Barant (appelé plus tard le Corboran), et c'est peut-être au cours de cette phase d'extension de l'emprise de l'abbaye que la basse-Cour, au sud de l'abbaye, fut aménagée pour la sécurité des habitants de la Ribeyre. 

 

Enfin, probablement au début du XVe siècle, motivée sans doute par la reprise des troubles (deuxième phase de la Guerre de Cent Ans avec ses désordres intérieurs et les passages incessants de gens de guerre), l'édification d'une deuxième enceinte permit aux habitants de la Ribeyre d'être dotés d'une protection plus efficace que celle de la Basse-Cour, dont le rôle initial semble d'ailleurs avoir été très vite abandonné. Cette enceinte fut construite au prix de destruction de nombreuses maisons pour aménager le rempart et son fossé.

On peut noter qu'en 1426, cette deuxième enceinte n'existait pas ; le premier document trouvé qui la mentionne est un compte de 1526 (*), ce qui ne nous éclaire pas quant à la date précise de sa construction.

(*): Cette année-là, les Elus Georges Guybeart (Guybert) et Anthoine Vialleneuve (Villeneuve) et les Commissaires aux réparations Jacques Bosse Chaptard et Anthoine Annet Courton Bochier firent aménager les abords des murailles de la porte de l'Olme jusqu'à la porte Basse. La même année, par crainte d'une bande armée, on ferma les quatre portes et l'on ordonna le guet.  (cf Beaumont au XVIe siècle, JP).

Les portes étaient également fermées lors des périodes d'épidémie de peste (1502, 1526, etc.: voir mon article "La peste à Beaumont") et lorsque les Elus et les collecteurs particuliers levaient les impôts (taille royale, crues, équivalent ou quittance du sel, taille de la Toussaint de Madame, cens dus à la Charité, etc.) 

 

 

Extrait de la carte de Cassini: carte générale de la France, Clermont-Ferrand, N° 52, feuille 110 établie en 1775-1776 sous la direction de César-François Cassini de Thury, (1714-1784, petit-fils du grand astronome). Noter que le seul terroir indiqué, au sud de Beaumont, est "La Ville"...

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

 

Évolution du bourg du XIe au XVIe siècle. Jacques Pageix 1979-Reproduction non autorisée.

 

Ces étapes d'évolution du bourg sont regroupées sur la figure ci-dessus.

 

 

 

---o---

 

8-Quelques énigmes et frustrations en guise de conclusion provisoire...

 

-Une énigme...

 

Au Moyen Âge, l'abbaye et les habitants se partageaient l'église Saint-Pierre: le chœur était dévolu à abbaye et la nef aux habitants. J'ignore malheureusement l'origine et la raison de cette situation. Dans une lettre du 14 janvier 1702, adressée au Révérend Père Dom Jean Mabillon, de l'abbaye de Saint-Germain des Prés à Paris, Dom Pierre Laurent, moine bénédictin de l'abbaye de Saint-Alyre à Clermont, faisait allusion à un transfert des religieuses, ordonnée en 1123 par le Pape Calixte II : "J'ay vû un petit memoire ou il est (dit) que les Religieuses de cette Abbaye furent transferees d'une autre Eglise qui n'y est pas nommee dans celle de St Pierre par l'autorite (du) Pape Calixte 2 l'an 1123". Cette lettre épaissit le mystère et la solution dort peut-être dans les caves du Vatican...(*)

(*): Bibliothèque Nationale, Manuscrit latin 12691, lettre insérée dans Monasticon benedictum, F°s 301/302).

 

Pierre Audigier (+ en 1744), qui, semble-t-il, s'en est probablement inspiré, ajoutait encore à ce mystère, même s'il nomme "l'autre église" qui serait selon lui Chantoin. Il écrivait dans son histoire des villes et localités de la Limagne (Manuscrit français N° 11478, Tome 4, P. 124):

" Ce lieu est un gros village environné de murailles placé sur une éminence à un quart de lieue de Clermont du costé de midy. Son nom luy convient à merveille puisqu'il jouit d'une veüe incomparable, et se trouve au milieu d'un païs charmant, et qui produit de tout en abondance. Il y a deux paroisses l'une dédiée à Saint-Pierre et l'autre à Notre-Dame.

"Le plus grand ornement de ce lieu est un monastère de filles qui sont gouvernées par une abbesse; on n'en connaît guère en Auvergne de plus ancien. Elles sont de l'ordre de Saint Benoît, et quelques uns croyent que ce pourroit bien estre les religieuses qui estoient dans l'abbaye de Chantoen près de Clermont dont il est parlé dans la vie de Saint Prix Evesque de Clermont. On croit qu'on les tranfera de Clermont à Pauliac près du Pont du Chasteau et de Pauliac à Beaumont (...) On ignore le temps qu'elles quittèrent Pauliac pour aller faire leur séjour à Beaumont".

 

-Et quelques frustrations...

 

-Dans le terrier de 1426, les biens allodiaux sont rares; de ce fait, le parcellaire a pu être reconstitué en quasi totalité, à l'exception toutefois de l'extrémité ouest du bourg qui devra être confirmée. Peut-être échappait-elle à la censive seigneuriale?

 

-En l'absence de terrier pour le XIVe siècle, il n'a pas été possible d'entreprendre une reconstitution du parcellaire. Une liève de 1379, simple énumération des biens sans description des confins, a simplement permis de supposer que le bourg n'avait guère changé entre-temps puisque l'enceinte primitive et la basse-cour y sont évoqués. On a pu néanmoins esquisser un plan de Beaumont donnant la répartition des habitations au sein de chacun des quartiers et terroirs lorsqu'ils sont désignés dans la liève (extérieurs et intérieurs au bourg). Cette ébauche a montré que, contrairement à ce qui apparaît en 1426, il existait en 1379 un habitat éloigné et dispersé à l'extérieur du bourg. 

 

-Reste à déterminer la date de construction de l'enceinte primitive, de même que celles de certains allotissements concédés par l'abbaye (Las Pedas au nord et Las Chambras au sud), qui furent voués à la construction selon des règles précises (obligation de construire dans un délai d'un an notamment). 

                                                                            

---o---

 

9-Epilogue...

Pour expliquer comment ce vieux bourg s'est bâti au fil des siècles, j'ai délibérément opté pour une présentation qui ne suit pas une chronologie normale, mais qui permet de remonter par bonds successifs dans le passé; j'y tenais absolument car cela restitue fidèlement ma méthode de travail: prenant appui sur la trame tangible du parcellaire de 1831, et muni de toutes les connaissances acquises par un dépouillement quasi exhaustif des fonds d'archives publics et privés, je suis parvenu à fixer peu à peu la physionomie de ce cher Beaumont à chaque étape significative de son histoire.   

Je reprends ici à mon compte cette mention apposée par Jacques Pageix, mon arrière...arrière grand oncle, sur la dernière page de la matrice cadastrale qu'il rédigea en 1791:

 "Finis honorificus grande opus coronat".

 

                                                                              Jacques Pageix 1979...

 

---o---

 

10-Quelques illustration tirées de "Beaumont, histoire urbaine"

 

"Beaumont

"Ce lieu est un gros village environné de murailles placé sur une éminence à un quart de lieue de Clermont du costé du Midy.

"Son nom luy convient à merveille, puisqu'il jouit d'une vue incomparable, et se trouve au milieu d'un puis charmant et qui produit de tout en abondance. Il y a deux paroisses l'une dédiée à Saint Pierre et l'autre à Nostre Dame (de la Rivière) avec un monastère de filles de l'ordre de Saint Benoist".   

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Chanoine Pierre Audigier (+ en 1744), Histoire de l'Auvergne, Bibliothèque Nationale, Manuscrit français N°s 11477 à 11486, Ms 11479, T5, P. 162 et Ms 11478,T4, P. 124.

 

Les plans présentés ici sont tirés de mon ouvrage écrit en 1979-81:

Il s'agit des reconstitutions des "plans cadastraux" de 1543 et de 1426. J'ai ajouté le plan des quartiers et des rues en 1426, qui sont désignés, eux-aussi, comme confins dans le terrier. 

 

1-Plans de 1543:

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Plan parcellaire de Beaumont en 1543 - Jacques Pageix - 1980 - Reproduction non autorisée. Les chiffres renvoient aux noms des tenanciers (cf ouvrage supra-cité)

 

2-Plans de 1426 (aspect physique):

 

 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Plan parcellaire de Beaumont en 1426-Jacques Pageix-1979-Reproduction non autorisée. Pour des raisons évidentes, les noms des tenanciers n' y ont pas été indiqués. 

 

Légende du "cadastre" de 1426 (complément):

Tour sur la façade sud du monastère: "Turrim (tour) de la Chambra Croya contiguis au parlador".

On aperçoit au-dessous "ung conduyt de las chambras dicte domine Bellimontis"... qui n'était ni plus ni moins que l'égout de l'abbaye (à ciel ouvert);

En rouge: les constructions couvertes;

En bleu: les bâtiments remarquables: Églises, Abbaye, loges abbatiales, bancs de la boucherie, pressoir, cuisines, Four banal, colombiers, chapelles, Maisons du Saint-Esprit, cures.

Noter le pont-levis sur le fossé le long de la façade ouest de l'abbaye et la poterne permettant de descendre dans la Basse-Cour;

En violet: loges de la Basse-Cour;

En vert hachuré: jardins;

En vert pointillé: jardin abbatial du Pla, cloître, enclos de Béliégart;

vvvvv: vignes.

 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Beaumont en 1426. Noms des rues et des quartiers. Reconstitution Jacques Pageix-1979-Reproduction non autorisée.

 

Légende pour le plan de 1426 (noms des quartiers et des rues):

 

1-Les quartiers:

 

-Au nord:

 

Las Pedas; Las Veyrias; Borchani; Daux Sétis.

 

-Au sud:

 

Le Peschier; La Fonteta; L'Olme, Le Terailh; Daux Gauris; Las Chambras; Le Chaufour.

 

-Dans le bourg:

 

La Porte Réale; La Conche; Le Pla; La Porte Basse; Le Cortial; La Basse-Cour.

 

2-Les rues:

 

Au nord:

 

Charreyre de Las Pedas; charreyre de La Porte Réale; Charreyre Dau Sétis ou Du Ventadour; charreyre de La Fontaine Del Breulh.

 

Au Sud:

 

Charreyre Beate Marie de Ripperie; charreyre du Terailh; charreyre Dau Bossa ou de l'Olme; charreyre du Saint-Esprit; charreyre Dau Gauris, charreyre de Las Chambras; charreyre Dau Chaufour.

 

Dans le bourg:

 

Charreyre de La Conche; charreyre Del Pla; charreyre de La Porte Basse; charreyre de La Porte de Claustre.

 

Voici quelques reconstitutions 3D également tirée de mon ouvrage:

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

La Porte Basse. Son ravelin et sa bretèche.Jacques Pageix-1979-Reproduction non autorisée. 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

La vieille Porte du Terrail, flanquée, à sa droite, de son corps de garde et à sa gauche, d'une tour dont la trace subsiste malgré sa démolition (on notera le ré-emploi judicieux en contreforts) Jacques Pageix-1979-Reproduction non autorisée.  

 

Voici enfin un relevé fait en 1978 avec mon ami Baptiste Michel dans sa vieille maison du quartier du Plat, où il stockait ses peintures... et dans laquelle nous fîmes quelques trouvailles...

 

Le manteau de la cheminée en chêne, une fois décapé, révéla les inscriptions suivantes:

 

-Un cœur stylisé surmonté d'une croix avec les initiales I.P. (probablement Iacques Pageix; voir la photo du fer à marquer les tonneaux dans l'article sur le ban des vendanges);

 

-L'insription "A(mable) Laveyrie": il fut le Syndic de la commune au cours des dernières années de l'Ancien Régime;

 

-Les armoiries stylisées de Beaumont. Remarquer la vigne stylisée sur les flancs de la butte et la crosse abbatiale au sommet (voir l'ouvrage de P.F. Fournier sur les armoiries municipales-Revue d'Auvergne).

 

 

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Relevé fait en 1978 avec Monsieur Michel, dans une maison lui appartenant. Jacques Pageix. Reproduction non autorisée.

Histoire d'un bourg viticole: Beaumont

Le plan parcellaire de 1426 que j'ai établi en un an-Vue d'ensemble du plan (100x80cm) -Jacques Pageix fecit-1980-Reproduction non autorisée.

 

                                                                         Jacques Pageix

 

 

  

Partager cet article
Repost0
27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 22:02

 Nos parents,

 

le service militaire

 

et les guerres.

 

 

Quelques aspects, du Moyen Âge à nos jours.

 

----o----

 

 

 

ppageix-copie-1.jpg

 

 

Mon grand père Pierre Pageix-Cromarias (1877-1961)

Photo prise en 1897 lors de son service militaire

accompli dans la musique (saxophone alto).

(noter la lyre cousue sur ses manches)

(Tirage d'une plaque en verre)

----o----

 

Jacques Pageix 2013 

 

Avant-propos.

 

Cet article vise simplement à regrouper tous les souvenirs et les documents de notre famille autour d'un thème, la vie militaire, tout en essayant de répondre à ces questions: comment nos parents accomplissaient-ils leur service militaire et comment un très petit nombre d'entre-eux parvenaient-ils à y échapper? Enfin, comment se comportaient-ils lorsque la France entrait en guerre et que le devoir les appelait à servir leur pays? Aujourd'hui, aucun de ces parents n'est en vie...

 

--o--

 

1-Nos ancêtres et le service militaire du Moyen Âge à la Révolution.

 

1-1-Au Moyen Âge et au XVIe siècle - défense du bourg - obligations des habitants:

 

À Beaumont, nos ancêtres durent assurer la garde des portes de la ville, l'entretien des fortifications, et le maintien en état de l'armement, en particulier pendant les troubles liés à la guerre de Cent Ans, où les routiers et autres troupes jamais démobilisées parcouraient le pays, pillant et rançonnant. 

 

Le service du guet aux portes et aux remparts faisait partie d'obligations très anciennes, contractées avec l'abbaye. 

(cf notamment la transaction de 1372 entre l'abbesse et les habitants au sujet de l'entretien des fortifications).

 

Tout manquement était puni: ainsi, Guillaume Serra fut condamné pour avoir refusé de garder la porte le jour de Pâques 1372...

 

À tour de rôle, les habitants étaient tenus de faire le guet aux remparts et aux quatre portes de la ville. Les élus et les "commissaires aux réparations" parcouraient les remparts et les corps de garde, la nuit, vérifiant que les guetteurs ne dormaient pas, et, fait curieux, ils leur distribuaient du vin... En période d'insécurité, la surveillance était renforcée: on faisait "grand guet", en disposant six hommes à chaque porte, dans les corps de garde.

 

Bien sûr, le guet était requis en période de guerre; il l'était aussi lors des épidémies de peste, où il fallait empêcher les malades (avérés ou soupçonnés d'être atteints) de s'introduire dans la ville.

(voir l'article sur la peste à Beaumont figurant dans ce blog: le guet devait protéger le bourg des intrusions de gens atteints de ce terrible mal, qu'on refoulait vers les "cabanes").

 

On constate pourtant que ces gardiens ne furent pas toujours très disciplinés...

Ainsi, en période de peste, le 27 août 1505, des beaumontois eurent maille à partir avec la justice abbatiale: Pierre Goujon et Antoine Delusse se virent infliger une amende pour n'avoir pas "gardé la porte royale (la porte Réale) pour la conservation de la ville" et Antoine de Mezet et Pierre Saurel, chargés de garder la porte de l'Olme, parce "qu'ils (ne) devoient pas boyre s'ils la gardoient".

Pour certains, la tentation de sombrer dans un sommeil réparateur, ou d'aller vider un pichet au cabaret voisin, était parfois la plus forte...Elle les détournait du devoir de veiller aux portes et aux remparts pour assurer la sécurité de leurs concitoyens. (Il existait une auberge près de la porte Basse, tenue par Gaspard Auberoche, qui sera reprise plus tard -vers 1605- par Pierre Pagheix notre ancêtre beaumontois qui mourra lors de l'épidémie de peste de 1630/1631).

 

Naturellement, on relève de nombreux témoignages sur l' obligation pour les habitants d'accomplir le service du guet, non plus en période de peste, mais bien pour prévenir les intrusions de gens de guerre, et se prémunir contre leurs exactions.

......

 

Beaumont au début du XVe siècle: Reconstitution faite en 1979 à partir du terrier établi en 1426 pour l'abbesse Agnès de Montmorin par le notaire Jehan Blauf... 

1-Nos parents et le service militaire (1ère partie:Moyen Âge, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles).
1-Nos parents et le service militaire (1ère partie:Moyen Âge, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles).

 

... Et au milieu du XVIe siècle (1543) Reconstitution faite en 1979 à partir du terrier établi pour l'abbesse Françoise du Vernet par les notaires Étienne Mège et Jacques Cros:

 

Nota: Pour ces deux plans "cadastraux" reconstitués en 1979/1980, comme pour tous les autres, chaque parcelle est identifiée par le nom de son tenancier. 

La vieille enceinte (de forme oblongue), qui protégeait le bourg de "Belmont le Puy" (correspondant à la paroisse de Saint-Pierre), s'appuyait sur l'enceinte (de forme quadrangulaire) de l'abbaye Saint-Pierre. Ce fut l'unique enceinte urbaine jusqu'à la fin du XVe siècle, avec ses trois portes: la porte du Terrail au sud, assez bien conservée, la porte Basse à l'ouest et la porte Réale, au nord est, qui à l'évidence était la porte principale par laquelle on entrait dans le bourg en venant de Clermont (c'est à cette porte que les nouvelles abbesses se présentaient aux élus pour son installation et l'échange des serments).

 

Une nouvelle enceinte destinée à protéger les quartiers au sud du bourg, dits "de la Ribeyre" (correspondant à la paroisse de Notre-Dame de la Rivière) fut bâtie probablement à la fin du XVe siècle. Elle avait deux portes: la porte de l'Olme au sud, disparue depuis, et la porte du Chaufour à l'est, dont il ne subsiste que des vestiges (tour de flanquement); cette nouvelle enceinte s'appuyait sur le beffroi-clocher de l'église Notre-Dame de la Rivière qui servait de tour de guet. Avant la construction de cette deuxième enceinte, lorsqu'un danger était signalé, les guetteurs postés au sommet du beffroi sonnaient le tocsin et les habitants de ces quartiers montaient alors vers l'abbaye pour se réfugier dans sa basse-cour (voir "Histoire d'un bourg viticole, Beaumont-lès-Clermont, origines-XIXe siècle). 

.......

 

 

La porte du Terrail.

 

 

 

 

La porte Basse.

 

 

Deux des quatre portes de la ville reconstituées (dessins Jacques Pageix, 1980):

 

La porte du Terrail, au sud du bourg, dont les vestiges subsistent encore, restituée à partir d'une vieille photo (plaque en verre vers 1900);

 

La porte Basse, au nord-ouest, dont il ne reste aucun vestige (il s'agit donc d'une reconstitution très approximative).

 

 

Depuis le désastre de Pavie, en 1525, où François 1er fut capturé, des bandes armées, revenue en France après avoir participé aux guerres d'Italie, battaient la campagne. Ces troupes sans discipline ravivaient ainsi le triste souvenir des Grandes Compagnies de la Guerre de Cent ans, dont on eut tant de mal à se débarrasser. Voici quelques faits:

 

"Le samedi XXe jour du dict moys de julhet (1527) que la bande (du) cappitaine bonyvat passat et allat louger a Romaignhat Ceyrat oulme (Opme) Saulzet, Clemensat boysagoulhs (Boisséjours) et autres villaiges circonvoisins, les habitants firent demeurer les esleucts affin que le peuple de la ville ne sortit point dehors la ville et pour cause qu ils se dobtoient que les gens d armes vinssent en ceste ville ainsi qu on disoit que la volloit asalir (assaillir) de nuyt ne (et non) de jour".

 

Il devait s'agir d'une armée conséquente pour que son cantonnement fut réparti sur un aussi grand nombre de localités.

Tant que dura l'alerte, les dispositions suivantes furent prises par les élus Georges Guybeart (ou Guybert) dit Souton et Antoine Vialleneuve, assistés des Commissaires (Commissaires aux réparations) Antoine Annet Courton Bochier et Jacques Bosse Chaptard, du Sergent de ville Pierre Montoloix (on appréciera ce nom évocateur pour un Sergent), et du Clerc Loys Phelupt.

Comme nous allons le voir, il passèrent ainsi plusieurs nuits sans dormir, à la belle étoile, visitant sans relâche les portes et les remparts pour veiller à la bonne exécutions de leurs instructions:

 

"Le dict jour mesme les dicts esleucts ensemble les deux commissaires devers le soir de bonne heure commanderent le guayt (le guet) par les quatre portes de la ville et murailhes six hommes a chesque porte toute la nuyt parce qu il avoit este dit par les habitans que l on fict gros guayt par ce qu il estoit bruit que les gendarmes devoient venir en ceste ville de nuyt ne (et non) de jour. Ampres qu ils heurent commande le guayt et suyvy les portes pour voir et scavoir si le guayt estoit venu et arive a chesque porte ils s en allarent sopper ensemble".

 

Après cette collation  réparatrice, qui ne leur coûta que deux sous et neuf deniers, ces honorables personnages "demeurarent toute la nuyt ampres (auprès) du guayt et le visitarent de porte en porte toute la nuyt. Ils bailharent et donnarent deux pots de vin (environ 30 litres!) au guayt pour leur donner à boyre ainsi qu il avoit este dit et ordonne par les habitants"! De nos jours, cette sympathique distribution de vin aurait été assurément remplacée par une pause café, plus propice à tenir nos guetteurs bien éveillés!...

Le lendemain dimanche, après avoir "vacqué tous quatre ampres le guayt toute la nuyt sans boire ne manger", "ils visitarent les gardes des portes devers le matin" et allèrent dîner.

L'après midi du même jour, les deux Élus et l'un des Commissaires, Antoine Annet Courton, "s'en allarent a Clermont pour achapter de la poudre de canon et de(s) pierre(s) de plum (plomb) pour les acabiutes (acquebutes) qui sont en ceste ville par le commandement et ordonnance des habitants".

 

Comme on le voit, les Élus craignaient que leur ville eût à subir un siège en règle. Ils s'en furent donc courageusement à Clermont pour s'approvisionner en munitions supplémentaires. Là, ils achetèrent deux livres et demi de poudre et cinquante deux balles, pour la somme d'une livre tournois. Les balles devaient être de gros calibre, et pouvaient même fort bien se présenter comme de petits boulets, pour armer les "acabiutes".

Je pensais que ces armes à feu étaient probablement très lourdes et difficilement transportable, comme le sont les couleuvrines et qu'elles devaient être installées à poste fixe derrière les "canardières" des tours de l'enceinte.

Toutefois, on peut en lire une description dans l'ouvrage illustré "Costumes militaires français de 1439 à 1789", tome 1, par MM de Noirmont et de Marbot, Paris, Clément Éd. 3 rue des Saints-Pères, planche 15, Infanterie, 1507: "Quelques soldats portaient des bâtons à feu ou hacquebutes courtes et de petit calibre. Cette arme n'était que des coulevrines à main perfectionnées. Elle était pourvue d'un serpentin qui, mis en mouvement par un ressort, approchait de l'amorce la mèche allumée. C'était alors une invention récente. Le nom d'acquebute qu'on trouve employé dans quelques historiens de la fin du XVe siècle, et qui remplace définitivement, à l'époque dont nous parlons, celui de coulevrine, dérive de l'allemand haken-büchse (arquebuse à croc)..." (voir lithographie de David ci-dessous).

 

 

Planche 15, infanterie, 1507, LOUIS XII, Hacquebutier. Coll. pers.

 

Les Élus rapportèrent ces munitions le soir même à Beaumont où, "amprès vespres, Jacques Bosse, Commissaire, ensemble Loys Phelupt, clerc de la dicte ville, commandit le guayt pour toute la nuyt es portes de la ville le nombre de XIII hommes. Amprès que les esleucts et Corton commissere furent venus de clermont qu estoit bien tard, il suivyrent le guait par les portes de la ville (pour) voir si le guayt et personnes commis y estoient tous et se trouvarent tous a chesque porte (puis) ils s en allarent sopper tous cinq (...) Ampres qu ils heurent soppe, ils suivyre les portes pour voir le guayt s il dormoit et si y estoient trestous toute la nuyt de porte en porte ils donnarent a boyre le nombre et quantite de dix huit quartes de vin"!...(environ 35 litres). 

 

Ainsi, comme on l'aura compris à la lecture de leur compte rendu fort précis, les Élus vérifièrent ce soir-là consciencieusement que l'effectif du guet, réparti aux quatre portes de la ville, était bien au complet, et que nul ne s'était assoupi. À chaque corps de garde, composé de six hommes, on distribua encore une ration de vin et des chandelles. On peut aisément imaginer ce que dut être pour nos ancêtres beaumontois ces longues nuits d'été, passées à veiller dans la crainte d'une attaque soudaine; on devine aussi l'atmosphère qui devait régner dans ces corps de garde, éclairés à la chandelle, où les hommes, un peu échauffés par le vin et le jeu, se tenaient malgré tout prêts à se saisir de leurs armes à la moindre alerte...

Par bonheur, il ne se passa rien pendant la nuit. Toutefois, le lendemain dimanche 21 juillet, toujours prudents, les "esleucts et commisseres firent rester dans la ville les habitans que n en sortit personne dehors la ville pour la cause des gens d'armes qui desloagarent (délogèrent) le matin de leur lougis (logis) pour ce que tout avoit crainte qu ils vinssent en ceste ville donner une bruslée à la ville (l'incendier) et n y viendrent point graces a dieu".

 

Beaumont évita donc de justesse de devoir héberger un contingent de soudards, contrairement à certains villages voisins moins chanceux, ou moins bien fortifiés, où la soldatesque s'était installée pour un temps. Les beaumontois pouvaient donc craindre que ceux-ci, vexés de n'avoir  point été reçus, ne revinssent nuitamment en force, pour assaillir et occuper la ville. La veille, "environ mydy du dict jour", ils avaient tout de même cherché à se les concilier en "donnant à manger et a boire a deux gens d'armes a la porte Royal"! Il est probable que le passage de ces troupes ne se faisait pas sans dommages pour les cultures et les vergers environnants, sans parler des troupeaux laissés dans les prés...

--o--

 

1-2-Au Moyen Âge et au XVIe siècle - Les guerres: guerres d'Italie, guerres de religion, guerre de la  Ligue:

 

On s'accorde à dire que le XVIe siècle fut avant tout celui de la Renaissance. Il fut aussi celui des guerres d'Italie: Commencées sous le règne de Louis XII, elles se poursuivirent sous celui de François 1er et ne cessèrent qu'en 1559, à la fin du règne d'Henri II. Suivirent les guerres de religion, commencées en 1562 et terminées avec Henri IV et son Édit de Nantes promulgué en 1598.

 

Si les troubles liés aux guerres religieuses furent souvent directement supportées par les populations (qui en furent même parfois les acteurs), les guerres d'Italie, menées par le roi sur des théâtres lointains, n'en furent pas moins ressenties douloureusement par nos ancêtres qui durent -comme on le verra- contribuer à l'effort de guerre sous des formes diverses.

Ainsi, le financement des guerres d'Italie augmenta le poids des impôts royaux, entraînant le recouvrement de "crues" ou suppléments de la taille.

 

Après le succès bien connu de Marignan le 13 septembre 1515 vint la défaite de Pavie le 24 février 1525, la capture du roi François 1er par Charles-Quint, son emprisonnement à Madrid, puis sa libération sous condition de respecter le traité de Madrid (14 janvier 1526) (*) et de laisser ses enfants en otage (le dauphin François et le duc d'Orléans futur Henri II).

À l'initiative de Louise de Savoie, mère du roi et régente du royaume en son absence, les enfants royaux ne purent être récupérés que le 1er juillet 1530, après quatre années de détention, aux termes du traité de Cambrai du 3 août 1529 et au prix d'une lourde rançon et du mariage de François 1er et d'Éléonor d'Autriche, sœur de Charles-Quint...Ces événements et la guerre qui continua sous son règne entraînèrent des dépenses extrêmes que durent supporter les contribuables.

(*): ce qu'il ne fit pas, en poursuivant la guerre malgré le traité et en abandonnant ses enfants à leur triste sort...

 

Ajoutons que le passage des gens de guerre souvent sans scrupule, et qu'il fallait héberger, maintint pour longtemps un climat d'insécurité dans les campagnes et nos ancêtres durent rester vigilants, de jour comme de nuit, derrière l'enceinte de leur petite localité fortifiée, que leurs "commissaires aux réparations" devaient entretenir en bon état défensif...

 

Enfin, à plusieurs reprises, les habitants furent requis d'équiper de pied en cap un soldat, comme ce fut le cas le samedi 15 juillet 1542:

 

Les élus "fermarent les portes (de la ville) et firent assemblée générale". Il "fust advisé par la dicte assemblée qu'ils allassent à Clermont chercher un pyonier". Notons au passage qu'il s'agissait assurément d'un pionnier, tels que le définissent les ouvrages spécialisés, c'est à dire d'un soldat chargé d'aplanir le terrain pour le passage de l'artillerie, et de procéder aux terrassements et aux creusement des ouvrages militaires nécessaires à l'attaque ou à la défense des places fortes (c'est ce qu'on appellera plus tard des sapeurs). Des bataillons de pionniers furent constitués à cet effet dès le règne de François 1er (*).

 

Nos élus se rendirent donc à Clermont pour recruter un candidat et ne tardèrent pas à en louer un, non sans avoir bu et soupé comme il se doit. Le lundi, on s'occupa de son habillement. Ce fut là encore l'occasion d'un repas (**) à Clermont où l'on acheta le drap nécessaire pour faire confectionner l'uniforme par un maître tailleur.

 

Le mardi, ils retournèrent à Clermont avec leur pionnier pour quérir son habit et acheter son équipement: une "barghe" (casque?), des "chosses" (chausses), une "peyre de solliers", "ung bonnet et plume", "ung parpoing de toille", "la sainture de l'espée", la "tranche de fer" (bêche?) et, pour décorer le tout, une"douzaine d'aiguilhetes". On en profita bien sûr pour "gaulter et soupper".

 

Le mercredi, on lui fit endosser son bel uniforme pour l'accompagner à la "monstre", c'est-à-dire à la revue militaire, puis l'on prit deux repas, non sans avoir complété son équipement par "ung coullier", une chemise, et une épée.

 

Le jeudi, enfin, les élus jugeant sans doute que leur recrue était tout à fait présentable, l'accompagnèrent à Clermont où Messieurs les Élus du Roi ordonnèrent son départ pour Lyon. On se sépara donc. Notre jeune recrue reçut son premier "salleyre de pyonier" et, en guise de viatique, une "quarte de vin (environ 2 litres) et des poyres". Sa besace ainsi remplie, notre pionnier s'en fut vers son destin...

 

(*): Voir l'Histoire de l'Armée Française, par le Général Weygand, Flammarion, 1938 et l'illustration en annexe tirée de son livre.

 

(**): On ne saurait leur reprocher d'avoir pris ainsi un peu de bon temps, comme nous dirions aujourd'hui, car leur tâche -même s'ils n'étaient élus que pour un an- était somme-toute très ingrate; non seulement ils devaient collecter les impôts auprès de leurs concitoyens (taille royale, crues, taille de la Toussaint de madame l'abbesse, revenus de la charité, et diverses collectes pour se rembourser des dépenses qu'ils engageaient dans l'exercice de leurs fonctions), mais ils étaient également cautions solidaires devant les Élus du Roi si d'aventure ils ne parvenaient pas à obtenir dans les délais prévus les impôts exigés. Dans ce cas, ils devaient s'acquitter des sommes sur leurs propres deniers. Mais avant d'en arriver à cette extrêmité on les voit -ce qui n'étaient pas rares- aller "pleurer" un délais supplémentaire à Clermont auprès des Élus Savaron, Nesson, Terrolles et autres auxquel ils fallait "graisser la patte" par de menus cadeaux: "chappons, canards, oyes saulvaiges", et même des "formes" (fourmes). Je dois à la vérité de dire que certains, comme Savaron, refusaient toute gratification!

Parfois, ils étaient contraints d'emprunter: ce fut le cas le mercredi 3 juillet 1527, où ils durent aller frapper "en sept ou huit maisons et marchants de Clermont pour voir si quetand leur presteroit dix livres tournois pour faire le dict payement et ne touvarent personne qui leur voulsit prester..."

 

 

1-Nos parents et le service militaire (1ère partie:Moyen Âge, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles).

Les pionniers au XVIe siècle. Illustration tirée de l'ouvrage du général Weygand.

1-Nos parents et le service militaire (1ère partie:Moyen Âge, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles).

Le costume de notre pionnier équipé par les beaumontois devait ressembler à celui de l'homme assis, dans ce train d'artillerie du XVIème siècle. Un attelage d'artillerie au XVIe siècle. Gravure exposée aux archives de la Défense à Vincennes.

......

 

 

Les bandes armées vivaient au détriment des populations; c'est ainsi que Beaumont dut supporter les garnisons, c'est à dire l'occupation de leur ville par la soldatesque dont les habitants devaient assurer les frais de séjour... 

 

Ces garnisons furent imposées à plusieurs reprises aux beaumontois, soit lorsqu'ils se virent dans l'incapacité de régler à temps le montant de la taille ou des crues, soit dans le cadre d'une mesure générale décrétée par le Gouverneur de l'Auvergne. Le compte consulaire de 1536 fait état des "Garnysons establyes au Bas Pays d'Auvergne par le Roy nostre sire, de la bande (troupe) de feu Monseigneur le Duc d'Albanye (*) de laquelle fust bailhé au dict Beaumont ung homme d'armes et deux archiers". Les élus allèrent à Clermont pour tenter d'en être exemptés: ce fut peine perdue... 

 

 

"S'ensuyt la despan(se) que les manans et / h(abi)tans de beaulmont on(t) faict Sur le / faict des granysons establyes au bas / pays d auvergne p(ar) le Roy n(ost)re sire de / la bande de feu mons(eigneu)r le duc d albanye / de laquelle fust balhe aud(it) beaumont / ung homme d armes et deux archers".

 

(Je ne puis m'empêcher d'observer ici que les 250 pages des comptes consulaires dont j'ai fait la transcription complète en 1980 sont à l'image de ce texte...La paléographie du XVIe siècle est assurément la plus redoutable...)

 

Les deux archers, qui s'appelaient De Galhion et Armanhac, vinrent le lundi 26 juin 1536 à Beaumont avec deux pages et cinq chevaux. Au bout d'une semaine, logés chez Gaspard Auberoche, hoste, leur dépense en "chandelle, huylle, beurre, verghust, et vin aygre" commencèrent à inquiéter les élus, ainsi que celle de leurs chevaux qui avaient consommé "5 quintaux de foin et 60 mesures d'avoine". La saison était froide et pour se chauffer, nos archers brûlèrent deux cordes de bois. Ils ne vidèrent les lieux que le 16 juillet!

 

J'ignore si le "verjus" et le "vin aigre" contribuèrent à précipiter leur départ, mais il est permis de le supposer!...

 

 

Portrait par Jean Clouet de Jean Stuart, "Mons(eigneu)r d'Albanie" (1482-1536),  fils de Jacques II d'Écosse. Un beau visage...

 

(*): Le Duc d'Albany: mort peu de temps auparavant, cette même année 1536. Contrairement à ce que j'avais cru autrefois, ce nom, Albany (ou Albanie), ainsi associé à celui des Stuart, ne vient pas d'une ancienne forme du nom de la ville et terre solognote d'Aubigny, qui fut donné en 1443 par Charles VII à Jean Stuart de Darnley, en récompense des services rendus au cours de la Guerre de Cent Ans par ce prestigieux chef de l'armée écossaise qui contribua à chasser les anglais. Ce personnage, décédé le 12 février 1429 à Rouvray Saint Denis pour la défense d'Orléans assiégé fut inhumé dans la cathédrale d'Orléans sous le nom de "John Stewart (Stuart) of Darnley, connétable d'Écosse seigneur d'Aubigny" avec son épouse Élisabeth. Cette plaque que j'ai photographiée en juillet 2020, fut déposée par l'association Alliance France-Écosse dans la cathédrale: 

 

 

 

Albany, ainsi traduit dans la langue anglaise, est dérivé du nom d'origine gaélique donné au royaume d'Alba qui, après avoir désigné l'ensemble de l'île de Grande-Bretagne, (d'où le surnom bien connu de celle-ci: Albion), désigna ensuite uniquement le royaume d'Écosse, puis seulement un duché au nord du fleuve de Forth. 

Jean Stuart, Gouverneur de l'Auvergne, du Bourbonnais et du Forez, comte de la Marche, fut marié en 1505 à Anne de la Tour-d'Auvergne, et devint ainsi comte d'Auvergne et de Boulogne.

Nommé Gouverneur de l'Auvergne en 1527, après le décès en 1526 à la bataille de Pavie de son prédécesseur le Maréchal de Lapalisse, premier gouverneur qui avait été nommé par François 1er en 1523, Jean Stuart fit son entrée solennelle à Montferrand cette même année 1527; les Montferrandais l'accueillirent sous un dais frangé d'or, au son de six trompettes, d'un fifre et de cinq tambourins; on l'accompagna ainsi jusqu'à la salle du Saint Esprit. Il resta trois jour, couchant modestement dans la chambre d'une maison apprêtée pour l'occasion (cf H. et E. du Ranquet, "Les vieilles Pierre de Montferrand d'Auvergne", de Bussac, Clermont, publié en 1969 par les Amis du Vieux Montferrand).

D'après Jean-Baptiste Bouillet, ses armes étaient celles de l'Écosse: "D'or, au lion de gueules, enclos dans un double trecheur, fleuronné de même". (Nobiliaire d'Auvergne, par Jean-Baptiste Bouillet, Clermont 1852, tome VI, p. 265). 

 

 

Toutefois, celles qui doivent être ses véritables armes figurent sur un sceau conservé aux Archives Nationales et sur un vitrail de la Sainte-Chapelle de Vic-le-Comte (on ne s'étonnera pas d'y voir, écartelées en un et trois, les armes des Stuart sur celle d'Anne de La Tour-d'Auvergne, puisque sa mère avait épousé elle-même un Stuart. En deux et quatre, on trouve d'ailleurs ses propres armes: une tour et un gonfanon. 

 

 

Armes de Jean Stuart Duc d'Albany et d'Anne de La Tour -d'Auvergne.

Vitrail de la Sainte Chapelle de Vic-le-Comte, D'après une gravure de Baluze (Histoire généalogique de la maison d'Auvergne, 1708). 

(Jean Stuart, en 1511, transforma la chapelle romane du château en Sainte-Chapelle pour y abriter un fragment de la couronne d'épine et de la Sainte Croix. Cf. "Vic-le-Comte" par François Desoulières, Directeur-Adjoint de la Société Française d'Archéologie, in Congrès Archéologique de France, 87e session, Clermont-Fd, 1924, par la société française d'archéologie, Ed. Picard, Paris, 1925).

 

La notice du nobiliaire précise:

"ALEXANDRE STUART, duc d'Albanye, , second fils de Jacques II, roi d'Écosse, ayant disputé la couronne à Jacques III, son frère, vint se réfugier en France, où il épousa, au mois de janvier 1479, Anne de la Tour-d'Auvergne, fille de Bertrand VII, sire de la Tour, comte d'Auvergne et de Boulogne, et de Louise de la Trémouille. Il en eut un fils qui suit:

"JEAN STUART, duc d'Albanie, comte de la Marche, qui fut marié le 13 juillet 1505 à Anne de la Tour-d'Auvergne, sa cousine germaine, fille de Jean III, sire de la Tour, comte d'Auvergne et de Boulogne,, et de Jeanne de Bourbon. Jean Stuart fut gouverneur de l'Auvergne, du Bourbonnais, du Beaujolais et du Forez. Il accompagna Louis XII et François 1er dans leurs campagnes d'Italie; commanda en chef l'armée destinée à la conquête de Naples en 1525, et la ramena en France après le désastre de Pavie. Jean Stuart et Jeanne de la Tour moururent sans enfants: elle au château de Saint-Saturnin en juin 1524; lui au château de Mirefleurs, le 2 juin 1536. Ils furent tous deux inhumés dans la sante chapelle de Vic-le-Comte, qu'ils avaient fait construire et qu'ils enrichirent. Anne de la Tout-d'Auvergne avait pour unique sœur Magdeleine de la Tour-d'Auvergne, mariée en 1518 à Laurent de Médicis, neveu du pape Léon X, duquel mariage naquit une fille unique, Catherine de Médicis, comtesse d'Auvergne et dame de la Tour, du chef de sa mère, laquelle ayant épousé le Dauphin de France (futur Henri II), devint reine après la .mort de François 1er en 1547.    

 

Dans "L'Histoire de l'Auvergne" du chanoine Pierre Audigier, 1899; publié dans les Mémoires de l'Académie de Clermont (2e série, fasc. 7, Imp de Bussac, 1966), on trouve les précisions suivantes:

"Anne de La Tour, dite de Boulogne, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, Duchesse d'Albanie, épousa Jean Stuart, duc d'Albanie. N'ayant point eu d'enfants, elle institua son héritière universelle Catherine de Médicis (épouse du roi Henri II), sa nièce, fille de Madeleine de La Tour, sa sœur, et de Laurent de Médicis, duc d'Urbin, neveu du Pape Léon X" (page 321).

Il précise plus loin en s'inspirant des récits de Baluze, auteur d'une "Histoire généalogique de la maison d'Auvergne":

En 1525, François 1er, assiégea Pavie et entrepris en même temps de conquérir les royaumes de Naples et de Gênes; il partagea son armée, retenant une partie et confiant l'autre au duc d'Albanie. Celui-ci, apprenant la capture du roi, et bien qu'ayant progressé dans la conquête, ramena ses troupes en France et essuya le courroux de Louise de Savoie, mère du roi et régente du royaume en son absence, qui lui attribuait la responsabilité du partage de l'armée et de la capture de son fils. Elle l'invita à quitter la cour et lui aurait dit: "Adieu, Prince sans terre", et le duc, qui était d'une naissance à ne point souffrir un tel mépris, lui dit avec beaucoup d'aigreur: "Adieu, princesse sans honneur"! Il revint dans son château de Mirefleurs et mourut, 5 ans après Louise de Savoie, en 1536, dans son château de Dieu-y-Soit. Il fut enterré dans la Saint Chapelle de Vic-le-Comte.  

 

On trouve dans l'"Histoire de l'Auvergne" réalisée collectivement par Manry, Fournier, Craplet, Charbonnier, Leclerc, Poitrineau etc (Privat Éditeur, 1974) un passage édifiant sur le poids de la guerre supporté par les habitants et "des dévastations faites par nombre d'aventuriers, qui sillonnaient le pays et opprimaient les populations, ce qui nécessitait la levée de subsides afin de les chasser du pays; en 1525, les élus de Clermont priaient le Gouverneur, le duc d'Albany, de refouler d'Auvergne "grant nombre de gens sans adveu faysans de grans maux", signalés à Saint-Gervais comme à Maringues". "Appauvries par les pillages, les populations durent pourtant approvisionner les armées royales, le gouverneur exigeant la collecte des blés emmagasinés dans les greniers du pays pour les mettre à la disposition du roi en Dauphiné".

Évoqué également dans "L'histoire vue de l'Auvergne", de Manry, Sève et Chaulange, T1, Fasc.1, page 222. Imp. de Bussac, 1959.

 

 

 

Cavaliers en harnois complet au XVe siècle (Metropolitan Musem of New-York - salle des armures - photo Jacques Pageix 2016). Les gendarmes qui parcouraient l'Auvergne étaient certainement moins "rutilants" . Ceux-ci appartiennent probablement aux fameuses "compagnies d'ordonnance" créées (par ordonnance royale d'où leur nom) en 1445 par Charles VII.

 

 

 

Comme on l'a dit plus haut, à cette époque et les années suivantes, les habitants durent subir de lourdes impositions, auxquelles s'ajoutaient des "crues". Le désastre de Pavie (1526) se soldat par le catastrophique traité de Madrid (1526); le traité de Cambrais (1929) marqua une brève réconciliation entre François 1er et Charles-Quint, et la guerre reprit en 1537. Plus tard, avec l'avènement d'Henri II, la situation ne s'améliora guère...    

 

.......

 

Enfin, en 1576, en pleines guerres religieuses, les beaumontois, qui savaient décidément bien manier l'épée (*), furent requis par le gouverneur de l'Auvergne, Monsieur de Saint-Hérem, alerté par les échevins de Clermont, pour se porter sans tarder au secours de la ville de Saint-Amans-la-Chaire (ainsi appelait-on la ville de Saint-Amant-Tallende), assiégée par le redoutable Capitaine Merle (voir le dessin de Guillaume Revel ci-dessous).

On organisa une sortie avec cent arquebusiers, "les forces de la ville de Montferrand, et autres habitans d'Aubière, Beaulmont et Le Crest devront s'acheminer a diligence vers la dicte ville pour la reprendre ou pour le moins obvier que les ennemis ne se renforcent dans icelle!" (Délibération de l'assemblée des habitants de Clermont du 20 janvier 1576).

 

Saint-Amand au XVe siècle. Armorial de Guillaume Revel, page 100.

 

Abandonnant le siège de St-Amand, Merle poussa son armée jusqu'aux portes de Clermont puis s'empara finalement de Pontgibaud. Durant cette sombre période, l'abbesse de Beaumont dût se réfugier avec ses filles à Clermont.

(extraits de "Beaumont au XVIe siècle", Jacques Pageix, 1992). 

 

Quelques remarques sur le port de l'épée:

 

Il est naturel que les beaumontois, chargés d'assurer la défense de leur ville, fussent armés et habitués au maniement des armes.

Ce fut d'abord les armes blanches, épées, lances, "forchats", coutelas, etc., auxquelles s'ajoutèrent par la suite des armes à feu telles que les fameuses "acabiutes" et autres coulevrines.

Évidemment, le port des armes devint une habitude et, au delà de la noble fonction à laquelle elles étaient destinées, la défense de leurs concitoyens, nos aïeux n'hésitaient pas, comme on va le voir dans les notes ci après, à en faire usage pour des conflits privés...     

   

(*): Ils n'hésitèrent pas à dégainer et à se battre à l'épée, lors de rixes qui les opposèrent souvent entre villages, et qui me font penser aux guerres picrocolines contées à la même époque par Rabelais, telle cette bataille qui opposa les habitants de Beaumont à ceux de Boisséjour en 1547. Les deux paroisses se disputaient à propos de l'emplacement sur lequel on devait faire brûler les broussailles et la paille. La troupe beaumontoise, une cinquantaine d'individus, "en forme hostile et armés et embastonnés d'épées, javelines, forchats et austres bastons, marchant phifre et tabourin en tête", fondit sur les habitants de Boisséjour et les frappèrent, blessant Benoît Bohatier et la femme d'Anthoine Condy-Cynel (Condy évolua plus tard en Cohendy). Un nommé Gérauld Condy se vengea en se saisissant de la javeline d'Annet Grand et sur "la chaude colle" (colère), frappa Gilbert Bertrand qui "cheut à terre et alla de vie à trespas" . Géraud Condy dût s'absenter le temps d'obtenir une lettre de rémission du Roi Henri II...

(Trésor des chartes, lettres de rémission).

 

Au Moyen Âge, le port de l'épée était manifestement courant à Beaumont, les habitants étant armés pour répondre aux exigences du service militaire du guet: en effet, ils devaient assurer des tours de garde aux portes et aux remparts, conformément à la transaction passée avec l'abbesse en 1372 au sujet des fortifications. 

 

D'autre part, les registres de justice de l'abbaye font état de sanctions infligées à des particuliers qui ont blessé, voire tué l'un de leurs semblables d' un coup d'épée:

-En mars 1371, Pierre Mitro, fut condamné pour meurtre à l'exil.

-En janvier 1372, Jehan Benayas dut payer 7 sous d'amende pour avoir porté un coup d'épée (gladium, qui a donné glaive) dans le ventre de l'un de ses concitoyens!

-Dans la nuit d'un dimanche de 1374, à une heure du matin, alors qu'il était de garde, Durand Belome vit cinq personnes errer dans la ville, en armes; la femme de Jehan Verninas vint lui dire que Jehan Delhussa, Bonnet Medici, et Jehan Bertrand parcouraient la ville en armes pour tuer son mari! Ne le trouvant pas, il se rabattirent sur une ânesse qu'ils massacrèrent à coup d'épée et prétendirent qu'elle avait été dévorée par des loups! 

(voir "Beaumont, histoire urbaine" , par Jacques Pageix, 1979).

 

En cette fin de XVIe siècle, Beaumont avait cru bon de soutenir le parti de la Ligue; les échevins de Clermont décidèrent, au cours de leur assemblée du 9 décembre 1592, de faire démanteler la ville de Beaumont, dont les habitants "ont tousiours adcisté et favorisé l'ennemy (les ligueurs), faict feu de joye du massacre inhumain commis a la personne du deffunct Roy" (Henri III, assassiné le 31 juillet 1589 par le moine Jacques Clément). Le Comte fut "prié et requis de faire démanteler non seullement le dict lieu de Beaumont, mais aussi le lieu d'Aubière et tous les autres bourgs et villes estans a deux lieux autour de la presente ville qui ont tenu le party de l'ennemy, sans toutefoys permectre aucun pillage..."

(Délibération des habitants de Clermont du 9 décembre 1592).

 

Je cite cet autre épisode de l'histoire de Beaumont, car j'ai eu récemment connaissance par mon cousin érudit d'Aubière, Pierre Bourcheix (*), d'un testament rédigé le 10 mars 1593 par le notaire d'Aubière, Maître Aubeny, à la requête de Saturnin Cohendy Daujau, "blessé d'ung coup d'arquebusade qu'il a receu ce jourdhuy dans la cuisse, par ceulx tenant le party de la ligue(Réf.: Testament de Saturnin Cohendy Daujou du 10 mars 1593 (Me Guillaume Aubeny Archives Dép. du Puy-de-Dôme – 5 E 44 8).

(*): Pierre Bourcheix est président du Cercle Généalogique et Historique d'Aubière et du musée de la vigne et du vin aménagé dans les caves d'Aubière. Il est à l'origine de nombreuses manifestations (par exemple, des retrouvailles entre Aubière et des descendants des soldats américains qui y furent cantonnés en 1917/1918).

Parmi les témoins se trouvait le chirurgien qui l'opéra probablement: Estienne Ludesse, Maître chirurgien de Clermont. Le nom de Cohendy était celui de mon arrière-arrière grand mère Anne Cohendy, épouse de Pierre Pageix. Un cousin Cohendy fut Maire de Royat à la fin du XIXe siècle. Citons aussi Michel Cohendy, Archiviste du Puy-de-Dôme, auteur d'une histoire de l'Administration civile en Auvergne (1856) et plus récemment, Christiane Cohendy, actrice née à Clermont-Fd; Molière, filmographie imposante ("la passante du sans soucis", etc.). 

 

Un autre épisode de la ligue vécu à Beaumont: la visite du Capitaine de Chappes et du Comte d'Auvergne en 1591:

 

Afin de tenter de replacer cet épisode dans son cadre historique, j'ai préalablement consulté les auteurs suivants: 

 

-André Imberdis; "Histoire des guerres religieuses en Auvergne pendant les XVIe et XVIIe siècles" (Riom, Imp. E. Leboyer, 1848);

 

-Julien Blauf: "Issoire pendant les guerres de religion, chronique des temps d'épouvante, 1540-1622", préfacé par Roger Sève et annoté par André Serre, la Française d' Édition, Clermont-Fd, 1977;

 

-Jehan De Vernyes: "Mémoires de Jehan de Vernyes" , 1589-1593" (Imp Thibaud-Landriot, Clermont, 1838).

 

Aux ouvrages d'Imberdis et de Blauf qui évoquent le Capitaine Chappes, s'ajoute celui du Chanoine Fernand Brigaud, "Maringues 1050-1789", paru dans l'Auvergne littéraire N°212-213, 1972. 

 

Quelques précisions préalables s'imposent: 

 

Henri IV, à peine monté sur le trône, voulut connaître l'esprit et l'état des provinces et demanda donc à des hommes de confiance de son entourage de l'éclairer sur ce point. Pour l'Auvergne, Jehan de Vernyes, Président de la cour des aides de Montferrand et Conseiller d'État, originaire de Salers, rédigea un mémoire à son intention.

   

Vernyes souligne d'abord qu'aux temps de la ligue, cette province ne comptait pas moins de cinq partis:

 

-Le parti royal (Clermont, Montferrand, Cusset, Usson, Thiers et Blanzat;

 

-Le parti du Maine (Riom, Billom, Langhac, Esbreuille, Saint-Germain, Courpières, Herment, Ennezat, Oliergues, La Chaize-Dieu, Latour et Sauxillanges;

  

-Le parti de Nemours: Aigueperse, St-Pourçain, Brioude, Ambert et Arlanc;

 

-Le parti du Comte d'Auvergne: Issoire, Maringues, Vic-le-Comte, St-Amant, les Martres, Cébazat, Nescher, Beaumont, St-Saturnin et Besse.

 

On mesure ainsi l'anarchie qui régnait et l'on imagine les calamités qui s'abattirent sur les populations. Certaines villes fortifiées comme Issoire ou Ambert n'échappèrent pas aux assauts des troupes et furent même successivement aux mains d'un parti, puis d'un autre. Elles durent subir chaque foi avec la même intensité les exactions des troupes qui les assaillaient et les occupaient...

 

Cependant, une majorité de villes, comme Beaumont, échappèrent aux pillages; leurs habitants purent vivre dans une paix relative, derrière leurs murailles, tandis que les campagnes et les villages étaient mis à feu et à sang par les différents partis...

 

Il y eut très peu de "patis" entre les belligérants et les bourgs  qu'ils convoitaient, comme ce fut le cas souvent lors de la guerre de Cent-Ans.

 

Vernyes rappelle ensuite les treize villes principales:

 

"Clermont, Riom, Montferrand, Aigueperse, Billom, Saint-Porçain, Cusset, Issoire, Brioude, Langhat, St-Germain-Lembron, Ebreuille, et Auzon.

 

Il place Beaumont en tête des 52 villes closes!:

 

"les meilleures, écrit-il, sont: Beaumont à l'abbaye dudit lieu, Cébazat, Royat, Nohanen, Gerzat, St-Amant, Pont-du-Château, St-Saturnin, Lempde, Pontgibaud, Ennezat, Combronde, Maringue, Lezoux, Courpières, Thiers, Vic-le-Comte, Ambert, Ardes, Sauxillanges, Massiac, Arlant, Oliergue, Blesle, Vaudable, Besse, Usson, et Châteauneuf".

 

Le Capitaine Chappes que j'évoque ici, joua un rôle important au cours des campagnes de la Ligue: il est cité dans les ouvrages d'Imberdis et de Blauf et aussi dans l'ouvrage du Chanoine Brigaud sur Maringues.

 

C'était une personnalité qu'il m'est impossible de cerner et de définir avec certitude, tant les descriptions des auteurs qui en parlent divergent à cet égard:

-Tantôt, ils en font un valeureux capitaine, à la fois courageux et avisé, dont l'action fut décisive à la bataille du Cros-Rolland le 13 mars 1590 (il y commandait comme "Mestre-de-camp" un corps de troupe au sein de l'armée de Monsieur les Marquis de Chabannes-Curton et de Chazeron qui défit celle du Comte de Randan, ligueur). 

-Tantôt au contraire, il est décrit comme un soudard sanguinaire qui écumait la région, tuant, violant et pillant les populations des campagnes!

 

Chappes s'empara de Lezoux par escalade le 24 janvier 1592 à minuit, mais un peu plus tard, le Comte d'Auvergne eut besoin de troupes et dégarnit la garnison installée dans cette ville; le 8 avril, un chanoine ligueur en profita pour ouvrir un passage dans les fortifications aux troupes des ligueurs, qui s'introduisirent dans la ville par surprise. Chappes était au lit malade et fut facilement  massacré et "getté à la voierie"...

Imberdis remarque que" ce brave officier était digne d'une mort moins funeste et plus glorieuse".

 

C'est entre ces deux épisodes que se place la venue de Chappes à Beaumont, accompagné du Comte d'Auvergne, les 5 et 6 mars, le 16 juillet et au cours du mois d'août 1591, soit moins d'un an avant son massacre.

 

Le 5 mars 1591, il vint "gouter et soupper chez Madame" (l'abbesse) (*); on consomma deux quartes de vin à chaque repas (60 litres!). Dans l'ignorance où nous sommes du nombre des soldats invités à se désaltérer on ne peut estimer la consommation individuelle... 

(*): L'abbesse était Claude du Vernet. Il devait s'agir d'une troupe assez conséquente. Les soldats et leurs chevaux furent probablement accueillis dans le vaste enclos de Beauregard à l'Est du monastère, où se trouvait des bâtiments pouvant héberger les troupes ; on pouvait y accéder directement en venant de Clermont par la "porte Rouge".

 

On n'oublia évidemment pas de nourrir les chevaux et l'on fut quérir du foin chez "La Germayne Jozat" (l'une de mes aïeule à la fin du XVIe siècle s'appelait Jozat) et de "l'avoyne" à Clermont. Le total s'éleva à 8 livres et 4 sous. 

 

Le lendemain 6 mars, ce furent les mêmes prestations:

Deux quartes de vin (4 litres) à 14 sols, soit un peu plus d'un sol le litre, 6 pains à 10 deniers l'un; le foin fut acheté chez Jehan Renoux

 

Plus tard, le mardi 16 juillet, Monsieur de Chappes vint dîner et goûter chez Madame avec six de ses gendarmes. On apporta 10 quartes de vin (environ 20 litres!), 13 pains, des "fromaiges" et les chevaux eurent leur ration de foin et d'avoine. On consomma même une épice: le Raifort...

 

Le jour de saint Barthélémy (24 août), un trompette vint a Beaumont annoncer la venue de Monsieur le Comte d'Auvergne et apporter une lettre; il fut suivi du cuisinier ("cussynyer") du Comte et le lendemain 25 août, Monsieur de Chappes dépêcha son laquais pour répondre à "Monseigneur le Compte". On envoya "troys bouviers avec trois payres de bœufs pour aller mener les piesses (d'artillerie) à Lempdes". Le 26, on acheta du foin à Pierre Jozat; ce jour-là, tout comme les suivants, jusqu'au 31 août, on continua à entretenir les soldats et les serviteurs. Le 31, on reçut la visite de Monsieur de Chappes et de Monseigneur le Comte qui venaient de Brioude.

 

Au total, la dépense, assurée par les habitants et leurs deux élus s'éleva en argent à 41 livres 14 sols,  et en vin à 49 quarte soit 196 litres...    

  

 

 

Charles de Valois, Comte d'Auvergne (1573-1650), fils de Charles IX et de Marie Touchet sa maîtresse. (coll.pers.)

Noter sur les armes du Duc (trois fleurs de lys) la barre inclinée qui indique qu'il est un fils naturel du Roi.

 

--o-- 

 

Ce petit livre relié en parchemin, daté de 1586, me vient de mon grand oncle Joseph Pageix. Son auteur est un religieux: Noël Talle-pied, de l'ordre de Saint-François du Couvent de Pontoise. Il se présente comme une "Œuvre de  longtemps désiré de tous vrays Catholiques", et contient "l'origine des institutions, statutz, ordonnances, ceremonies & Estatz d'icelle"...De tels ouvrages, destinés à vanter les mérites de l'église catholique (en les comparant aux autres), venaient à point, en fin de guerres religieuses, pour la "défense et illustration" de la (supposée) "vraie" religion...

 

 

 

 

--o-- 

 

Bibliographie pour ce chapitre:

 

Marcel JUILLARD (mon grand père évoqué dans le chapitre suivant):

1- "Chronique de la guerre de Cent ans", in revue de la Haute-Auvergne (T. 36, 1959, et 37, 1960). Cette publication, citée par Manry dans son histoire de l'Auvergne, fut malheureusement interrompue par son décès survenu en 1961.

2- "Gens d'armes d'Auvergne et du Velay à la fin de la guerre de cent ans et à l'époque de la renaissance", in l'Auvergne Littéraire, 1960.

3- "Gentilhommes d'Auvergne et du Velay au Moyen Âge et à l'époque de la Renaissance", Imp. de Bussac, Clermont-Fd.

4- "La vie populaire à la fin du Moyen Âge en Auvergne Velay et Bourbonnais d'après la chronique criminelle (XVe siècle)" in Revue d'Auvergne, N° 156, 1952.

 

--o-- 

  

1-3-le XVIIe siècle - L'instauration de la Milice

 

Créé en 1688 par Louvois, Ministre de Louis XIV, elle coïncida avec le début de la guerre de la Ligue d'Augsbourg. En effet, (d'après Weygand), la révocation de l'Edit de Nantes en 1685 entraîna l'émigration (*) de 25000  soldats et de 600 officiers; à cela s'ajoutèrent des désertions en nombre considérable, rendant urgent un renouvellement des effectifs de l'Armée. Notons toutefois que la milice était en principe destinée à des tâches secondaires (défense de fortifications, etc.), contrairement aux troupes régulières (recrutée par des engagements volontaires) qui montaient en ligne. 

 

(*): Émigration ô combien regrettable selon moi: 250 ans plus tard, on retrouvera dans les rangs des unités allemandes des noms bien français, descendants de ces émigrés qui furent contraints de fuir la France après la révocation de l'Edit de Nantes: notamment les fameux pilotes Udet, Galland, Rudel, Marseille, les constructeurs Fiseler et Dornier et bien d'autres...

Marcel Pagnol, dans son ouvrage " Le Secret du Masque de Fer", exprime des propos peu amènes à l'égard de Louis XIV qu'il taxe des pires défauts: fourberie, cruauté, égoïsme et j'en passe, défaut également soulignés par le célèbre mémorialiste de cette époque, le Duc de Saint-Simon, dont il s'inspira probablement.

J'ai découvert en relisant récemment ce passionnant ouvrage où Pagnol montre que le Masque de Fer n'était autre que le frère du roi, que sa vision sur les méfaits de la révocation de l'Édit de Nantes était identique à la mienne. Que l'on en juge:

"La révocation de l'Édit de Nantes, sans le moindre prétexte et sans aucun besoin, et les diverses proscriptions qui la suivirent, furent les fruits de ce complot affreux qui dépeupla un quart du royaume, ruina son commerce, fit passer nos manufactures à étranger où furent construites de nouvelles villes", etc ... Pagnol met bien sûr aussi l'accent sur les meurtres et les pillages autorisés, perpétrés par les dragons, dont les victimes se comptèrent par milliers...

Il ajoute plus loin:

" On s'est toujours demandé pourquoi Louis XIV a commis l'énorme faute que fut la révocation de l' Édit de Nantes, qui avait été le chef-d'œuvre de son grand père Henri IV, le plus grand de nos rois. C'est à cette cruelle erreur que nous avons dû les terribles guerres franco-allemandes de 1870, 1914, 1939. Ce sont les protestants français qui ont fondé la puissance de la Prusse; non pas tout seuls, bien sûr, mais ils ont été le levain de l'industrie allemande, ils ont fourni des cadres aux armées: l'amiral allemand qui organisa la terrible guerre sous-marine en 14-18 s'appelait Arnaud de la PerrièreKeitel, qui commanda l'offensive de 1940, avait des origines françaises, comme Hutier, et combien d'autres..."

Comme il l'avoua sur son lit de mort, l'église lui força la main par l'intermédiaire de son confesseur et directeur de conscience le Père Lachaise.

L'historien Ernest Lavisse, dans son "Histoire de France illustrée" (tome 8 consacré à la fin du règne de Louis XIV) exprime le même avis sur les méfaits et les conséquences de l'émigration protestante:

"Les protestants faisaient la fortune de nombreuses villes et régions de France en s'employant dans l'industrie, le commerce et la banque.

"Ces hommes de la R.P.R.(religion prétendue réformée) qui passent dans les pays étrangers s'engagent dans les équipages maritimes comme pilotes, calfateurs, cannoniers, matelots, mariniers et pêcheurs, travaillent à la construction des navires, confection des cordages et des toiles propres aux voiles. Puis, en France même, des résultats apparaissent, sans tarder, de l'exode protestant. Ce qu'on peut ne pas voir, ce sont les pertes intellectuelles : hommes distingués, dans les beaux-arts, la médecine, les sciences, qui s'en vont. Il s'agissait d'une élite trempée par une persécution de cent ans...On écrit de Hollande qu'on y a constaté 75000 Français immigrés. Le nombre des Français qui s'en vont peut être évalué à près d'un million..."

 

 

Le recrutement n'allait pas sans soulever des difficultés, que les Intendants avaient du mal à maîtriser. Ainsi, en 1704, l'Intendant d'Auvergne (Claude Le Blanc, de 1704 à 1708), se plaignait des désertions et constatait "qu'il y a des fripons qui, après avoir pris de l'argent dans quatre ou cinq paroisses, désertent et vont en faire autant dans les provinces voisines"! D'autres se fondent dans des bandes de faux-sauniers.

Ces hommes sans scrupules s'offraient en qualité de remplaçant auprès d'une paroisse qui devait fournir un milicien, puis disparaissaient une fois rétribués, pour reparaître dans une paroisse éloignée et y commettre les mêmes forfaits.  

Pourtant, comme le reconnaît l'Intendant, très magnanime, "on ne pourra punir tous ceux qui désertent car il n'existe pas de Conseil de guerre pour les juger"...En marge, le destinataire de la lettre écrivait: "Il ne faut pas de Conseil de guerre pour cela, l'ordonnance permet de les envoyer aux galères sans autre forme de procès". (Extrait de "La milice d'Auvergne, 1688-1791", par Pierre Laporte, Ed. G.de Bussac, Clermont-FD, 1956et "L'histoire vue de l'Auvergne" par Manry, Sève et Chaulange, Ed. G. de Bussac, Clermont, 1959). 

 

Les Milices Provinciales ainsi créées constituèrent une forme de recrutement obligatoire, en vigueur jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

 

Le règlement royal du 29 novembre 1688, suivi de l'ordonnance du 15 décembre 1688 fixait le rôle des Intendants de province (*), chargés d'établir par élection et au sein de chaque paroisse le montant des impositions et le nombre d'hommes à fournir, levés parmi les hommes célibataires ou mariés sans enfants, âgés de 18 à 40 ans, et soumis à un tirage au sort que les paroisses devaient organiser. La durée du service était variable selon la période de paix ou de guerre: de 2 à 3 ans à la fin du XVIIe siècle et de 4 à 6 au cours du XVIIIe siècle. Notons tout de même que ces prélèvements en hommes ne s'appliquaient pas à toutes les localités (les plus pauvres en étaient dispensées) et ne concernaient somme-toute qu'un nombre restreint d'individus (le nombre était fonction de l'importance de la collecte). Enfin, les villes avaient la faculté de rechercher un ou plusieurs volontaires qui venait ainsi se substituer au recrutement local. (voir "Mémoire sur l'état de la Généralité de Riom en 1697 par l'Intendant Lefèvre d'Ormesson", publié par Abel Poitrineau, Fasc. VII de l'Institut d'Etude du Massif Central, p.159).

(*): En Auvergne, l'Intendant était alors Jean-Baptiste Desmarets de Veaubourg, en fonction de 1687 à 1692.

 

Ainsi, en 1699, à Beaumont, sous l'autorité de l'Intendant d'Auvergne (Antoine François Lefebvre d'Ormesson, en fonction de 1695 à 1703) on procéda à l'équipement d'un milicien (voir gravures in fine):

 

Un mémoire, dressé en 1699 par Goughon (*), au nom des quatre consuls de la ville, consignait les dépenses engagées pour habiller un soldat, ces dépenses se substituant pour les habitants à l'enrôlement de l'un des leurs. Les obligations des habitants à l'égard de la milice, évoquées dans ce document, ne sont pas sans rappeler celles de notre pionnier du XVIe siècle.

(*): Le notaire royal du lieu, qui était alors l'un des quatre consuls de la municipalité beaumontoise

J'ai déniché cet acte aux archives du Puy-de-Dôme, à la cote 63, 3E 32 DEP/1, ce qui est original, puisque l'ensemble des sources concernant la milice se trouve dans le Fonds de l'Intendance, Séries C):

 

"État et mémoire de ce que les Consuls du lieu de beaumont l'année présente MVIc huitante neuf, ont débourcé et fourny pour le soldas de la Milice premierement 

 

"Chappitre de payement,

 

"Premierement les d(its) Consuls ont baillié et payé la somme de trante huit livres pour l abis du d(it) soldas suivant la quittance signée de savignat et girard du vingtiesme mars 1689 cy......... xxxviii Lt

 

"Plus lesd Consuls ont baillié et payé la somme de dix sept livres pour l'achept de son fuzil qu ils ont achepté pour led(it) soldas suivant la quittance de Martin armurier par devant Ducret No(toi)re Royal du vingt uniesme Mars MVIc huitante Neuf cy.......xvii Lt

 

"(Et) payé aud(it) soldas la somme de six livres dix huit sols pour deux mois neuf jours a Raison de deux Sols par jours le tout suivant l ordre du Roy et ordon(nance) de Montseigneur l Intendant cy....vi Lt xviii S

 

"Plus Ils ont aussy baillé et payé la somme de quarante deux Sols pour achept son paire de soulier qu ils ont donné au soldas pour aller faire les Reveues (revues de détail) cy.......x L ii S 

 

"Plus Ils ont baillie et payé a Josat la somme de Cinq livres pour la valleur d une Espée avecq Son Sainteron que lesd(its) Consuls avoint enpruntée pour donner aud(it) Soldas pour faire les Reveues laquelle Il perdit(!), suivant la quittance dud(it) Josat du Vingiesme may 1689 cy.......v Lt

 

"Plus lesd(its) Consuls ont aussy baillié et payé aud(it) soldas la somme de quarante livres lors de son départ que les habitans du lieu lui avoinct promis lors de son Engagement par l acte de desliberatoire de sa nomination du 3e Jour de fev(rier) 1689 et Suivant la quittance dud(it) Soldas du douze apvril 1689 cy..........xL Lt

 

"Chapitre de despance

 

"Premierement Lesd(its) consuls ont fourny et depance trois livres tant pour l acte de nomina(ti)on papier timbre payement de le (sic) scribbe que depance faicte aveq led(it) soldas et autres la somme de trois livres cy..........iii Lt

 

"Plus lesd(its) consuls ont fourny & depance la somme de quarante Sols qu ils ont depance aveq led(it) Soldas au lieu de St-bauzire le jour de la première Reveue ou pour la Couchée cy..........xL S

 

"Plus la somme de vingt Sols qu ils firent et depance aveq led(it) soldas en la ville de montferrand lors de la seconde Reveue lequel le s(ieu)r bourdaix Capitaine donna Congé aud(it) Soldas cy ....................xx S

 

"Plus lesd(its) Consuls ont baillié et payé a Mr le Recpveur des tailles la somme de Unze livres pour la surpaye des officiers de lad(ite) milice Suivant la quittance du S(ieu)r lascas cy ........xi Lt

(note en marge d'une autre main: "officiers ce n'est pas dans le calcul").

 

"Plus lesd(its) ont depance la somme de douze livres en depance pour la nourriture dud(it) Soldas cy ........xii Lt

 

"Faict et Certiffie le presant memoire estant veritable le premier Juin M VIc huitante (neuf).

"Goughon Consul dud(it) lieu"

 (Le total des dépenses s'élevait à 127 Livres Tournois).

Notons que ce milicien occupa notre consul de février à mai 1699, pour son équipement et son entretien, et pour les participations aux revues (au XVIe siècle, on disait la "monstre", du verbe monstrer). Encore fallut-il à nouveau lui acheter l'épée et le ceinturon qu'il avait perdus!

 

 

1-Nos parents et le service militaire (1ère partie:Moyen Âge, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles).

Enrôlement des paysans pour la milice à Authon (Election de Dourdan), 22 décembre 1705). Le tirage au sort. Au centre, un officier debout tient élevé un chapeau dans lequel un jeune homme tire son billet. (Illustration tirée de l'ouvrage de Weygand-source: Bibliothèque Nationale, Estampes, Qb55).

 

Bibliographie pour ce chapitre:

 

"Mémoires du sieur De Pontis, officier des armées du Roy, contenant plusieurs circonstances des guerres & du Gouvernement, sous les règnes des Roys Henry IV, Louys XIII & Louys XIV", Paris chez Guillaume Desprez, vis à vis de la Tour Notre-Dame, du côté de l'Archevesché, M DC LXXVI (coll. pers.).

Les récits de ce gentilhomme, né en 1580, mort à 92 ans, après 56 ans de vie militaire, nous montrent que le XVIIe siècle, tout comme le XVIe, fut lui aussi une période de guerres continuelles, menée par les rois pour la préservation du royaume.

L'épisode de la prise du Château de Savigny près de Juvisy m'a particulièrement diverti, moi qui ai passé quelques  années de ma jeunesse dans ce même château transformé en lycée...

Toutefois, comme je l'écrivais en 1980 dans mon ouvrage non publié, les siècles suivant furent vécus par les beaumontois de manière relativement paisible: 

"Le XVII ème siècle et le XVIII e siècle furent des périodes de stabilité démographique, en dépit de disettes et d'épidémies particulièrement meurtrières, comme celles qui sévirent autour de 1694, et de 1706 à 1709.

Probablement, les beaumontois les vécurent aussi comme une ère de passivité politique, où la gestion municipale dut en passer par les Intendants de la Province. Ces derniers, ne l'oublions pas, avaient été installés définitivement dans les provinces par Richelieu pour asseoir l'absolutisme royal. Installés pour assurer l'administration provinciale, ils remplacèrent les anciens gouverneurs dont la vocation était surtout militaire" ("Beaumont, essai d'histoire urbaine", Jacques Pageix, 1980.

 

--o-- 

 

1-4-La Révolution; suppression de la milice (le 4 mars 1791, par un décret de la Constituante):

 

Bien qu'elle fut devenue une institution en sommeil, n'étant plus convoquée depuis 1778, et les miliciens en exercice n'étant plus eux-mêmes passés en revue, son impopularité n'en apparaît pas moins dans certains cahiers de doléance de 1789.

Ceux-ci demeurent toutefois mitigés: les uns stigmatisent ces ponctions d'hommes au sein des familles laborieuses des campagnes, car la milice, comme le souligne un cahier, est la "rouille de la charrue, fléau du laboureur"; les autres demandent un aménagement plus égalitaire.

 

Ces ponctions restaient au demeurant très modestes au regard de la conscription obligatoire qui ne tardera pas à suivre avec la Loi Jourdan en 1798...

 

 

Gorgerin XVIe siècle (coll.pers.)

 

VOIR SUITE 2 >> 

 
Partager cet article
Repost0
26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 23:55

SUITE 2

-Quelques aspects sur le service militaire et les guerres,

d'après les archives familiales et publiques (suite; de la

Révolution à nos jours).

 

(Brève énumération des archives documentaires et photographiques et des souvenirs et de leur provenance: familles Pageix (Ancien Régime, Révolution, Guerre de 14-18), Bardin (guerre de 1870/71), Juillard (guerres de 14-18 et de 39-40 Résistance, Poche de Royan), Calmès (chantiers de jeunesse; carnets, chants), Laumière (service en Corse, cahiers de chant, guerre de 14-18), etc.

Faire un schéma pour situer les parentés). 

--o--

 

2-1-La Révolution: du volontaire au conscrit.

 

Comme on pourra le constater, ce chapitre consacré au service militaire pendant la Révolution est certes un peu long; toutefois, je n'ai pu m'empêcher de m'intéresser à l'état d'esprit de nos ancêtres: appelés dans un premier temps à répondre à l'appel de leur Patrie en s'enrôlant comme volontaires, ils furent très vite happés par la conscription obligatoire, sujétion toute nouvelle pour eux et leurs foyers, qui les fit participer à l'effort de guerre exigé par la Patrie déclarée en danger, au sein des armées de la République, et qui les entraîna sur des théâtres d'opérations militaires menées dans des contrées lointaines.

Les délibérations municipales de Beaumont, consultées pour les trois premières années de la Révolution, restituent bien l'évolution des mentalités qui se manifesta, depuis l'enthousiasme évident, soulevé par la constitution des Gardes nationales jusqu'au mécontentement provoqué par la conscription, à laquelle on essaiera d'échapper par les remplacements, les certificats de maladie et les désertions pures et simples.

La dernière partie de ce chapitre,  s'appuyant sur les documents puisés dans les archives départementales du Puy-de-Dôme, évoque ce dernier aspect.        

 

2.1.1-La Garde nationale de Beaumont.

 

>>> La première Garde nationale fut celle de Paris, créée le 14 juillet 1798. Le roi Louis XVI nomma à sa tête le marquis de La Fayette.

Le mouvement de la Grande Peur qui, dans les jours suivants, qui affola les campagnes, entraîna la formation, à partir du 20 juillet, de milices sur le modèle parisien.

Créées spontanément, les unités de Garde nationale furent placées sous la tutelle des municipalités par l'Assemblée Constituante, le 10 août 1789.

Clermont organisa au mois d'août une garde bourgeoise, tandis que les communes voisines eurent dans un premier temps des milices hétéroclites, formées à la hâte.

Ces troupes improvisées, qui s'étaient constituées spontanément, participèrent à un rassemblement organisé à Clermont, place des Buges, le Dimanche 6 septembre 1789. On trouve la relation de cette manifestation dans la "Feuille Hebdomadaire pour la province d'Auvergne" du 12 septembre 1789 (Bibl. Municipale de Clermont, A 65007):

"La garde bourgeoise de Clermont, celle de Montferrand, le bataillon des chasseurs d'Auvergne sous les armes, les habitants de Beaumont, d'Aubièr, portant des fusils, des faux, des fourches, rassemblés aux Buges, formoient un spectacle noble, pompeux & terrible.

Les Dames spectatrices tempéroient l'éclat imposant des armes qui reluisaient de toutes parts.

"Vers les cinq heures du soir, MM. les Officiers municipaux, précédant les drapeaux de la garde bourgeoise, arrivèrent. "M. le Comte de Chazot, Colonel du bataillon des Chasseurs d'Auvergne, prêta le serment décrété par l'Assemblée Nationale, en présence de MM. les Officiers municipaux, M. Belaigue, Lieutenant du Maire, portant la parole, firent reconnaître M. le Comte de Chazot pour Commandant, & successivement tous les Officiers dans les différents grades de la garde bourgeoise, dont l'uniforme est bleu, collet, parement & doublure cramoisis, boutons blancs aux armes de la ville, avec cette légende: Nobilissima Arverna Civitas".

2-Quelques aspects sur le service militaire et les guerres, d'après les archives familiales et publiques.

 

2-1-Enumération des archives documentaires et photographiques et des souvenirs et de leur provenance: familles Pageix (Ancien Régime, Révolution, Guerre de 14-18), Bardin (guerre de 1870/71), Juillard (guerres de 14-18 et de 39-40 Résistance, Poche de Royan), Calmès (chantiers de jeunesse; carnets, chants), Laumière (service en Corse, cahiers de chant, guerre de 14-18), etc.

Faire un schéma pour situer les parentés. 

 

----

2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire). Ni
2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire). Ni

 

La Garde Nationale réunie à Paris en 1790: Avignon, Pont-St-Esprit, Maintenon, Chartres, Brest et Paris.  Lithographie de G. David, imp. Lemercier, Paris (coll. pers.)

 

 

>>> À Beaumont, la Garde nationale fut organisée au cours d'une assemblée tenue le 2 mai 1790 sous la présidence du Maire, Antoine Costes (*)

(*): Antoine Costes, notaire, fut Maire en 1790. Ayant été nommé greffier du juge de paix du Canton de Beaumont, il démissionna le 19 décembre 1792, jugeant "que les fonctions de ces deux places sont incompatibles". Étienne Pageix lui succéda à partir du 26 décembre.

Le préambule de cette assemblée rappelait opportunément le rôle de la Garde nationale. Le Maire Antoine Costes exposa "qu'il étoit expédient et de la plus grande nécessité dans la circonstance actuelle de former à l'exemple de toute la France une Garde nationale dans ce lieu à l'effet de veiller à la conservation des récoltes et de maintenir la paix de bon ordre et tranquillité publique et la constitution du royaume".

On passa ensuite à son organisation: "Pour y parvenir, il seroit formé quatre compagnies composées d'un commandant, de 4 capitaines, 4 lieutenants, 4 sous-lieutenants, un porte-drapeau, un adjudant, 4 sergents, 8 caporaux et 48 fusiliers par compagnie".

"Il a été fait choix par acclamation et unanimité des suffrages savoir pour capitaines: Jean Lucquet, Claude Pageix, Michel Bouchet et Antoine Faye, puis pour Lieutenants: Claude Dhomme (Dopme), Pierre Pageix, Georges Tartarat et Amable Lucquet, pour sous-lieutenants Jean Doreyre, Étienne Faye, Georges Pageix et Jean Herbaud, et pour perte-drapeau le Sr Fournaux, pour adjudant le Sr Michel Cohendy et pour sergent major le Sr Austremoine Guibert (le Commandant était Maurice Maradeix). On procéda enfin "à la prestation de serment prescrite par le décret de l'Assemblée Nationale du 7 janvier 1790 sanctionné par le Roy par sa proclamation du 16 mars dernier". Toutefois, "d'après les observations de la présent assemblée", on différa "jusqu'au jour de la bénédiction du drapeau afin de rendre le tout plus solennel".

 

>>> Le 4 mai 1790, Messieurs de Saigne et Dulac, membres du comité militaire de la garde nationale de Clermont, vinrent à Beaumont où ils furent introduits dans la maison commune où se tenait une assemblée en présence du Commandant et du premier Capitaine de la Garde nationale de Beaumont. 

Ces deux messieurs venaient inviter la municipalité et la Garde nationale de Beaumont à "unir leurs sentiments, leurs volonté et leurs forces aux leurs et à cet effet de nommer des députés pour se rendre samedi 15 may prochain en la ville de Clermont à l'effet de régler les conditions d'une confédération irrévocable (...) il leur a été répondu qu'on acceptoit avec reconnaissance leur invitation et qu'on s'y conformeroit avec le zèle le plus patriotique, qu'en conséquence messieurs les officiers municipaux, Commandant et premier Capitaine de la Garde nationale de ce lieu auroint l'honneur de répondre et de témoigner leur empressement à messieurs du comité militaire de Clermont".

 

>>> Le 9 mai; le Conseil général de la commune et les officiers de la Garde nationale tinrent une assemblée pour la nomination des députés qui devaient se rendre le 15 mai prochain auprès de la Garde nationale de Clermont et participer à la réunion générale des Gardes nationales d'Auvergne, pour s'organiser en confédération.

Après concertation avec les municipalités et les Gardes nationales de Ceyrat, St-Genès-Champanelle, Theix, Fontfreyde et Nadaillat composant le canton de Beaumont, on délibéra et l'on proposa unanimement quatre députés pour la commune de Beaumont: le sieur Antoine Costes, maire, Pierre Goughon, procureur de la commune, Maurice Maradeix, Commandant et Jacques Pageix, Lieutenant de la Garde nationale.

 

>>> Le 11 mai suivant,  se réunirent à Beaumont des Commandants et officiers des Gardes nationales des quatre municipalités du canton: les sieurs Levet, Commandant de la Garde nationale de St-Genès-Champanelle, et les officiers des deux compagnies: Ginion, Verdier de Pagnat, Pary, les sieurs Brun-Murol, autres Ginion et brun-Murol, et Vidal, officiers de la Garde nationale établie à Ceyrat, et enfin les sieurs Tort, Reniat et Geneix, officiers de la Garde nationale établie à Theix, Fontfreyde et Nadaillat. À ceux-ci s'ajoutaient les sieurs Maurice Maradeix et Jacques Pageix, représentant la Garde nationale de Beaumont.

Finalement, après délibération et vote, les deux députés commis à l'effet de représenter la Garde nationale du Canton furent les citoyens Jean Luquet, premier Capitaine de la Garde nationale de Beaumont et Levet, Commandant de celle de St-Genès-Champanelle.

Comme on le voit, la désignation de ces deux députés ne se fit pas instantanément et il fallut au contraire beaucoup de palabres pour y parvenir...

 

>>> Le 13 juin 1790 eut lieu la cérémonie de bénédiction du drapeau qui venait d'être acheté, ainsi que la prestation de serment. L'assemblée générale des citoyens fut convoquée au son du tambour et de la cloche. Les sieurs Jean Lucquet, Commandant, et Antoine Faye, Capitaine, allèrent prier le sieur Girard, prêtre communaliste de Beaumont, de se charger de la cérémonie. Ensuite,  "Messieurs les Commandants, Capitaines et officiers de cette milice nationale se sont résolus de rassembler tous les fusiliers composant les quatre compagnies et y étant parvenus, ils se sont tous rendus en ordre dans l'église de Saint-Pierre où la dite assemblée s'est aussi rendue et où le dit sieur Girard a célébré la messe et prononcé un discours analogue aux circonstances et à la cérémonie".

Après cela, tous les officiers et fusiliers rangés en ordre de bataille se sont rendus sur la place publique où ils ont formé un carré et tous ont reconnu le sieur Maurice Maradeix comme Commandant;

-Jean Lucquet, Claude Dopme et Jean Doreyre comme Capitaines, Lieutenant et Sous-lieutenant de la 1ère compagnie;

-Claude Pageix, Amable Lucquet et Jean Herbaud comme Capitaine, Lieutenant et Sous-lieutenant de la 2ème;

-Antoine Faye, Pierre Pageix et Georges Pageix comme Capitaine, Lieutenant et Sous-lieutenant de la 3ème;

-Michel Bouchet, Georges Tartarat et Étienne Faye comme Capitaine, Lieutenant et Sous-lieutenant de la 4ème compagnie;

-Fournaux, comme porte-drapeau;

-Michel Cohendy comme Adjudant et Austremoine Guibert comme Sergent-major.

Tous "on promis obéissance et soumission en tout ce qui concernera le service poue le maintien du bon ordre et tranquilité publique".

 

>>> L'année suivante, le 2 octobre 1791, "les officiers municipaux, en exécution de la loi du 15 septembre et de l'arrêté départemental du 23, faisant proclamer la Loi Constitutionnelle, la Garde nationale en armes à entour une heure du soir, se sont rendus dans l'église de Notre Dame de la Rivière où a été chanté à l'issue de vêpre le Te Deum en action de grâce de l'heureux événement de la Constitution"(...)"Et sur le champ les officiers, soldats nationaux, ont entre les mains du Maire et des officiers municipaux en présence de la commune assemblée La main levée à Dieu prêté serment d'être fidèle à la Nation et à la Loy et au Roy, de maintenir de tout leurs pouvoirs, sur les réquisitions des corps administratifs et municipaux, la Constitution du Royaume et de prêter pareillement, sur les mêmes réquisitions, main forte à l'exécution des ordonnances de justice et à celle des décrets de l'Assemblée Nationale acceptés et sanctionnés par le Roy".

"Cela fait,  toutte la trouppe a défillé à son de tambour et a passé sous le drapaux lequel a été aussitôt porté avec cérémonie chez le Commandant".

      

2.1.2-Les première levées d'hommes:

 

Quelques documents du fonds révolutionnaire des archives départementales du Puy-de-Dôme (Série L), ainsi que les délibérations municipales déjà évoquées permettent de se faire une idée assez lucide sur la conscription militaire et de préciser le contexte de son organisation et les modalités de son exécution.

La loi du 18 juillet 1791 stipulait qu'on ne devait faire appel qu'à des volontaires. Un petit nombre seulement se présentèrent. Des commissaires nommés par le Département pour chaque District (équivalent de l'Arrondissement) furent chargés de faire procéder par les communes aux opérations de recrutement, tout en les laissant libres de choisir entre élection, désignation d'office, ou tirage au sort. Dans la plupart d'entre-elles, on préféra la voie du sort, mais les malchanceux seront néanmoins appelés "volontaires".

Les plus aisés avait la possibilité de s'acheter un remplaçant

 

>>> Le 18 mars 1792, à dix heures du matin, Beaumont fut visité par le commissaire nommé par le Directoire du District, la Garde nationale "s'étant rassemblée aux ordres de la municipalité de Beaumont, chef-lieu de canton" (*). Le commissaire "Ayant rempli ses fonctions telles qu'il en étoit chargé, il n'a sceu que se louer de l'exactitude tant des municipalités que de la garde nationale et a laissé la feuille tenant lieu de registre ainsi que les modèles d'enrôlement à remplir".

(*): Le canton de Beaumont était composé des communes de Ceyrat-Boisséjour, Saint-Genès Champanelle, Theix, Fontfreyde et Nadaillat. Le commissaire nommé pour les enrôlements du canton de Beaumont était un nommé Meyrand, capitaine de grenadiers (L4030).

 

Après la déclaration de guerre à l'Autriche en juillet 1792, et face à la menace des armées coalisées massées à nos frontières, la patrie fut déclarée en danger le 24 août par la Convention Nationale; quelques volontaires se présentèrent spontanément, comme ce fut le cas à Beaumont les 7 et 8 octobre 1792:

 

>>> Le 7 octobre, "le nommé Martin Tixier, fils de Claude, originaire de Manson, paroisse de Saint-Genès Champanelle, demeurant actuellement en ce lieu de Beaumont, a déclaré vouloir s'enrôler volontaire pour la municipalité de Beaumont, attendu qu'il a la taille exigée, n'est âgé que de vingt huit ans, bien fait d'ailleurs". L'intéressé ne sachant signer a fait une croix sur le registre municipal, à côté de la signature du Maire, Étienne Pageix.

 

>>> Le lendemain 8 octobre, "l'an premier de la République", écrit le Maire, "est comparu Joseph Rouger, citoyen du lieu de Gerzat, qui a déclaré vouloir s'enrôler pour volontaire pour la municipalité de beaumont". Il est au dessus de la taille requize et il a vingt quatre ans.

 

 

Soldats de l'an II, par Édouard Detaille.

 

Il y eut toutefois par la suite de nombreuses rétractations, certificats de maladie à l'appui, et les désertions se multiplièrent, si bien que l'on dut recourir rapidement aux levées imposées, avec tirage au sort.

Les municipalités de canton furent chargées d'organiser ce tirage au sort pour fournir les hommes nécessaires à la formation de plusieurs bataillons requis pour le Puy-de-Dôme: 

-Le 1er bataillon, levé en juin 1791, fut envoyé dans l'Ain, puis à l'Armée du Rhin et en Vendée;

-Le 2ème, levé à l'été 1792, partit pour l'Alsace;

-Le 3ème, levé à l'automne de la même année, se destinait à l'Armée du Rhin;

-Les 4ème et 5ème furent envoyés en Vendée. 

À ces ponctions successives s'ajoutèrent en 1793 la contribution du Département à une levée de 300 000 hommes, suivie de la levée en masse assortie d'une nouvelle levée de 200 000 hommes, et sans oublier les levées exigées pour mater les insurrections de la Vendée, puis celles de Lyon, Montbrison et Saint-Étienne...

En effet, la formation de la première coalition après l'exécution du roi le 21 janvier 1793 mit la Convention face à un redoutable problème: il lui fallut d'urgence renforcer les effectifs de l'armée et les équiper. Le décret du 24 février 1793 et la loi du 23 août 1793 prévoyaient l'appel de 300 000 hommes de 18 à 25 ans, "non mariés ou veufs sans enfants"; le Puy-de-Dôme devait fournir 8532 hommes.

>>> À Beaumont, lors de l'assemblée de la municipalité du 9 mars 1793, présidée par le Maire, Étienne Pageix, il fut rappelé que "le contingent pour le département du Puy-de-Dôme était fixé à 8532 hommes et pour la municipalité de Beaumont à vingt et un hommes", et qu'il "sera ouvert à compter de ce jour un registre sur lequel se feront inscrire volontairement ceux qui voudront se consacrer au service de la Patrie". Il ajouta que "l'assemblée ayant mûrement réfléchi a d'une voix unanime adopté le mode de tirage au sort présumant qu'il y aura très peu de citoyens qui se feront inscrire volontairement"!...

 

>>> Le 14 mars suivant, une assemblée municipale fixa les modalités de recrutement par tirage au sort:

Cette assemblée se tint sous la présidence du Maire Étienne Pageix, assisté des officiers municipaux et des notables et en présence du citoyen Charvillat, "administrateur du district de Clermont, nommé pour surveiller le tirage au sort des volontaires du canton de Beaumont, mode adopté par les citoyens de cette municipalité dans leur assemblée générale qui fut à cet effet tenue le vendredy dernier neuf du présent sur la place publique" (...) "il a d'abord été fait par le citoyen Goughon procureur de la commune l'appel des citoyens dans le cas de tirer au sort" (...) "il a été procédé à la vérification des actes de naissance des citoyens qui n'ont pas l'âge requis ou qui ont plus de quarante années" (...) "après cette vérification, le nombre des citoyens dans le cas du sort a été réduit à 89 qui ont été tous mis en haye" (haie). 

Il a été ensuite fait 89 billets contenant chacun un numéro de 1 à 89 à l'effet de fixer la priorité du tirage. Les 89 citoyens sujets au sort ont été successivement appelés suivant l'ordre de la liste et ont pris chacun un numéro qui a fixé la place qu'il devait occuper dans le rang. Et de suite il a été fait autres billets d'un demi quart de feuille de papier chacun, sur 21 desquels étoit écrit le mot volontaire et les autres billets au nombre de 68 étoient blancs. Ces 89 billets ont été de suite ostensiblement mis dans un chapeau et après y avoir été remués pendant plus de deux minuttes, les citoyens sujets au sort ont été successivement apelés au tirage suivant l'ordre cy dessus établi" (...)

Les 9 premiers tirages furent des bulletins blancs;

Au cours des tirages suivants, François Cussat-Blanc (N°10) tira un billet sur lequel était écrit "volontaire". Il en fut également ainsi pour les citoyens Antoine Herbaud (N°15), Michel Jargaille (17), Michel Josat (20) et Jean Josat (21), Pierre Herbaud (23), Toussaint Cousserand (24), Annet Bernard (25), Amable Mommalier (33), Antoine Courtial (34), Pierre Grenier (37), Pierre Sauvat (42), Geneix Rochenard (45), Pierre Gidon (46), Claude Vidal (61), Antoine Quinssat (66), Pierre Diton (67), Georges Bellard l'aîné (71), Jean Gidon fils de François (77), Fiacre Émuy (78), Jean Bayeron (80). 

Au total, le nombre des appelés s'élevait à 21.

Ensuite, précaution indispensable, "les signalements des volontaires ont été pris et écrits sur le modèle envoyé à la municipalité par les citoyens administrateurs du district de Clermont".

 

>>> Le 28 avril, 1793, la municipalité au complet, avec le procureur de la commune, Pierre Goughon (par ailleurs notaire) enregistra une demande de remplacement sollicitée par Amable Bernard, pour son fils Annet qui avait tiré le numéro 25 lors de la précédente assemblée. Le remplaçant, présent, était François Bonnet de Riom. "Le conseil général de la commune , après avoir pris connaissance de certificat de vie et mœurs du dit Bonnet et de son extrait baptistaire l'a unanimement accepté à la charge par les dits Bernard père et fils d'exécuter ponctuellement la loi relative aux remplaçants", c'est à dire d'assurer les frais d'habillement et d'armement du remplaçant, frais auxquels s'ajoutaient bien sûr son indemnisation.

 

>>> L'insurrection de la Vendée (*) entraîna elle-aussi une levée d'hommes à laquelle n'échappa point Beaumont: le 5 mai 1793, suite à l'arrêté du département qui fixait à quatre le nombre de volontaires à fournir par le canton de Beaumont, la municipalité procéda par tirage au sort à la désignation du volontaire qui lui revenait:

"Le conseil général considérant que la voye de l'indication porroit produire de mauvaises suittes a adopté celle du tirage au sort auquel il a été procédé en la manière qui suit: 

"il a d'abord été fait choix des jeunes gens de cette paroisse (sic!) en état de porter les armes; le nombre a été de 27 qui se sont volontairement rendus à l'assemblée sur l'invitation qui leur a été faite. Il a été fait 27 billets contenant chacun un numéro depuis le numéro premier jusqu'au numéro 27 et ce pour fixer la priorité du tirage. Chacun des jeunes citoyens choisis a pris un de ces billets. Il a été ensuitte fait 27 autres billets dans un desquels étoit écrit le mot Volontaire. Ces billets ont été roulés et mis dans un chapeau" (**).

 

(*):  La guerre de Vendée commença en mars 1793 (insurrection des nobles et des prêtres) et ne se termina qu'en février 1795. Les premiers troubles remontaient en fait à 1790 (soulèvement des prêtres contre la constitution civile du clergé). Je ne m'étendrai pas ici sur les causes et le déroulement des événements tragiques de cette guerre civile qui fit plus d'une centaines de milliers de morts et fut le théâtre de tueries et de pillages de part et d'autre (les noyades de Nantes, ordonnées par le cantalien Carrier ne furent pas les moindres).

Au XIXe siècle, des historiens comme Michelet, prenant parti pour la Révolution, minimisaient ces faits en évoquant "ces brigands de vendéens". Au XXe siècle, les massacres perpétrés par les "colonnes infernales" et les noyades de Nantes furent pris en compte par des historiens comme Lavisse.

Les archives de la guerre de Vendée sont rassemblées dans un fonds unique; aux Archives de France, elles forment une série importante de documents mis en ligne .

On y trouve le mémoire du Général de brigade Westermann qui combattit avec Kléber sous les ordre de Marceau. On frémit à la lecture des récits de cette guerre totale où les troupes tuaient, pillaient et incendiaient sans discernement. L'ouvrage "Les Chouans" d'Honoré de Balzac est à mon avis une version édulcorée de ces exactions. On se doit de souligner que ces généraux , contraints de "marcher entre l'échafaud et les combats sanglants", n'étaient pas eux-mêmes à l'abri d'une dénonciation pour le moindre manquement qui entraînait leur suspension et les traduisaient immédiatement devant un tribunal révolutionnaire.

Ce qui suit, tiré du mémoire sur la "Campagne de la Vendée", du Général Westermann se passe de commentaire. Le Général fut contraint de se justifier auprès de Couthon (membre du Comité de Salut Public dirigé par Robespierre), avec qui il entretenait pourtant des liens d'amitié:

 

 

Ce Général se désigne ici comme "L'homme qui a eu le courage de marcher longtemps, sans crainte, entre l'échafaud et les combats sanglants..." (AN AD XVIII C 306-15). Il fut lui-même guillotiné avec Danton le 5 avril 1794.

 

Au-delà de ces descriptions de la guerre de Vendée vue du commandement, j'aurais souhaité connaître ce que fut le comportement et le sort (probablement funeste) de nos volontaires beaumontois enrôlés pour la Vendée, qui se trouvèrent ainsi plongéss dans cette fournaise...

 

(**): Notons au passage la survivance de cette vieille coutume du tirage des billets placés dans un chapeau, anciennement  pratiquée lors des opérations de recrutement de la Milice.

 

"Les jeunes citoyens choisis se sont ensuite aprochés du chapeau avec gayeté et ont procédé au tirage au tour que leur prescrivait leur numéro. Ceux qui avaient les dix premiers numéros ont sorti du chapeau chacun un billet blanc. Annet Ganne qui avoit le numéro onze a sorti du chapeau chacun un billet dans lequel étoit écrit le mot Volontaire et a été proclamé tel par l'assemblée pour voler au secours du département de la vandée et autres départements voisins . Annet Ganne est âgé de trente neuf ans fils de déffunt michel et de déffunte Marie elias, taille de cinq pied quatre pouces cheveux et sourcils noirs, nez épaté, visage plat".

 

 >>> Le 11 juillet 1793, le conseil se réunit afin de tirer au sort un volontaire pour le "parachèvement des 21 hommes fixés pour le contingent de cette paroisse pour le recrutement des armées de la République"; on réunit "tous les jeunes gens de cette municipalité en état de porter les armes". Il fut fait 50 billets et un certain Étienne Simard eut la malchance de tirer du chapeau un billet portant la mention "Volontaire".  Ce Simard n'était même pas de Beaumont: originaire de Romagnat, il était venu à Beaumont se mettre au service d'Antoine Mathieux-Faye, officier municipal!

 

>>> Les 28 et 29 juillet 1793, Claude Pageix, fils d'Étienne Pageix, maire de Beaumont, fut désigné par suffrage lors des assemblées municipales tenues ces jours-à pour "élire un citoyen pour porter à la Convention Nationale le vœux général des citoyens de ce canton pour l'acceptation de la Constitution et pour se réunir à Paris le dix août prochain à la fête nationale de l'unité et de l'indivisibilité de la République Française".

Avec Claude Pageix qui devait représenter la municipalité de Beaumont furent élus Martin Brun-Murol pour celle de Saint-Genès-Champanelle et Martin Bouhatier pour celle de Ceyrat.

Ces trois bons citoyens, après avoir déclaré qu'ils "acceptoient avec empressement leurs nominations dans laquelle ils ont promis de se comporter en vray patriotes", se rendirent donc à Paris et assistèrent aux fêtes nationales du 10 août, comme en témoigne la publication de la Convention Nationale qui donnait la "liste des citoyens envoyés à Paris par les assemblées primaires à la fête nationale de l'unité et de l'indivisibilité de la République du 10 août 1793":    

 

 

 

 

 

 

>>> Le 2 septembre 1793, Couthon, représentant du peuple en mission, appela tous les hommes valides à combattre Lyon révolté. Ils devaient partir immédiatement avec du pain pour quatre jours.

 

 

Représentant du Peuple en mission aux armées, 1794. Grav. de Philippoteaux (coll.pers.).

 

Le même jour, le "Conseil général de la commune" se réunit "entour deux heures du soir, le procureur de la commune (Pierre Goughon) dit qu'il a appris à Clermont, d'où il arrive à  l'instant, qu'il se formoit à Lions et à Montbrison et aux environs une nouvelle Vendée, que les habitans de Clermont en état de porter les armes alloient se lever en masse pour aller foudroyer les habitans de ces deux villes contre révolutionnaires et qu'à cet effet le tocsin sonnoit à Clermont (...) que, devant nous déterminer, il conviendroit de nous joindre à eux à leur exemple et partir sans délai contre ces brigans."Le Conseil Général ayant pris en considération l'exposé du Citoyen Goughon Procureur de la commune a arrêté à l'unanimité qu'à l'exemple de ses frères de Clermont, le tocsin seroit sur le champ sonné afin de rassembler tous les habitans de cette municipalité en état de porter les armes et comme il étoit alors fort tart et que le peu d'habitans s'étoient assemblés quoique le tocsin eu sonné pendant plus de deux heures les membres qui ont composé la présente assemblée se sont retirés après avoir arrêté qu'elle se rassembleroit de nouveau demain trois au point du jour (...)"

On voit ici que les beaumontois n'étaient pas très "chauds" pour envisager un départ vers Lyon. L'exposé suivant fait mieux comprendre pourquoi: on était à l'avant-veille des vendanges qui eurent lieu cette année là le 15 octobre, et les préparatifs qu'exigeaient leurs vignes et leurs caves les mobilisaient déjà...              

  

2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire). Ni

D'après une tradition familiale, ce fusil de la Manufacture Royale de St-Étienne (modèle 1777 rectifié par la suite) aurait participé à l'expédition de Lyon...(coll. pers.).

 

>>> Le lendemain 3 septembre, "entour l'heure de cinq du matin, assemblée  générale des Citoyens de Beaumont a été tenue à la maison commune, au son de la cloche (...)

"Le Citoyen procureur de la commune a réitéré à l'assemblée le même exposé qu'il fit la veille.

"Certes, tous les Citoyens réunis " entendoient au péril de leur vie soutenir la République une et indivisible", mais ils arrêtèrent "à l'unanimité qu'attendu la proximité des vendanges et des semailles, il ne pouvoit partir que le quart des Citoyens de cette municipalité en état de porter les armes qui iroient combattre les rebelles de Lions et Montbrison". 

À cet effet, on dressa "quatre listes ou sections qui contiendroient chacune le quart des grands et petits hommes des vieux et des jeunes en age conformément à la loi" et "le sort décideroit de celle des quatre sections qui partira la première, une des autres trois à qui le sort echerra ira la relever et ainsi de suite de mois en mois, en recommençant même si besoin est jusqu'à l'entière destruction des brigans de Lions et Montbison et lieux circonvoisins (...)".

La liste des sections fut aussitôt dressée: la première comptait 83 hommes, la deuxième 81, la troisième 88, et la 4ème 92, ce qui faisait tout de même un total de 344 hommes.

Je me suis demandé, à la lecture des noms des habitants qui composaient ce futur "corps expéditionnaire", si certains d'entre-eux n'avaient pas pris d'ores et déjà des pseudonymes militaires comme toujours très imagés. Certains ne manquent pas de piquant; qu'on en juge plutôt:

Michel Bouchet "le riche", Pierre Bertrandon "l'huile", Antoine Herbaud "gras de pain", Pierre Veray "prune", Amable Cohendy "baby", Michel Vaureix "potelage", Étienne Ganne, "la bourre", Jean Ganne "pétant", Pierre Daureyre "Pachard", Lgier Barreyre "la jaquette", Jean Védry "le bègue", Pierre Mausat "Margot", Étienne Ganne "troiliard", Gaspard Émuy "papin",  Michel Émuy "chiarot", Antoine Bernard "gacon", André Jozat "la claude", François Cohendy "carpe", Michel Bouchet "la grande", Antoine Faye "rouge", Antoine Faye "parjésu", Étienne Cousserand "reitre", Antoine Herbaud "le dié", Michel Maradeix "sandié", Pierre Émuy "blondin",   Étienne Chaput "franchèque", et Amable Cohendy "calau".

Il y avait là pèle-mêle un maçon, un menuisier, un tailleur, deux maréchaux (ferrands), le curé Gras, un autre prêtre, Girard, et même le citoyen Champflour n'échappa point et dut assister à cette assemblée!

Les quatre listes transcrites, la maison commune ne pouvant contenir l'assemblée, celle-ci se transporta sur la place publique où l'on pu procéder au tirage au sort. On fit quatre billets roulés et mis ostensiblement dans un chapeau et on appela un enfant pour les sortir l'un après l'autre. Le premier fut celui de la troisième liste, le deuxième celui de la quatrième, le troisième billet celui de la seconde et enfin le dernier celui de la première. On fit ensuite quatre autres billets, l'un d'eux portant le mot "volontaire", et l'enfant tira l'un après l'autre les quatre billets du chapeau. Les trois premiers tirages au nom des 3ème, 4ème, et seconde listes furent des billets blancs, tandis que le quatrième tirage au nom de la première liste fut un billet marqué du mot "volontaire". Du coup,  cela désignait la première section à partir avant les autres pour "combattre les brigans de lions et montbrisons".

 

>>> Entre temps, la levée en masse avait été décrétée: le 4 septembre, le Maire et les officiers municipaux, ayant reçu le décret de la Convention Nationale, le firent afficher dans la commune.

 

>>> Le 5 septembre, le Maire et les officiers municipaux firent rassembler "les citoyens à qui le sort est échu pour aller combattre les brigands de Lions et Montbrison. Après avoir fait battre  le rappel, les citoyens se sont rassemblés au nombre de 62 seulement (sur 83). "Les autres ont déclaré n'être pas dans le cas de partir par leur trop grand âge ou parce que ils n'avoient pas l'âge requis. Étienne Pageix, Maire, par son état et Pierre Bertrandon et Robert Chassain à cause d'indisposition et la plus grande partie ayant des exemptions émanées des Citoyens Couthon et Maignet, représentants"(*)

(*): Représentants du peuple en mission.

 

>>> Le 7 septembre, sur sa demande, Michel Bouchet, N° 14 de la première section appelée à partir au plus tôt, se fit remplacer par Jacques Jargaille, n° 69 de la deuxième section.

J'ai lu dans plusieurs ouvrages d'histoire qui évoquent cette expédition de Lyon que beaucoup d'hommes firent demi tour en chemin pour assurer, de retour au bercail, les battages et les vendanges qui n'attendaient pas. Au demeurant, lorsque le reste de la troupe arriva à Lyon, la ville avait capitulé depuis le 9 octobre.

 

>>> Le 13 septembre, le procureur de la commune Pierre Goughon déclara au "corps municipal de Beaumont réuni dans la maison commune "qu'en exécution d'un arrêté du conseil général du département du Puy-de-Dôme du 9 septembre et de celui du représentant du peuple en mission en date du 8, tous les tambours étaient réquisitionnés et devaient "se rendre à Clermont avec leurs caisses où ils recevront des ordres ultérieurs". On appela le citoyen Michel Vaureix (*), qui déclara "qu'il ne désiroit rien autre chose que d'obéir à la loi et qu'il allait se rendre dans le jour à Clermont".

(*): Michel Vaureix, tambour de la "garde bourgeoise de Beaumont" était le fils de Pierre Vaureix,  l'instituteur "sans culotte" qui se faisait appeler Quintilien (ainsi se désignait lui-même ce personnage, qui a fait l'objet de publications et mérite à lui seul un plus long développement pour retracer les péripéties pour le moins houleuses de sa vie...)     

              

 

 

 

"Le chant du départ" par Édouard Detaille.

 

--o--

 

2.2- Comment échapper à la conscription: maladies et désertions

 

En dehors des désertions pures et simples de conscrits, activement recherchés par la gendarmerie, les jeunes appelés cherchaient à échapper à la conscription en présentant un remplaçant ou en déclarant une maladie. Dans ce dernier cas, un certificat était sollicité auprès de la municipalité.

Au vu des déclarations signées par trois officiers de santé, le "Commissaire du Pouvoir exécutif près l'Administration centrale du département du Puy-de-Dôme" délivrait un "certificat d'exemption pour cause d'infirmité ou maladie". Celui-ci devait être visé par la gendarmerie locale.

 

2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire). Ni

Voici un certificat d'exemption provisoire (3 mois) délivré le 25 brumaire an 7 (15 novembre 1798) au citoyen Gervais Chaffraix, signé par Boutarel, l'un des membres du Directoire exécutif, visé le 5 frimaire suivant (25 novembre) par Dargendeix, maréchal des logis commandant la Gendarmerie nationale de Saint-Gervais d'Auvergne (A.D.63, L 1613). Recto.

2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire). Ni

Verso.

 

2.2.1-Un malade en prison...

 

En recherchant la trace d'ancêtres natifs de la Combraille (Cromarias, Thomas, etc...), je suis "tombé" sur de tels certificats dont la tournure ne manque jamais de sel (L1613).

 

Un nommé Marien Thomas, du lieu de Sainte-Christine, canton de Saint-Gervais d'Auvergne, détenu dans la maison d'arrêt de Clermont pour désertion, fit adresser le 26 pluviôse an 8 (17 février 1800) "aux citoyens composant le jury de révision des conscrits" une supplique visant à obtenir son élargissement pour être visité conformément à la loi, car, écrivait-il, il ne s'était jamais présenté devant les deux précédents jurys: "il vous prie que dans le cas où les infirmités dont il est atteint ne seroient pas asses suffisantes pour aller aux armées, vous le fassiez élargir de la maison d'arrêt pour se rendre aux casernes"...

 

Pourtant, avant l'envoi de cette lettre, le 29 nivôse (19 janvier 1800), l'officier de santé Mandet avait visité notre homme qui n'était visiblement pas en état de revêtir l'uniforme...Qu'on en juge:

 

"Je soussigné officier de santé habitant de la commune de Menat dept du pui-de-dôme, certifie que j'ai été appelé le vingt cinq nivôse pour voir le citoyen Marien Thomas du lieu de Ste Christine canton de St Gervais, lequel j'ai trouvé dans un état convulsif accompagné de serrements à la poitrine, avec battements redoublés du cœur. Cet accident m'a fait juger que le dit Marien Thomas éprouve et est sujet à une affection nerveuse pour laquelle je lui ai administré les calmans, et les antispasmodiques, j'estime qu'il a besoin de repos pendant quelques tems".

 

Curieusement, une attestation rédigé par l'officier de santé Colin, de Saint-Gervais, le 5 ventôse an 8 (5 février 1800), également antérieure à la demande de mise en liberté du jeune Marien, portait un diagnostic notablement différent:

 

"Je soussigné Guillaume Colin, officier de santé résidant à St Gervais (...) cetifie avoir traité depuis deux ans le citoyen marien thomas du village de garde commune de Ste Cristine (...) pour des douleurs rhumatismes qui se sont fixées aux extrémités superieure, et parfois il ce porte a la tête; ces douleurs on redoublé depuis qu'il a fait une chute".

 

J'ignore si Marien Thomas put obtenir rapidement sa libération et son exemption du service, grâce aux expertises médicales réalisées sur sa personne. 

 

 

Notre ancêtre, un autre Marien Thomas...

Celui-ci était manifestement un solide gaillard,

parvenu à un âge respectable!

Ce costume n'avait probablement pas changé depuis des générations ...

   

 

2.2.2-À la poursuite de conscrits réfractaires...

 

Dans le même fonds d'archives, on trouve le récit de péripéties vécues par quelques réfractaires poursuivis par la gendarmerie.

On notera que la Combraille est une véritable mosaïque de bocages et de forêts, qui entravait les poursuites et offrait des cachettes sûres aux fugitifs; il ne faut donc pas s'étonner des échecs subis par la maréchaussée chargée de les rechercher et de les arrêter... On ne peut s'empêcher de comparer cette région de la Combraille à la Vendée et à la Bretagne, où les chouans donnèrent du fil à retordre à l'armée révolutionnaire. Les cinq extraits suivants, tirés des rapports des commissaires et de la gendarmerie de Saint-Gervais, sont édifiants: les autorités, frappées d'impuissance, apparaissent quelque peu démunies et désabusées, face à l'ampleur du problème et à l'insuffisance de leurs moyens. 

À l'évidence, les conscrits réfractaires bénéficiaient de la complicité d'indicateurs qui les prévenaient de l'arrivée des gendarmes. De plus, les officiers municipaux, qui auraient du faciliter la tâche des gendarmes, ne manifestaient pas un zèle excessif... Au demeurant, tout ce petit monde rural était peu ou prou lié par des liens de parenté...On peut même se demander si les gendarmes n'étaient pas parfois, eux aussi, entravés dans leur action du fait de tels liens avec les récalcitrants!  

 

 
2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire). Ni

Un gendarme à cheval. Aquarelle XIXe. Coll. Pers.

 

*1-Ici, le brigadier Voisin revient d'une tournée infructueuse dans plusieurs villages du canton de Saint-Gervais:

 

"St-Gervais, le 7 ventose an quatre de la république (27 février 1796)

"Citoyen commissaire J'ay l'honneur de donner avis que je me suis rendu le quatre du présent dans les communes de Queuille et St-Georges (de Mons) pour metre votre requizition en execution consernant les volontaires manquand vous verrée par les proces verbeaux qui contienne verite comme ces gens nous onts resus par les cris qui nous vendoit dans tous les villages de ces communes et par la ils est imposible de pouvoir venire a bout d ens aréter auqun il fauderoit apsollument des punitions plus severs envers les rebellées je ne suis point encorre rendu en la (commune) de Comps (Les Ancizes-Comps) (...) soyée persuader que je m'y renderée au plus tot et que je repasseré dans ces communes où en leurs donnant si souvant la chase nous pouronts en areter quelles qun soyer assurer que c est a mon grand regrest que nous n en aretons point avec les peines que nous nous donnons nous avons le meme sort dans notre Canton il faut que nous soyons vendu auparavant que l'on n est donnée les listes mais tant qu il y aura dans les communes des prestres refractaires qui fanatiseront les habitants il ne sera point posible d y faire triofer la republique les agents (municipaux) sont eux même les plus fanatisée ne les trouvant point ches eux leurs femmes nous remplie de menchonge et les hommes se caches point d indicateur donne vous la peinnes de lire les proces verbeaux vous verrée comment l on se refuse a nous indiquer les maison les voisins meme si opose nous seront demain dans le commune de vitrac ou l on m a denoncée un belle homme manquand qui (s'appelle) Entoinne bertrand demeurant a verbaton je ne sais si vous les avée l on vous l a surement cachée je veres si cela est vrai marques moi votre facon de penser sur ce que je vous marque

"Salut et fraternite   Voisin brigadier"  

 

*2-Le 20 germinal de l'an 4 (9 avril 1796), le commissaire du pouvoir exécutif près l'administration municipale du canton de Saint-Gervais", un certain Grand, écrivait ceci au commissaire près l'administration du Puy-de-Dôme:

"Citoyen, la gendarmerie est continuellement sur pied dans le canton, lorsqu'elle n'est pas employée ailleurs, soit pour l'exécution des mesures de police, soit pour la recherche de tout ce qui peut attenter à la tranquilité publique, soit pour l'arrestation des jeunes gens de la première réquisition et des militaires déserteurs.

"Ce dernier objet ne présente pas un résultat avantageux; car, quoique le nombre des réquisitionnaires et des déserteurs soit assez conséquent, toutes las mesures que l'on a pu prendre jusqu'alors pour opérer leur départ, leur arrestation, ont été pour ainsy dire infructueuses, un grand relachement semble meme s'etre introduit dans leurs exécutions, et n'a pas peu contibué a entretenir l'attiédissement des esprits.

"Ma lettre du seize ventoze dernier vous trace quelques unes des causes de la désobéissance aux lois en cette partie, des intrigues mises en jeu pour en éluder les dispositions; aujourd'huy ceux qui prennent part à la chose publique se plaignent du peu d'activité de l'agent militaire, de la facilité à accorder des délais, court à la vérité, à ceux qu'il désignoit pour partir et qu'il auroit du, sous aucun prétexte ne pas rendre à leurs pénates où ils ne recoivent et ne répandent que de mauvaises impressions. Et vraissemblablement peu d'entre eux se rendent ensuite à leur destination.

"Sans doute quelques circulaires verbeuses sont insuffisantes lorsque les mesures d'exécution ne sont pas concertées et suivies exactement entre ceux qui en sont chargés.

"Je vous adresse, cy inclus, quatre procès verbaux dressés par la gendarmerie les six et dix neuf ventose, seize et vingt germinal constatansleur diligence. Si les dispositions finales des loix ne sont appliquées il faut désespérer bientôt de leur exécution.

"Les agents municipaux sont eux memes d'une négligence, d'une insouciance vraiment coupable. Ils paroissait ne seconder aucunement les efforts de la Gendarmerie: et si l on en croit celle ci, quelques uns se pretent meme a favoriser les évasions.

"Voyés a cet egard le proces verbal relatif a la commune de Ste Christine envoyé par ma lettre du vingt huit pluviose dernier; seul renseignement que je puisse fournir à cet egard.

"Comme il s agit maintenant d exécuter l'arrêté pris par le Directoire Exécutif le quatre ventose dernier, je vous prie de me donner la solution des questions suivantes:

"Par exemption, comprend-on les congés absolus ou de réformer?

"L'arreté s'applique-t-il a tous les militaires indistinctement ou aux réquisitionnaires seulement?

"Les exemptions accordées pour trois et quatre mois par l'agent militaire ayant pour motif des indispositions ou maladies sont ils annullés par l'article sept?

"Comment et par qui seront payés les salaires des officiers de santé commis pour la visite des militaires?    Salut et Fraternité    Grand"

 

*3-Le procès-verbal relatif à Sainte-Christine, commune évoquée dans la lettre ci-dessus, prend lui aussi des accents pittoresques:

"Brigade de Saint-Gervais, 28 germinal l'an 4e Ste Christine

"L'an quatre de la République francaise une et indivisible et le vingt huit germinal (28 avril 1796) sur la liste qui vous a été remize par le Commissaire du pouvoir exécutif du chef lieu de canton de la commune de St Gervais, nous francois Dargendeix marechal des logis francois Constant, Jean chardonnet et francois grand gendarmes nationaux a la Residence du chef lieu de Canton de St Gervais nous sommes transportes dans la Commune de Ste christine ou nous avons fait les perquizitions necessaires dans plusieurs villages et maisons de lad. Commune pour decouvrir les volontaires qui s y tiennent cachés, et en alant au lieu des abouranges village de la ditte Commune nous avons aperçus la nommée Izabeau Batisse qui couroit de loin à travers champs ce qui fait que nous somme divizés pour investire le dit village, mais la ditte Izabaud Batisse ayant aperçus un homme a nous inconnûs et lui a criée et fait signe de faire sauver le nommé pierre Batisse son frere qui étoit dans la maison de son père ce que led. Quidam a nous inconnûs a bien exécutés en courant a toutes jambes et a fait evadés le dit Batisse que nous avons apercûs dans les prés qui se sauvoit; lequel nous avons suivis inutilement pendant deux heures jusque nos chevaux ont été arrassés et nous aussy attendus que les hayes nous empéchoit ainsy que les viviers de pouvoir les atteindre. 

"D'un autre cottés les hommes et femmes des villages des abouranges et des Sandes onts facilités led. Batisse en luy criant a tout instant de passer de ce cottés que les gendarmes etoit de l'autre;

"Nous observons aux citoyens qui voient nos procès verbaux qu il est impossible que la gendarmerie parviennent a arretter les volontaires sy l on ne fait executer promptement les loix contre les receleurs et logeurs enfin ceux qui emploient touttes sortes de ruze pour les faire sauvés;

"Et du tout avons fait dressés et clos le present proces verbal sincere et veritable lesd. Jour et an que dessus.       Dargendeix      Grand       Chardonnet   Constant"

 

*4-Le 26 pluviôse an 5 (14 février 1797), le nommé Grand écrivait à nouveau au commissaire près l'administration centrale du département du Puy-de-Dôme en des termes quelques peu désabusés; sa prose -au demeurant très élaborée- est surprenante et laisse même paraître l'état de profonde déréliction dans lequel se trouvait notre commandant:

"Citoyen, chaque jour voit s'accroître le nombre des déserteurs, et cependant aucun d'eux ne songe à retourner à son poste. Les réquisitionnaires fuyards, dont le nombre est vraiment énorme dans certaines communes de ce canton, sont de même sourds à la voix de la Patrie.

"Par votre circulaire du 15 nivose, vous recommandez l'usage des moyens de persuasion; (...) on a été contraint d'en passer aux mesures coercitives qui encore ont été infructueuses (...) J'ai fait et je ferai tout ce qui dépendra de moi. Peut-être parviendrai-je à en rendre quelques uns à leurs devoirs, à les arracher à l'opprobe. 

"Mais, citoyen, j'en suis très fermement convaincu, il faut renoncer à agir comme à écrire sur cette matière, si quelques exemples d'une juste et sévère application de la loi n'en remettent les choses dans l'ordre. L'esprit public tend en cela comme en tout, progressivement vers sa perversité, et il existe trop d'éléments propres à favoriser cette prepension des choses et à détruire le peu qu'il pourroit y avoir de bonnes influences. Enfin, dans de telles conjonctures, l'authorité a besoin d'impressions palpables pour ne pas devenir le jouet du public.

" Je ne vous adresse pas la liste demandée, les agents des communes n'ayant fourni encore les renseignements particuliers exigxés d'eux.

"La gendarmerie, faute de salaire et de ressources, est devenue presque inactive. Qu'exiger des membres qui la composent, lorsqu'on a la conviction qu'ils sont hors d'état de subvenir aux dépenses occasionnées par les tournées quotidiennes.    Salut et fraernité       Grand"

J'aurais bien aimé connaître la réaction des citoyens administrateurs du département du Puy-de-Dôme à la lecture de telles missives, expression d'un profond découragement.

 

*5- Enfin, quelques mois plus tard, le 3 frimaire, an 6 (23 novembre 1797), le commandant de la gendarmerie de Saint-Gervais, qui était ce Dargendeix signataire du certificat présenté ci-dessus, rendait compte à sa hiérarchie, en l'occurence le chef du 23e escadron, d'une opération de recherche de déserteurs. Ce rapport prête également à sourire, lorsqu'il nous apprend que le chef de la gendarmerie, faute de pouvoir s'adjoindre des hommes de la garde nationale, doit réquisitionner un quatrième gendarme qui est certes malade, mais "ce n'est point sont jour de fièvre"!:

"Aujourd'huy 3 frimaire an six de la république française une et indivisible, nous françois Dargendeix maréchal des logis, François Constant, et Jean Forestier gendarmes nationaux en la résidence de St Gervais en vertu de la lettre du citoyen Allizée Lieutenant en la résidence de Riom en datte du vingt cinq Brumaire dernier adressée à nous Maréchal des logis qui m'ordonne de me transporter au domicille de Pierre Reyberolle réquisitionnaire de la commune de Gouttière, même de requérir la garde nationale et autres brigades pour me donner main forte, voyant que la garde nationale n'est pas fini d'organizés, j'ay cru etre autorizé de requerir le citoyen Léger Saby gendarme de la Brigade de Rochefort détenu malade à St-Gervais, comme n'étant pas son jour de fièvre, comme formant le quatrième, nous nous sommes transportés au domicille du dit Pierre Reyberolle réquisitionnaire de la commune de Gouttière et en parlant à sa sœur nous lui avons demandé où étoit Pierre Rbeyrolle son frère; elle nous a répondu qu'elle n'en savoit rien, ce qui fait que nous nous sommes transportés au lieu de la batisse même commune de gouttière chès le nommé Gilbert Lauvergne réquizitionnaire, moy Dargendeix maréchal des logis ayant placé le citoyen Constant au dessous du village près de la maison du dit Lauverrgne, et le citoyen Saby au dessûs de la maison comme ne sachant pas bien le local de ses batiments et ayant placé le citoyen Forestier à des portails de grange se tenant avec la maison de Lauvergne, et moy Dargendeix ma suis transporté dans la maison le sabre à la main. Ayant aperçûs le dit Lauvergne et mettant aproché de luy il s'est levé et a courûs à son métier qui fezoit la toille pour se munir d'un grand pistollet d'arsson à dix huit pouces de longueur ayant un grand crochet à côté pour le porter à la ceinture qui étoit pendûs au dit métier de toille. Et moy Dargendeix l'ayant saisi au collet et me suis mis à crier le citoyen Forestier pour me donner secours, le dit Lauvergne m'a donné un coup de poing sur le visage, mais je l'ay pas lâché dans le moment le citoyen Forestier étant arrivés nous l'aurions renversé par terre, mais luy Lauvergne par la force des secousses qu'il nous donnait nous a conduit jusque sur un fumier qui étoit au devant de la porte et moy Dargendeix ayant aperçûs que le dit Lauvegne étoit munis de son couteau ne luy donnant point le temps de pouvoir s'en servir nous l'avons arrachés de force, ou étant voyant qu'il ne pouvait plus opozés de résistance il a dit qu'il se rendoit de ne pas luy faire de mal, alors moy Dargendeix qui le tenoit par le col de la chemise me suis contantes de le prandre par le collet de son gilet dont il étoit vétûs j'ay alors invité le citoyen Forestier de l'atacher pour lors le citoyen Forestier l'ayent lachés pour cherchés sa corde a l'effet de le lier nous avons aperçûs une femme (qui) a dit s'appeler Françoise Lauvergne et être la sœur du dit Lauvergne qui venoit à nous avec des scizeau pendante à sa ceinture et dont elle a essayés de frappé en s'approchant de moy la main gauche dont moy Dargendeix tenoit son frère attendûs que je ne peut pas encore me servire de la main droite à raison des blessures que je y ay recu alors le dit Lauvergne voyant que sa sœur luy venoit apporter secour a donnés dans le temps que moy Dargendeix portoit un coup de coude à la dite Lauvergne à l'effet de parer le coup qu'elle me portait a donné une nouvelle secousse sy forte que le cotté du gillet par lequelle je le tenoit saisis m'a restés à la main et le dit Lauvergne est parvenûs à se jetter de l'autre cotés d'une haye qui joignet, le citoyen Forestier l'ayant voulu poursuivre s'étant embarrassés dans un tas de mortier qui étoit à son passage, les citoyens Saby, et Constant ayant entendûs le bruit sont a courûs et ont essayés de le pourssuivre jusque au bois de Magnialet n'ayant pûs l'atteindre, et leurs chevaux n'ayant pûs passer dans le bois nous avons pris parties de nous retirés pour dresser notre proces verbal, et en nous retitants en notre Résidence nous avons passé au lieu du Chazal commune du dit gouttière et au domicille du citoyen Vialette agent de la commune où étant et parlant à sa personne nous luy aurions communiqué le pistollet et quatre gros battons ayant de grosse boulade au bout que nous avonts saisies chés le dit Lauvergne et l'avon prié de vouloir bien déchargés le dit pistollet pour scavoir lequel pouvait etre chargés, effectivement le dit citoyen Vialette l'a déchargés en notre présence dans lequel il y avoit une balle de calibre, amorssés tous frais de poudre fine, et a le dit Vialette signé notre feuille de service et du tout avonts fait et dressé notre present proces verbal pour valoir et servir ce qu il appartiendrat soussignés les dits jour et an.

"Dargendeix mal de logi   Sabi    Forestier     Constant".      

     

2.2.3-Autre mesures coercitive employée à l'encontre des réfractaires, le logement de garnisaires:

 

D'autres contraintes furent infligées par l'autorité, telles que les garnisaires logés chez les habitants convaincus d'avoir facilité la fuite des réquisitionnaires, ou chez les parents de présumés déserteurs, afin d'inciter leur progéniture à rejoindre leurs corps d'affectation. Cette mesure ne dura pas dans le Puy-de-Dôme; elle avait bien reçu l'aval du ministre de la Police, mais elle fut réprouvée par le ministre de la Guerre qui jugea qu'elle ne "pesait pas directement sur les coupables et était contraire à la liberté individuelle"!...

Les renseignements de l'administration étaient parfois peu fiables (elles reposaient parfois sur des dénonciations comme dans le cas ci-après) et des parents de volontaires réellement partis étaient injustement inquiétés et devaient même se faire rembourser (cf L 1648):

 

Ainsi,  le 23 fructidor, an VII (9 septembre 1799), les administrateurs du Département du Puy-de-Dôme, "vu la pétition du citoyen Antoine Luquet, cultivateur habitant la commune de Beaumont, tendante à obtenir le remboursement d'une somme de 45 francs par lui comptée à la force armée mise en subsistance chez lui, comme présumé receler Jean Luquet son fils appartenant à la 14e demi-brigade d'infanterie de bataille, vu aussi les pièces à l'appuis de la ditte pétition:

"1° une copie de la déclaration des citoyens Marien Maradeix et Jacques Faye, déclarant que Jean Luquet et Guillaume Barreyre habitants de la même commune en datte du 3 messidor an VII (21 juin 1799) de Beaumont et conçue en ces termes:

"Nous soussignés Marien Maradeix et Jacques Faye, déclarent que Jean Luquet et Guillaume Barreyre sont dans la commune de Beaumont ou aux environs, et que nous les avons vus il y a quinze jours dans le territoire de Romagnac près d'un lieu appelé "Les Palles'.

"2° Un certificat du Conseil d'administration du 3e bataillon de la 14e demi-brigade d'infanterie de bataille, du 14 thermidor de la même année (1er août 1799) qui dit que le dit Jean Luquet sert dans la 3e compagnie du dit bataillon, en qualité de caporal depuis le 9pluviôse précédent (28 janvier 1799).

"Vu l'arrêté pris par l'administration centrale le 13 du présent (30 août 1799), portant au second paragraphe: "si par suite de la mise en subsistance de la force armée chez les parents des conscrits, réquisitionnaires et autres militaires en retard de se rendre aux armées et par l'effet de quelques ddénonciations, cett force armée a été placée par l'administration municipale du Canton chez les parents d'un de ces militaires présent à son corps, les frais auxquels elle a donné lieu seront supportés par les dénonciateurs".

Les administrateurs du département, "oui le commissaire du directoire exécutif , considèrent que "Jean Luquet n'a point abandonné les drapeaux; il n'a donc pu se trouver dans les environs de Romagnac 15 jours avant le 3 messidor".

Ils arrêtent donc que les dénonciateurs seront condamnés pour fausse déclaration à rembourser le montant de 45 francs à Antoine Luquet qui pourra les traduire "devant les tribunaux compétents".

 

La pétition d'Antoine Luquet est très instructive, car elle nous apprend que son fils Jean "arriva à Ferrare (*) le 9 pluviôse (28 janvier) et y fut bloqué jusqu'à la capitulation de la garnison de cette place, qu'antérieurement au blocus, il en avoit reçu quatre lettres qu'il a communiqué, au vœu de la loi, à l'administration municipale de son canton, se croyant digne de foi et craignant recevoir la force armée".

Antoine Luquet observe qu'il avait bien prévenu le commissaire près l'administration de canton, mais l'agent municipal de Beaumont établit néanmoins la force armée chez lui "au nombre de quatre gendarmes qu'il fut contraint de payer quarante cinq francs". Il ajoute qu'il demande à être remboursé des 45 francs injustement payés, soit par les lâches dénonciateurs, soit par leurs parents et il a l'assurance intime que vous lui rendrez justice en l'autorisant à les poursuivre"...

 

Cette lettre , assurément de la main d'Antoine Luquet, cultivateur, est d'une écriture assurée et d'un style élégant: elle dénote une solide éducation qui le relie à mon avis à cette famille de Luquet, notaires au XVIIIe siècle, qui sont les ancêtres dont je possède quelques liasses d'archives...

(*): il s'agissait donc de la deuxième campagne d'Italie entreprise par le général Bonaparte qui, après son retour d' Égypte et son coup d'état du 18 brumaire, franchit comme on le sait les Alpes au col du Grand Saint-Bernard. Cette campagne se solda le 14 juin 1800 par une victoire malheureusement endeuillée par la mort de notre valeureux compatriote le Général Desaix lors de son action décisive qui permit à Bonaparte d'emporter la bataille de Marengo.

J'ignore si Jean Luquet participa par la suite aux guerres du Directoire et de l'Empire; Quoi qu'il en fut, il était toujours vivant en 1828, puisqu'il hérita de la maison de son père située Grande Rue Neuve des Fossés (Rue Nationale), maison (article 196 de la matrice cadastrale) presque voisine de celle du Maire de 1799, Pierre Pageix Aîné (article 201, même rue)...

 

Antoine Luquet faisait allusion dans sa lettre au certificat de présence au corps justifiant que son fils Jean n'était pas un déserteur.

Voici un tel certificat, délivré au citoyen Pierre Boisset, fils de Jean Boisset et de marie Ardaillon de Theix, âgé de 20 ans, incorporé le 15 ventôse an VII (5 mars 1799) dans l'Armée du Danube, en qualité de fusilier dans la 4e compagnie du 1er bataillon de la 110e demi-brigade, visé au verso par les "administrateurs municipaux de Beaumont, Pierre Pageix (Pierre Pageix l'aîné), agent municipal de Beaumont en 1799, Faye, adjoint, Brunmurol, agent municipal de Ceyrat, Cirent (Chirent), agent de St-Genès-Champanelle, et Recolène, Président de l'administration cantonale.                                                                                              

2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire). Ni

Certificat d'existence au Corps (recto), délivré le 1er fructidor an VII (18 août 1799) au citoyen Pierre Battet et visé par les administrateurs du canton de Beaumont: Pierre Pageix, agent municipal de Beaumont (notre ancêtre), Faye, adjoint, Brunmurol, agent de Ceyrat, Cirent (Chirent), agent de Saint-Genest-Champanelle, et Recolène, président de l'administration cantonale.

 

2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire). Ni

 

Ces dénonciations tout à fait détestables reflètent bien l'état d'esprit délétère qui régnait dans nos communes en ces temps troublés où des passions exacerbées se manifestaient, conduisant au repli sur soi, à la jalousie et à la méfiance envers son voisin (qui pouvait bien être un parent comme je l'ai souvent constaté). 

 

2.2.4-Un volontaire malgré lui:

 

Un autre cas pourrait prêter à sourire dans un contexte moins dramatique que celui de la conscription révolutionnaire: il s'agit d'un jeune homme d'Aubière, Jacques Gioux, qui s'enrôla en août 1792 comme volontaire dans un contexte d'euphorie collective, alors qu'il était manifestement lui-même en état d'ivresse, et qui se rétracta lorsque les effets du vin se furent dissipés:

 

Le 15 août 1792, les habitants et le curé d'Aubière prirent la défense de Gioux et adressèrent cette supplique aux administrateurs du département du Puy-de-Dôme:

"Messieurs les administrateurs du département du Puy-de-Dôme, "Messieurs,

"Jacques Gioux a l'honneur de vous exposer qu'il a été très surpris d'apprendre qu'il étoit obligé de rejoindre le bataillon des volontaires qui est parti et dans lequel on dit qu'il est enrôlé.

"Malgré sa bonne volonté de secourir la Nation, dans toutes les occasions critiques, jamais son intention n'a été de s'enroller. Il est vrai qu'il se souvient d'avoir été entraîné par force à Clermont par ses compagnons lors de leur enrolement, et dans un excès de vin;

"Mais il n'a nulement et n'a pas même su y consentir.

"Depuis il n'a reçu aucune paye (c'est la moindre des choses...); il n'a fait aucun séjour à la caserne ny a Clermont tant il croyait peu s'être engagé. Tous les habitants de son voisinage atteste la vérité de ces faits et notament ceux de la violence et de l'ivresse, et c'est sur ces fondements qu'il fonde son innocence. Il réclame en conséquence votre justice afin qu'il puisse vivre paisible dans le sein de sa famille. Ce qu'il croit être fondé à demander.

"M. le curé accompagné de plusieurs habitants d'Aubière qui sont venus certifier la vérité des faits contenus en ce mémoire et assure que Jacques Gioux étoit dans un état d'ivresse et encore que l'on a usé envers lui de contrainte".

 

L'administration du District de Clermont ainsi sollicitée fut intraitable: elle fut d'avis que Gioux, après avoir eu grandement le temps de cuver son vin aurait très bien pu se présenter à jeun pour faire un "volontaire" acceptable:

 

"Ouy le procureur sindic,

"Le conseil permanent considérant que Jacques Gioux a eu un intervalle assez considérable dans le trajet d'Aubière pour dissiper l'ivresse, que toute contrainte a cessé au Département et que Jacques Gioux ne peut exiper du défaut de liberté,

"Estime qu'il y auroit le plus grand inconvénient à accueillir cette demande".

Toutefois, le District ne statua pas à son niveau et préféra en référer au Département pour connaître la conduite à tenir:

"Le Conseil supplie MM du Département de luy faire connoitre les mesures qui ont été prises sur la lettre écrite à ces Mrs le 15 aoust.

"A Clermont le 15 aoust 1792,

"Bouyol, psdt   Tiolier    Simmonnet     Bernard" (AD 63, L 1472, affaires militaires, levée du 2ème bataillon).

On trouve l'acte de naissance de Jacques Gioux dans l'état civil d'Aubière:

   

2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire). Ni

"Jacques Gioux, fils naturel et légitime à Amable, et à Jeanne Degironde, est né et a été baptizé le trois avril 1769. Son parrain a été Jacques Pignol sousigné et sa marraine Gilberte Gioux femme à Paul Vergne qui a déclaré ne scavoir signer de ce enquis, tous de cette paroisse. "J Pignol    Mosnier Curé"

 

2-Nos parents et le service militaire (2ème partie: période révolutionnaire et 1er Empire). Ni

Baptême d'Anthoine Gyoux, fils à Annet et à Michelle Terrioux, le 21 mars 1639. Son parrain fut Anthoine Gyoux braguette.

Ce Gioux appartenait à une ancienne famille d'Aubière. Dans les registres paroissiaux, j'ai trouvé un autre Gioux, affublé d'un surnom pour le moins pittoresque dans son acte de baptême: "Anthoine Gyoux, fils a Annet et a Michelle Terioux", naquit le 21 mars 1639; son parrain fut "Anthoine Gyoux, braguette"! et sa marraine Agnez Terioux (*) .

 

(*): "Braguette" était le surnom des familles Gioux, qui correspondait au métier qu'ils pratiquaient de manière héréditaire, celui de tailleur d'habits (braille = braga = pantalon). Renseignement aimablement communiqué par Pierre Bourcheix d'Aubière.

 

--o--

 

Nous voici arrivés au terme de l'évocation de divers aspects de ce recrutement militaire auquel nos ancêtres furent souvent confrontés au cours de la période révolutionnaire. Certes, les situations ainsi décrites, somme-toute assez sombres, nous révèlent qu'après l'enthousiasme manifesté lors de l'enrôlement des premiers volontaires, vint le temps d'une résistance que les autorités ne purent facilement maîtriser. 

À elle seule, l'annonce d'un recrutement militaire obligatoire (levée en masse, etc.) suffisait à déclencher les réticences; les jeunes s'angoissaient à l'idée de devoir quitter leur cadre familial pour partir à la guerre vers un destin et des lieux inconnus. J'ajoute qu'il faut bien voir que ce nouveau mode de conscription qui touchait chaque famille tranchait avec celui du XVIIIe siècle, bien moins contraignant pour l'homme des campagnes, qui ne devait fournir à la milice que de modestes contingents (voir chapitre précédent).

Il se dégage de tout cela l'impression que dans les pays de plaine, comme la Limagne, on ne pouvait facilement échapper à la conscription, tandis que dans la "Montagne" ( comme l'appelait mon grand père Pierre Pageix qui - comme tous les beaumontois - désignait ainsi tout ce qui était situé au-dessus de Ceyrat), les désertions étaient facilitées par la configuration du terrain (de nombreux déserteurs se cachaient dans les bois de Laschamps et de la Moreno (*), tout comme dans le pays de bocage et de forêts des Combrailles...

Comme on l'a vu, on pouvait échapper "légalement" à la conscription, soit du fait d'incapacité ou de charge élevée de famille, soit en désignant un remplaçant. On notera aussi que les élus, tout comme les autres agents représentant l'État (agents municipaux, personnels administratifs tels que commissaires, juges de paix, etc.) échappaient aussi à la conscription: ce fut le cas de nos ancêtres maires de Beaumont (cf article "Les Pageix maires de Beaumont")

Toutefois, cette vision assez pessimiste ne saurait masquer le courageux engagement des volontaires qui, aux premières heures de la République, et lorsque la patrie fut déclarée en danger, quittèrent leurs foyers pour se porter aux frontières; assurément, ils contribuèrent pour certains d'entre eux aux victoires éclatantes de Valmy et de Jemmapes...

 

(*): Une lettre adressée de They (Theix) aux administrateurs du District de Clermont le 27 Prairial an II(15 juin 1794) par le Juge de Paix du canton de Beaumont, Fouquet Lomboy , est significative à cet égard:

 

"Citoyens,

 

"Martin Combres, garde messier (garde-champêtre) de la commune de St genest champanelles est venu avec d'autres citoyens du village de Beaune pour se plaindre que ces jours derniers, des vaches et des moutons appartenant à plusieurs habittans de la Commune de Nabouzat se trouvaient dans les pacages ce beaune, lui garde, le vacher de beaune et quelques autres dirent de se Retirer au berger et à d'autres qui gardaient ces Bestiaux, ce qu'ils Refuserent, et comme ils se mettaient au devoir de les faire sortir de leurs pacages, parurent plusieurs hommes, qu'ils ont Reconnus, Sans pouvoir dire leur nom, pour être d'anciens bergers de nabouzat qui auraient du partir pour la Requisition de 18 à 25 ans.

 

"Ils m'ont ajouté que sur 32 qui devaient partir de Nabouzat il n'y en a qu'onze qui ont joint, qu'on les voit souvent dans les environs, Surtout dans les bois de laschamp, d'ou on les entend chanter tous les soirs;

 

"j'oubliais de vous dire que ces hommes qui parurent quand le garde et les autres voulaient faire Retirer les bestiaux de nabouzat, leur jetterent des pierres et les menacerent des plus mauvais traittemens si ils avançaient.

 

"Je vous fais part de ce qu'on m'a rapporté affin que vous preniez à cet égard les mezures que vous trouverez convenables; si il m'etait permis de vous en indiquer, je pense que si vous appelliez quelques municipaux de nabouzat et quelques habittans de Laschamp, vous pourriez vous procurer des Lumières suffisantes pour agir et arrêter le desordre dans son commencement.

 

"Salut et Fraternité

"Le Juge de Paix du Canton de Beaumont

"Fouquet Lomboy" 

--o--

 

Sources pour ce chapitre:

-Archives Départementales du Puy-de-Dôme, Série L, affaires militaires;

-Archives familiales.

 

Bibliographie:

-"Le recrutement de l'Armée Révolutionnaire dans le Puy-de-Dôme (1791- An VIII)" par Bernard Mouillard, Clermont-Ferrand, 1926);

-"Du volontaire au conscrit, les levées d'hommes dans le Puy-de-Dôme pendant la Révolution française" par Bruno Ciotti, 2001.

 

VOIR SUITE 3 ET FIN >>>

 

Partager cet article
Repost0